Réveillon 2006 à Ennasr II : Tant qu’il y a la frime





A l’avenue Hédi Nouira à Ennasr II, toutes les occasions sont bonnes pour frimer. Mais à la veille du Nouvel An, les préparatifs vont bon train et la cité s’apprête à connaître une grande affluence de “fêtards” qui cultivent l’art du paraître. Tunis - Le Quotidien Ici tous les jours semblent être les mêmes. Les cafés, les salons de thé et les restaurants ne perdent pas de leur superbe. Car à Ennasr, c’est tout ce qu’il y a d’intéressant pour ces vagues humaines qui ne s’ennuient pas de retourner toujours aux mêmes endroits. Mais cette semaine est spéciale. Ce sont les vacances d’hiver d’un côté qui incitent au farniente. Quoique les semaines se ressemblent en vérité qu’il y ait vacances ou non. Mais c’est précisément le réveillon du Nouvel An qui dope la frime d’un autre côté à Ennasr II devenu le fief d’un certain “way of life” à la tunisienne. Le réveillon de la Saint-Sylvestre s’est enraciné, en effet, dans ces localités huppées comme une date de la plus haute importance. Elle l’est pour plusieurs raisons dont essentiellement l’exhibition des uns et des autres. Ces jeunes ne plaisantent pas. Ils prennent la soirée du 31 décembre à cœur et se préparent pour cet événement. Ils ne parlent que de ça. Dans un centre bio-esthétique dans l’un des innombrables immeubles de cette cité, on ne parle que du réveillon. Déjà la gérante du centre a accroché guirlandes et autres décorations. Elle stresse à cause de la longue liste de clientes qui postulent pour un make-up spécial réveillon. Et parce qu’elle ne veut pas être en retard pour sa soirée. “Je vais à Sousse passer un week-end prolongé avec un groupe d’amis. On a réservé depuis deux semaines” raconte une cliente à la gérante du centre. Une autre qui vient s’épiler les sourcils en attendant de faire un soin relaxant et un maquillage le jour “J”, va passer le réveillon à Hammamet. “J’y vais avec mon fiancé. Nous sommes invités dans un cinq étoiles”, dit-elle. N’en pouvant plus de ces interminables discussions sur la soirée du 31, l’employé du centre les interrompt pour leur dire que samedi soir, il sera à Beyrouth ! Dans un autre institut de beauté pas loin de cet immeuble, la ruée sur les make-up est plus importante. C’est une spécialité de la “maison”. En plus, l’esthéticienne pousse la tentation en proposant un forfait spécial réveillon. A vrai dire, elle n’est pas la seule. A Annasr, les centres d’esthétique se sont multipliés à une vitesse vertigineuse. Et ils cherchent tous à trouver davantage de clientèle. Ils profitent alors de ces occasions pour vendre leurs produits, pas nécessairement de qualité, à travers les forfaits. Outre les centres d’esthétique, on trouve les cafés et les salons de thé qui essaient de meubler la soirée du réveillon. Ils choisissent alors ce qui peut se faire de plus facile : une troupe ne serait-ce que de deux personnes et un ou deux chanteurs. Mais la clientèle de tous les jours est plus “ambitieuse”. La plupart ont leurs destinations. Ce sont plutôt les clients qui viennent des quartiers plus ou moins populaires qui peuvent être tentés par un réveillon sur l’avenue Hédi Nouira. * Le revers de la médaille Mais sur cette avenue, il n’y a pas que la frime, les lumières, les grosses voitures et les “nénettes”. Il y a aussi et dès le départ, les chantiers. Et dans ces chantiers, vivent les maçons pendant des mois. Ceux-là ont leur mode de vie qui est diamétralement opposé à la Communauté locale. En effet, aussi bien les riverains de la cité que les clients passagers de l’avenue Hédi Nouira, nourrissent une ambiance de frime par excellence. Entre temps, les ouvriers, de ces chantiers ne s’empêchent pas de regarder au quotidien défiler ces silhouettes très parfumées, habillées selon les dernières tendances. A la veille du réveillon, les autres habitants de l’avenue Hédi Nouira continuent à allumer le feu dans leurs chantiers pour se chauffer. Comme il fait très froid, c’est leur seul moyen de résister à la baisse de température. Derrière les montagnes de pierres et de sable, on aperçoit des baraques en tôle. Elles abritent un groupe d’ouvriers. Dans un autre immeuble qui est presque prêt, on voit une bouteille d’eau en plastique, une marmite et un ceintre. C’est une chambre occupée par les quelques ouvriers chargés des dernières finitions. Sur le trottoir, sont assis trois quinquagénaires. L’un d’entre-eux est muni d’une couverture afin de parer à cet air frais. Ils fument en sirotant un verre de thé “concentré”. Ils ne parlent pas. Ils se contentent de regarder les passants. Juste en face d’eux, des clients entrent et sortent de la boulangerie-pâtisserie du quartier. Certains passent leurs commandes pour le samedi soir et d’autres achètent le pain, les gâteaux et les croissants du quotidien. De l’autre côté, une des dizaines d’ouvriers qui circulent pas ici, se grouille avec deux baguettes à la main, un sachet transparent à travers lequel on peut voir une boîte d’harissa, une autre de sardines et une bouteille de soda. Tout ce qu’on peut entendre sur le réveillon en passant devant ces chantiers c’est des moqueries. Car la veille du Nouvel An, ces gens vont se réunir comme d’habitude autour d’un plat d’ “ejja” ou d’un poulet au meilleur cas. Ils vont tirer comme tous les soirs dans leurs cigarettes fortes qu’ils choisissent pour leurs prix à la portée. Ils vont aussi écouter une cassette de Mezoued comme ils le font de temps en temps. Ils entendront les klaxons et les glisses des voitures mais aussi les rires des filles. Bref, ils vont accueillir 2006 dans ces chantiers. Ce sera une nouvelle année comme toutes les autres qui n’aura rien de spécial à part que le chantier s’achèvera peut-être ou alors qu’ils verront d’autres fêtes moins “artificielles” se tenir dans les passages. M. KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com