M. Hédi Mechri : La crise pétrolière prendra encore quelques années.





La Chine possède encore d’immenses réservoirs de croissance. Notre partenariat avec l'Europe est un choix imposé. Les USA ne vont rien nous donner gratuitement. * Le Quotidien: Le fait économique qui a marqué l’année 2005 est certes la crise énergétique qui a frappé le monde entier. Comment voyez-vous l’évolution de cette affaire dans l'avenir proche? M. Hédi Mechri: Il est vrai que l’explosion du prix du baril a marqué 2005 et marquera également 2006. Je pense que dans le meilleur des cas, les choses vont se stabiliser à ce palier. Mais une montée des prix est très plausible. C’est dû à un problème d’offre face à une demande qui explose notamment aux Etats-Unis et en Europe. Hélas, tout pousse à dire que les prix du pétrole seront de plus en plus élevés dans les années à venir? * Et quelles seront les répercussions de ce phénomène sur les économies fragiles? Incontestablement, le choc est dur. Très dur même. Evidemment il faut commencer par instaurer la culture de l’économie de l’énergie et s’orienter vers les énergies renouvelables. Cela prendra du temps et coûtera de l’argent. Beaucoup d’argent. Et puis je pense que cette crise entraînera une reconfiguration des schémas de développements des pays à économie fragile. Ces pays vont s’orienter vers de nouvelles lignes de développement qui seraient moins énergétivores. Ils vont ainsi ajuster leur appareil productif et repositionner l’échiquier sectoriel de manière à favoriser des secteurs qui consomment moins d’énergie tout en ayant une forte valeur ajoutée. Je parle notamment du secteur des services. La crise énergétique a eu et aura des répercussions également sur notre vie de tous les jours à travers la hausse des prix du transport public à titre d’exemple. * Durant l’année 2005 nous avons également constaté une ascension remarquable de la Chine qui s’est imposée par ses produits bon marché capables d’inonder les marchés mondiaux. D’après vous, est-ce que la Chine va poursuivre son ascension dans le cadre d’un monde sans barrières? Je crois que la Chine est sur une voie de forte croissance. Et elle a encore d’immenses réservoirs de croissance. Quand environ 400 millions de personne travaillent 12 heures par jour avec un niveau salarial très bas, cela ne peut que pousser la Chine vers l’avant. C’est un pays continent et c’est également le cas de l’Inde qui possède un potentiel énorme et dont on ne parle pas assez. Mais s’il est vrai que la Chine exporte en grandes quantités notamment les produits manufacturés, elle importe également des quantités considérables. Et quand la Chine importe, elle peut subir des pressions dans le cadre de négociations avec ses partenaires, notamment l’Europe et les Etats-Unis, d’autant plus qu’elle importe des produits de grande valeur. Vous savez, le président français Jacques Chirac a dit : «un Airbus vaut 40 millions de chemises». Le message est clair : fermer le robinet des chemises, c’est fermer le robinet de l’Airbus. Ainsi, pour les Européens, le danger est là mais il n’est pas aussi imminent. La Chine ne cesse d’avancer en matière de textile et de petit gadgets, mais les pays industrialisés avancent en parallèle et exportent de plus en plus de produits hautement qualifiés tels que les avions dont la Chine a besoin et qu’elle continue d’importer. Pour les Européens et les Américains le problème va se poser le jour où la Chine cessera d’importer ces produits. Et qu’elle réussira à les fabriquer toute seule. * N’empêche que la Chine dérange par sa capacité énorme d’inonder les marchés. Oui la Chine peut inonder les marchés mais il faut dire que les Européens y trouvent leur compte. Parce que ce ne sont pas les Chinois qui exportent vers l’Europe mais ce sont des firmes européennes qui sont installées en Chine et qui réexportent chez eux. * Nous avons évoqué l’impact de l’ascension chinoise sur les pays industrialisés mais si ces derniers possèdent des moyens de pression, les pays en voie de développement n’en ont pas. Le géant chinois fera plus que les déranger. Qu’en dites-vous ? Incontestablement, les pays en voie de développement n’ont pas la possibilité d’exercer des pressions. Pour parler du Maghreb arabe, j’insiste à dire que nous sommes dans l’espace européen. Il ne faut pas l’oublier. Il faut exploiter ce phénomène de proximité avec l’Europe. Ceci peut jouer en notre faveur. * Justement, comment voyez-vous l’avenir du partenariat entre les deux rives de la Méditerranée ? Notre partenariat avec l’Europe est un choix imposé. Nous n’avons aucun choix de procéder autrement. * Mais il y a les Etats-Unis de l’autre côté ? Les Etats-Unis ne vont rien nous donner gratuitement. Nous faisons partie de l’espace européen. C’est une réalité. Il faut rappeler que l’UE est le plus grand marché en termes de pouvoir d’achat. Il faut savoir en tirer profit. Pour cette raison, il faut inciter nos firmes privées à s’internationaliser et les aider à le faire. S’ouvrir sur l’extérieur, entrer en partenariat avec des firmes étrangères comme c’est le cas de plusieurs sociétés tunisiennes ne peut qu’être bénéfique.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com