Anis Ayari : Au S.T., je suis sorti par la petite porte!





En Turquie, depuis deux saisons, Anis Ayari continue à s’illustrer avec Samsunspor, son club, et avec les Aigles de Carthage. De retour en Tunisie pour de brèves vacances, il s’est vite remis au travail avec un groupe restreint sous la conduite de Roger Lemerre. Il revient dans cette interview sur sa situation actuelle en Turquie, les engagements futurs de l’E.N et ses relations et souvenirs avec le S.T, le club qui l’a formé… * Comment se passe votre parcours avec Samsunspor en Turquie depuis le début de la saison? Je peux dire que tout se passe bien puisque je suis toujours titulaire et j’ai à mes côtés Kaïs Ghodhbane qui, lui aussi, est un atout considérable pour l’équipe. A ce niveau, tout est bon, sauf que pour les résultats, c’est pas rassurant car on traîne dans la seconde moitié du classement et on attend la phase retour pour y remédier car le club entend faire quelques recrutement, notamment en attaque. * Peut-on dire que jouer en Turquie vaut aussi bien, techniquement, qu’évoluer dans d’autres championnats européens? Le niveau diffère d’un championnat à l’autre, mais ce qui est sûr, c’est que le niveau de la compétition en Turquie est supérieur à celui de plusieurs autres pays comme la Belgique, le Portugal, l’Ecosse, la Suisse ou même la Hollande. C’est toujours le haut niveau en comparaison avec le championnat tunisien, en tout cas. * Les Tunisiens sont de plus en plus nombreux en Turquie. Est-ce parce que leur niveau est bon ou est-ce dû à la possibilité de les recruter à des prix bas? Actuellement, il n’y a plus de joueurs qui sont engagés à des prix très bas comme c’était le cas il y a quelques années. A présent, chaque joueur négocie à travers son agent et les clubs ne sont plus dupes. Si on insiste en Turquie à prendre des Tunisiens, c’est qu’ils sont capables de donner un plus. D’ailleurs, nous sommes presque tous des titulaires et des joueurs comme Bouazizi et Ghodhbane sont déjà des idoles. * Avez-vous eu des offres pour aller rejoindre un autre club aux ambitions plus grandes? Les offres existent et j’en ai même parlé avec mes dirigeants. Mon contrat prend fin au mois de juin 2007 et le club ferait mieux de me libérer à la fin de cette saison pour pouvoir faire une bonne affaire. Les discussions vont reprendre à mon retour après la CAN et on verra bien. J’ai de grandes chances d’atterrir dans un autre club turc, plus fort et plus ambitieux, qui m’a déjà officieusement contacté. * A propos de la CAN, beaucoup de joueurs vont avoir des problèmes avec leurs clubs qui ne souhaitent pas les libérer. Qu’en est-il pour votre cas? J’ai toujours été clair avec mes dirigeants. La sélection est prioritaire quand il s’agit d’une compétition officielle et je suis prêt à tous les sacrifices pour défendre les couleurs nationales. Normalement, ça va se passer sans problèmes, pour moi comme pour Kaïs et nous avons déjà l’esprit à… Alexandrie. * Vous avez certainement suivi le tirage au sort du Mondial 2006. Quelles sont vos impressions à propos de ce tirage? Je constate que tout le monde est content et c’est tant mieux. Les quatre équipes se considèrent bien lotis et cela va équilibrer davantage ce groupe H. Personnellement, je considère que le Onze tunisien à les moyens pour aller au second tour. Une victoire devant les Saoudiens, et pourquoi pas un autre résultat positif contre les Ukrainiens et le tour est joué. Ce n’est pas un rêve, car notre équipe est aussi redoutable que les autres et ne doit avoir peur d’aucun adversaire. Cependant, il faut bien se préparer à ce rendez-vous pour pouvoir atteindre nos objectifs. * Et à propos de la CAN 2006? Nous sommes les détenteurs du titre et nous devons le défendre crânement et honorer notre engagement. Depuis notre sacre en 2004, la CAN a beaucoup plus d’importance dans nos têtes. En Egypte, la concurrence sera rude, mais nous demeurons les favoris potentiels car on a gardé la même ossature et le même staff technique. Logiquement, nous sommes les plus proches d’un nouveau sacre. * En E.N, vous êtes toujours en concurrence avec Clayton. Comment vivez-vous cette situation? La concurrence ne m’a jamais dérangé et elle est plutôt utile pour tout le monde, en particulier pour la sélection. A chaque fois que l’un de nous deux est titularisé, il donne satisfaction. Nous travaillons beaucoup et chacun se met dans la tête qu’il sera titularisé. C’est pour cette raison que cette situation nous a permis de nous améliorer et même de se donner à fond beaucoup plus avec l’EN qu’avec nos clubs. Le dernier choix revient toujours à l’entraîneur, mais fait beaucoup de bien. * Vous suivez sûrement le parcours du ST, notre ancien club qui passe par une période difficile. D’après vous, à quoi est dûe cette crise? Le club s’est tout simplement affaibli à tous les niveaux. Il n’y a plus d’argent, plus de bons joueurs et plus de dirigeants capables d’en faire un grand club. Aujourd’hui, je constate que ce sont les joueurs qui font la loi, que les responsables n’y peuvent rien et que le public continue à souffrir sans pouvoir rien changer. Au sein de l’effectif, il y a très peu de joueurs issus des catégories des jeunes et qui ont les couleurs du club dans le sang. Ceux qui sont recrutés viennent généralement pour gagner de l’argent et une situation comme celle d’aujourd’hui ne leur fait pas de la peine. Quelques années auparavant, il y avait une majorité d’enfants du club qui étaient prêts à tous les sacricices pour le bien du S.T (Dridi, Boussaïdi, Sellami, Trabelsi, Kefi…) et qui ont influencé les autres (Ziadi, Selliti, Baghouli, Sghaïer…). Aujourd’hui, c’est le contraire qui se passe et c’est bien ce qui explique la situation actuelle, d’autant plus que les dirigeants manquent d’autorité. * Etes-vous encore en contact avec les joueurs et les responsables du S.T? Malheureusement, ces contacts se limitent à quelques anciens coéquipiers (Baghouli, Ziadi…) alors qu’avec les responsables, j’ai vécu une expérience amère. Tout le monde est au courant des problèmes qui ont suivi mon transfert en Turquie car mon nouveau club n’a pas pu payer le montant de cette transaction. Il y a quelques mois, à mon retour en Tunisie, les dirigeants du ST m’ont contacté à plusieurs reprises pour essayer de trouver une solution. J’ai finalement usé de tous les moyens pour les satisfaire et j’ai même appelé le président de Samsunspor pour lui faire comprendre que je ne vais pas rentrer en Turquie car, moralement, je suis très atteint par le fait de voir mon club d’origine lésé de la sorte. La réponse a été rapide et après une discussion avec le président à Samsun, il a décidé de payer le ST alors que la situation financière de son club ne le permettait pas. Malgré ce geste, et une fois l’argent parvenu au Bardo, on m’a tout de suite ignoré et plus personne ne m’a contacté depuis alors qu’ils le faisaient quotidiennement avant. D’ailleurs, je considère que je suis sorti du ST par la petite porte, tout comme mes autres coéquipiers alors que nous avons réalisé le rêve des Stadistes avec la Coupe remportée après 37 ans de sécheresse. Aujourd’hui, je constate qu’on a vite oublié cet exploit, qu’on dit du mal de M. Jalel Ben Aïssa qui a fait du ST un grand club que tous les autres craignaient et que les anciens sont de plus en plus ignorés. Cela me fait du mal, mais ce qui m’attriste réellement, c’est de voir le ST lutter aujourd’hui pour le maintien. Il s’agit de mon club et je lui souhaite de sortir rapidement de l’impasse car il en est capable à condition de voir les joueurs se dépenser et penser à l’équipe avant tout. Propos recueillis par Kamel ZAIEM


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com