Internet en 2006 : L’ére Wiki





Allez-vous faire de 2006 l’année où vous entrerez de plain-pied dans le monde de l’Internet ? Etes-vous enfin convaincu qu’il est temps de plonger dans cet univers, avec ce qu’il apporte d’information extraordinairement plurielle, de commentaires, de réflexions… ? En constante métamorphose, le réseau des réseaux cache bien des surprises pour ses utilisateurs au cours de l’année 2006. * Manoubi AKROUT Connaissez-vous les espaces de Banach ? Ces êtres mathématiques qui sortent de l’ordinaire sont porteurs d’une notion qui, au premier abord, défie le sens commun car il s’agit d’espaces à n dimensions. Ceci alors que notre perception générale nous incline à n’accepter que les trois dimensions palpables (L, l, h) et, à la rigueur, une quatrième dimension schématisant le temps. C’est donc dire si les dimensions infinies des Banach (qui sont des espaces de fonctions) défient nos sens. Pourtant, à y bien réfléchir, beaucoup d’entre nous explorent tous les jours un espace à n dimensions, passant sereinement d’une dimension à une autre sans que cela suscite notre émoi ou défie nos sens. Car, comment mieux définir l’Internet que par un espace à une infinité de dimensions ? Un espace où se succèdent les lieux géographiques, les idées, les informations, les mobilisations, les querelles, les contestations, les critiques… Des milliards et des milliards de pages où tout le monde peut trouver son bonheur, mais aussi (dans certaines de ses dimensions) du désappointement et de l’irritation… pour le moins ! Pour dire les choses simplement, il n’est pas impossible de faire de mauvaises rencontres dans les méandres de l’Internet mais c’est vraiment si peu de choses contre ce que l’on peut en gagner. Imaginez une bibliothèque aux dimensions astronomiques où il n’est pas un domaine qui ne soit disponible à profusion et les bénéfices incommensurables sur toutes les interrogations qui vous hantent. Le savoir défilant inlassablement dans l’écran de votre ordinateur ou de votre PDA. Pourtant, et même à classer les dérives de l’Internet dans les considérations marginales, ce monde extraordinaire est porteur de grandes difficultés dues à cette même profusion qui en fait l’aspect le plus saillant. Aux interrogations ‘’classiques’’ (L’Internet peut-il nous aider à comprendre le monde qui nous entoure ?), succèdent des interrogations moins éthérées (comment nous retrouver dans ce flot ? Comment discerner le bon grain de l’ivraie ? Quelles sont, parmi ses sources, celles qui vous offriront les meilleures perspectives ? En un mot, comme en cent, Comment se frayer un chemin dans cette ‘’exubérance irrationnelle’’, comme aurait dit Alan Greenspan, le flamboyant gouverneur de l’US Federal Reserve, qui dépose d’ailleurs son tablier en janvier 2006 ?). De fait, il existe actuellement sept plates-formes spécifiques qu’il faudrait comprendre pour répondre à ces interrogations. Il y a d’abord les moteurs de recherche. A tout seigneur tout honneur, car ils sont au cœur de l’Internet. Ce sont eux qui vous permettent de trouver vos repères. Mais là, il y a un autre problème. Parmi les milliers, voire les centaines de milliers, de références qu’il propose à votre requête, sur laquelle votre choix va-t-il se porter ? La première ? La dernière ? Sur quels critères allez-vous vous baser pour vous décider ? Etes-vous de ceux qui sont convaincus que le hasard fait bien les choses ? Il y a les index qui proposent une autre manière de rechercher l’information à l’aide d’une hiérarchie logique mais, là aussi, on peut tomber dans le fastidieux et on court même le risque d’en venir à tourner en rond. Il y a aussi les portails qui sont plus simples à utiliser parce qu’ils traitent généralement d’un domaine très spécifique. Quant aux sites, ils constituent le gros des troupes sur le réseau. La cinquième catégorie de sources d’information est une évolution de ce que l’on appelait il y a quelques années les ‘’pages perso’’ qui ont subi une mutation extraordinaire pour devenir des blogs. Les Blogs sont plus rapides que la télévision, la guerre d’Irak l’a démontré. Et les bloggers sont devenus à ce point omniprésents et ‘’omnipotents’’ qu’aux dernières conventions des puissants partis démocratique et républicain (aux USA) nombreux sont ceux d’entre eux qui ont eu leur carte de presse pour aller et venir à leur guise dans ses espaces. Beaucoup de politiciens font également ‘’tourner’’ des blogs personnels. Les plus grands noms du monde de l’information, de la science, de la technologie (évidemment) et même des institutions internationales comme la Banque mondiale ont aujourd’hui leurs blogs. La sixième source est ce que l’on pourrait appeler un ‘’Topix’’. Le phénomène est nouveau puisque l’on n’a commencé à en parler qu’en août 2005 alors que la version ‘’discrète’’ a été mise en ligne en janvier 2004. Il s’agit d’une expérience unique réalisée par deux Américains : Rich Skenta et Chris Tolles où un logiciel joue le rôle des journalistes. Mais nous avons gardé le meilleur pour la fin : les Wikis. Ils constituent, à notre sens, l’un des exemples les plus représentatifs et les plus frappants de la fécondité de l’Internet. Si nous ne devions d’ailleurs donner qu’un unique épithète aux Wikis, nous choisirions sans la moindre hésitation Fécondité. Le principe des Wikis est audacieux puisque les lecteurs se voient élevés à un statut qui n’est en rien inférieur à celui des éditeurs. Et là, l’exemple-type est évidemment le phénomène Wikipedia qui a fait le tour de la planète, avec des centaines de milliers de références. Aux dernières nouvelles, cette encyclopédie participative multilingue en ligne compte plus de 2,5 millions de références (850 mille, rien qu’en langue anglaise). La matière proposée est donc la somme du travail des deux parties (éditeurs et lecteurs). Une révolution autour de laquelle un débat planétaire fait rage, mettant en cause la crédibilité de telles ou telles sources dont la rigueur ne peut être ni confirmée ni infirmée. Mais cela n’a pas empêché le phénomène de dépasser tout le monde. Quand on constate, par exemple, que les journalistes de monstres sacrés comme le New York Times ou le Washington Post en ont fait l’une de leur sources privilégiées, on se demande où l’on va. Seulement, il faut souligner honnêtement que cette polémique n’enlève rien à l’originalité (et à la grande utilité) du phénomène Wikipedia. Les innombrables universitaires, journalistes, analystes… qui en ont commenté la réalité s’accordent là-dessus, même s’ils n’y vont vraiment pas avec le dos de la cuillère quand ils en font la critique. Un monde nouveau où l’information n’est plus du seul apanage des spécialistes est né. Tout ceci étant dit, nous vous invitons à mettre à la meilleure place, dans votre liste «Résolutions pour 2006», un passage en revue de ce que vous savez de l’Internet et ce que vous voudriez en connaître de plus. Car tout converge, dans le monde d’aujourd’hui, pour signifier la place incontournable que prendra de plus en plus cet outil aux dimensions infinies. manoubi.akrout@planet.tn


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com