L’espoir au bout du tunnel ?





* Par Mohamed BEN AHMED Professeur émérite Il y a juste un an, un Tsunami balayait l’Océan Indien tuant plus de 300 000 personnes. Les marques de compassion et de solidarité furent nombreuses un peu partout dans le monde. Les signes de sympathie émanèrent d’hommes et de femmes de toute condition face à l’une des plus dévastatrices catastrophes naturelles de l’histoire récente. Les médias jouèrent le rôle de caisse de résonance diffusant les échos de cette tragédie sur tous les fronts et aux quatre coins de la Terre. Au même moment, une tragédie - avec malheureusement bien d’autres visibles et même prévisibles - ne suscitait pas la moindre réaction ni parmi les médias ni au sein de l’opinion mondiale et, en tout cas, pas le moindre sentiment de solidarité exprimé à large échelle. Pourtant cette tragédie est vécue au quotidien depuis longtemps et va en s’aggravant, puisque chaque heure voit mourir 1 200 enfants de moins de 5 ans avec pour cause principale la pauvreté sous toutes ses formes. Cette terrible tragédie correspond à 3 tsunamis par mois touchant de plein fouet la population mondiale la plus vulnérable estimée à plus d’un milliard d’humains. Ainsi donc, un total de près de 11 millions d’enfants meurt chaque année. Une autre tragédie non moins profonde réside dans l’échec de la scolarisation universelle, puisque l’humanité comptait en 2002 plus de 100 (109,9) millions d’enfants en âge d’être scolarisés en dehors de tout système éducatif, notamment parmi le sexe féminin (60 millions de filles sur les 109,9 millions d’enfants non scolarisés) . L’humanité comptait au début de ce troisième millénaire encore un peu plus d’un milliard d’individus (1,072) vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté. Un autre milliard (sans doute le même) est privé d’eau propre. Plus de 2,6 milliards sont privés d’équipements d’assainissement. Plus de 840 millions d’êtres humains sont victimes de malnutrition et connaissent souvent la famine,… Ces chiffres qui mesurent l’étendue de la tragédie ont appelé l’Organisation des Nations Unies et les dirigeants du monde entier au cours du Sommet du Millénaire (Septembre 2000 à New York) à se fixer des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Avec solennité, les dirigeants du Monde - grands et petits, riches et moins riches - se sont engagés à réduire à l’horizon 2015, la mortalité juvénile de deux tiers, à réaliser l’éducation primaire universelle (5 ans au minimum), à réduire de moitié le taux de pauvreté extrême, à réduire de moitié le nombre de personnes privées d’accès à l’eau potable…. Un des mécanismes suggérés pour promouvoir le développement et lutter efficacement contre la pauvreté avait été proposé à la fin des années 1960 par la Commission Lester PEARSON qui suggérait que les pays donateurs devraient consacrer 0,70% de leur revenu national brut (RNB) à l’aide au développement, à l’horizon 1975. En fait, ce taux atteindra difficilement 0,22% en 1977. Au cours des 36 années écoulées depuis la publication du rapport PEARSON, les occasions furent nombreuses pour insister sur cet engagement, appelant les pays riches à tenir leurs promesses dont les raisons sont certes morales mais également liées aux intérêt de tous – riches et pauvres -. Le dernier appel dans ce sens, fut le consensus de Monterrey qui avait invité les pays développés qui ne l’ont pas encore fait à prendre des mesures concrètes pour atteindre les objectifs consistant à consacrer 0,7 % de leur RNB à l’Aide Publique au Développement (APD) en faveur des pays en développement et à affecter une part de 0,15 % à 0,20 % aux pays les moins avancés. Il faut mentionner que sur les 22 pays du Comité d’Aide au Développement (CAD), seuls la Norvège, la Suède et le Luxembourg ont dépassé ce seuil au cours des dernières années. La triste réalité montre l’étendue de la cupidité de la très grande majorité des pays nantis et notamment ceux du G8. En effet, et selon l’OCDE, l’APD en faveur des pays en développement avait atteint 78,6 milliards de dollars US en 2004, soit 0,25% du revenu national brut (RNB) global des membres du CAD. Un taux ridicule par rapport aux engagements de Monterrey, moins du tiers de l’objectif fixé. Au cours des premières années du troisième millénaire, le taux de l’APD qui était de 0,22% en 2001, avait réussi à grimper (sic) à 0,23% en 2002 avant d’atteindre 0,25% en 2003 (ce qui veut dire qu’entre 2003 et 2004, le taux a stagné !). Un autre scandale est à signaler : les dépenses militaires des pays de l’OCDE avaient atteint en 2003, 642 milliards de dollars alors que leur part à l’APD n’avait pas dépassé 69 milliards de dollars. Avec une APD à un tel niveau et à ce rythme, les OMD ne seront jamais réalisés en 2015 et le PNUD est encore plus pessimiste pour l’Afrique puisqu’il estime que le Continent Noir n’atteindra les OMD qu’en 2147 ! Lorsque des voix se sont élevées pour saluer les décisions historiques ( ?) du sommet de Gleaneagles du G8 de juillet 2005 dont la plus spectaculaire avait été l’engagement de quelques pays du G8 d’atteindre le fameux taux de 0,7% juste en 2015 !; Lorsque d’autres voix nous avaient annoncé que Barcelone + 10 verrait en novembre 2005 des améliorations substantielles en matière de partenariat et de voisinage dans l’espace euro-méditerranéen; Lorsque d’autres voix encore nous avaient annoncé « une nouvelle étape de l’histoire de l’humanité » à l’occasion de la seconde phase du Sommet Mondial de la Société de l’Information ; Lorsque d’autres voix, enfin, nous avaient annoncé une solution finale aux problèmes de la Terre entière avec la libéralisation débridée des biens, des services, des gènes, des semences et de la culture la veille de la sixième réunion ministérielle de l’OMC à Hong Kong, en décembre 2005 ; Alors que nous constatons que, jour après jour, la minorité des nantis est en train de s’enrichir encore plus, alors que des peuples entiers sont condamnés à la pauvreté, à la précarité, à la marginalité si ce n’est à l’exclusion, et que nous constatons que la liberté des chantres de la « pensée unique » n’est qu’une illusion, un faux-semblant, un faux-fuyant, un pis-aller car finalement cette liberté est oppressante si elle n’est – en définitive – qu’une parure rhétorique servant à justifier la domination des forts et des nantis, l’aliénation et la domination des faibles et la pérennisation de l’asservissement et la servitude des peuples. Comment dans ces conditions parler pour 2006 de lueur d’espoir au bout du tunnel noir de la mondialisation prédatrice ? L’espoir ne naîtrait que lorsque l’éthique, les valeurs de solidarité et de partage, les idéaux d’égalité et de fraternité entre les hommes et les femmes de tout bord, prendront le dessus sur les guerres, les crimes, les injustices, les inégalités, la corruption, le népotisme, la cupidité….L’espoir naîtrait lorsque l’homme cesserait d’être un simple objet, rien qu’un atome social pour devenir sujet, acteur de l’Histoire, maître de sa destinée dans la grande « aventure d’une liberté responsable », dans la lutte pour la justice sociale, pour le droit aux ressources naturelles, pour les droits humains et citoyens, pour la démocratie pleinement participative.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com