Dorsaf Hamdani : A chaque jour “soufi” son timbre suave





Naissances. Outre les concerts et les festivals, l’année 2005 a été pour Dorsaf Hamdani, bien rythmée et surtout couronnée par la naissance d’un joli poupon, Beyram. A l’orée de 2006, un autre nouveau-né voit le jour chez madame et son époux Elyès Baccar. “Ya Maoulana”, s’inscrit avec bonheur sur un autre registre. Après son concert du 26 juillet au Palais Al Abdellya de la Marsa dans le cadre du festival international de Carthage 2005, qui a drainé un public de fins connaisseurs, et celui, donné quelques jours après, avec Khaled Ben Yahia au ûd et d’autres jazzmen français, dans l’enceinte de l’amphithéâtre d’El Jem lors de Découvertes 21, rendez-vous annuel au profit de jeunes talents, Dorsaf s’est permis une petite pause bien méritée et surtout nécessitée par une bonne raison: Dorsaf a donné au monde, le 19 septembre, son premier bébé. Un rayon de soleil au foyer du jeune couple. Un prompt rétablissement, Dieu merci. Et Drosaf Hamdani de renouer, dès le 30 octobre avec sa passion de toujours, le chant qui lui colle à la gorge, et de répondre à l’invitation de Bruxelles où elle s’est produite au festival belge “Voix de femmes”, avec “Kolthoumiat”, le programme inaugural de l’avant-dernière session du festival de la Médina. Mais l’événement phare, c’est “Ya Maoulana” qui commence à faire du bruit. De quoi s’agit-il? Réponse de la chanteuse: “L’idée de ce “Conte musical” a germé depuis une année, mais n’a pris forme qu’avec la naissance de notre Beyram. Le projet a donc commencé quand mon mari et moi étions en Turquie où nous avons assisté à la commémoration de Jaleleddine Erroumi au festival soufi de la ville de Konya en 2004”. C’est ainsi que l’auteur de “L’impasse du Temps perdu” (un court métrage), Elyès Baccar, avec la “complicité” de sa “douce moitié” s’est plongé dans les recherches, dépoussiérant une pile de livres écornés et jaunis par le temps. “J’ai regardé un peu partout sur les interactions de pensée soufies et les différentes écoles de cette discipline de l’Orient (du Nord de l’Asie au Maghreb en passant par l’Afrique subsaharienne). J’ai ramassé l’essentiel, et mis l’élixir de mon effort sous la main de Dorsaf”, nous a dit l’homme de l’écran, qui a tout bonnement préparé le terrain pour que son épouse termine, de sa voix suave, le travail. Un travail qui glisse sous le signe de la rencontre musicale entre la Turquie, d’un côté, et la Tunisie de l’autre, à travers deux maîtres soufis, le poète mystique de Khorassan et fondateur de Konya, Jaleleddine Erroumi et Belhassen Acchadouli (Sidi Belhassen), enterré en Egypte mais son refuge de prière est perché sur les hauteurs d’une colline au sud de la capitale, Tunis. “Il s’agit de deux doctrines, deux hommes de la même époque (13ème siècle), qui ne sont jamais rencontrés. Mais d’après les recherches que j’ai effectuées, leur spiritualité converge dans le même sens. Quand on lit “Al Ahzab” de Sidi Belhassen et “Fihi ma fihi” ou “Al Mathnaoui” de Erroumi, on trouve plusieurs points communs. Notre travail réside dans la mise en valeur de cette convergence à travers la musique et le conte”, nous a précisé le metteur en scène de “Ya Maoulana”, qui est en train de mettre les dernières retouches de son long métrage “Hya wa houa” (Elle et Lui) qui sortira en mars 2006 avec notamment Mohamed Ali Ben Jemaâ, son ami de toujours. * Révélation et la voix fait foi Nous sommes à Konya, le 13 décembre dernier au soir. “Ya Maoulana”, un spectacle chanté par Dorsaf Hamdani, a été grandement salué par les critiques couvrant le festival (du 10 au 17 décembre 2005) auquel ont pris part notamment des Iraniens, des Espagnols, des Anglais, des Français… C’était la découverte ou plutôt la surprise des grands cheïkhs turcs et autres invités. Qui n’ont pas l’habitude d’entendre une voix féminine s’élever dans le soufi. Surtout dans le “naât mawlana”, qui plus est, chanté en arabe tunisien et turc à la fois. “Il m’a donné les paroles justes. Car pour répéter en turc, l’écoute m’a été insuffisante. Il m’a aussi corrigé musicalement les mots au niveau de la prononciation”, nous raconte Dorsaf de Souleïmane Yardim, l’instrumentiste du nay dans la troupe officielle turque. C’était une première dans ce festival du “sacré”. En Turquie, il y a dans la “cérémonie Samaâ” (concert spirituel), une sorte de rituel où on commence par un verset coranique avant d’entamer le “naât mawlana” et on termine par les derwiches tourneurs (c’est la “tariqa des mawlvis” en turc). “Une danse symbolisant la rotation des planètes autour du soleil. Ici c’est voyager le long d’un cercle imaginaire signifiant l’origine et le retour dans une ligne en mouvement du début à la fin”. Autre surprise à Konya. C’est que cette femme, sur scène, n’est ni iranienne, ni turque. Mais une Tunisienne qui a donné, avec un brin de “naât Echchadouli” d’autres couleurs au samaâ. Le contenu de “Ya Maoulana” du couple tunisien —avec Ali Ben Gaddour, un chanteur du répertoire tunisien avec ses multiples “touroq”, qui a dirigé la chorale, et Khaled Ben Yahia pour la direction musicale — est consistant et varié. Il y a la “qacide d’El Yatim”, la “Wasla” dans le “Bayati Hassine” avec du “Bachraf”, “Moujarrad”, “Kergane”… dont on a savouré les noces tuniso-turques et le tout mâtiné de sagesse. De ce travail sera certainement tiré un CD. Et quel CD! (Nous avons bien écouté un extrait de la maquette et c’est un plaisir). “Nous avons déposé depuis quelque temps un dossier au ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine afin d’être aidés dans ce projet qui nous tient à cœur. Nous attendons encore la réponse”, nous a dit Elyès Baccar. Il était d’une rare sincérité. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com