Jassem Khalloufi : «Je ne désespère pas d’être présent en Allemagne»





Ambition. Quand chaque fois que Mokhtar Naïli, l’entraîneur des gardiens de l’E.N, le supervise, il fait son panégyrique, le doute n’est plus permis: il appartient irréfutablement à ce cercle hermétiquement fermé des gardiens de but racés. Professionnel, jusqu’à la substantifique moelle, grâce à une saine hygiène de vie et une rare abnégation dans les entraînements, le portier marsois, à 24 ans révolus, brigue légitimement le palier supérieur. Foncièrement frustré, suite à sa relégation au poste du suppléant lors des JO d'Athènes, il a puisé dans ce sentiment de désappointement une nouvelle et incommensurable force de surpassement. Une large frange du public sportif s’étonne que vous ne fassiez pas encore partie de l’E.N “A”. Un commentaire là-dessus? A vrai dire, ce n’est pas à moi de me prononcer sur une convocation en équipe première. C’est une question de choix et je ne peux que me plier à cette règle du jeu. Cette situation, loin de me rebuter, m’exhorte à redoubler d’efforts, étant, de surcroît, imbu d’un credo majeur, à savoir le travail, toujours le travail, rien que le travail. Et je trime à l’entraînement, comme un vrai forçat de l’ombre pour, d’abord, être toujours prêt à servir mon club, et mériter, ensuite, une convocation sous les couleurs nationales. Et je ne vous cache pas que je ne désespère pas de convaincre le sélectionneur national d’ici le Mondial et d’être présent en Allemagne. D’ailleurs, d’après les échos que j’ai eus des rapports rédigés par Mokhtar Naïli, me concernant, qualifiés de flatteurs, je ne peux que me surpasser davantage. Vos récentes prestations de rang pour le compte des dernières journées, et même en Coupe face à l’EST, plaident largement en votre faveur. Je laisse le soin aux autres de juger mes prestations. Moi, je suis un grand bûcheur. Le football, pour moi, n’est pas seulement un gagne-pain, c’est ma passion, ma raison d’être. Je me considère, du reste, comme un vrai professionnel n’ayant point d’autre activité dans ma vie que le football. C’est dire que je m’investis corps et âme dans le football, avec, en corollaire, une attention particulière à mon hygiène de vie, condition sine qua non qui me permet d’être régulièrement au summum de mes moyens, aussi bien physiquement que mentalement. Un petit retour, non point pour remuer le couteau dans la plaie, à la mésaventure que vous avez vécue avec l’E.N olympique. En reste-t-il des relents d’injustice et de frustration? Vous faites sûrement allusion à ma mise sur le banc des remplaçants à Athènes, lors de la phase finale des J.O. C’est que le règlement autorise la participation de trois joueurs âgés de plus de 23 ans. Et Khaled Fadhel a eu les faveurs de l’entraîneur pour garder les bois. Je ne cache pas avoir vécu cette situation comme une terrible injustice, dans la mesure où j’ai effectué tout le parcours des éliminatoires et aussi bien au Sénégal, qu’au Nigeria et qu’en Egypte, j’ai apporté ma modeste mais non moins agissante et efficiente contribution à la qualification. Je piaffais d’impatience de prendre part à la phase finale et de pouvoir exhiber davantage ce dont je suis capable. Mais, j’ai du déchanter. J’avoue que ce fut la période la plus difficile de ma carrière que j’ai connue. Toutefois, je n’ai jamais faibli. Et grâce à ma ténacité et à ma patience qui frisent la longanimité, et grâce surtout au soutien moral de tout mon entourage aveniriste, staffs technique et dirigeant, supporters, et je ne l’oublierai jamais, celui des journalistes dont l’écrasante majorité a crié haro sur cette injustice, j’ai pu rebondir. C’est cette reconnaissance unanime de mon talent qui m’a consolé et rasséréné. Mon amour démesuré pour le foot, a fait le reste. Venons-en maintenant à la compétition nationale. Comment en jugez-vous le niveau? Au début, certaines équipes dites de seconde zone, telles que JS, EGSG… ont montré au grand jour des prédispositions et des ambitions grandioses. Mais l’ordre hiérarchique de mise depuis de longues années a fini par se rétablir. Globalement, j’estime qu’il y a une sorte de nivellement, plutôt vers le bas. Et sincèrement, on dirait que l’EN appartient à une autre planète, tellement le clivage entre le club Tunisie et la compétition nationale est fortement prononcé. Ne pensez-vous pas que, parmi les diverses tares qui minent notre football, l’arbitrage y soit pour beaucoup dans cette postulation vers le bas? Honnêtement, je ne le pense. Vous savez, l’arbitre c’est un peu comme le joueur. S’il est hué et conspué, il est touché en son for intérieur et se met à commettre des erreurs. L’arbitre dans nos murs, c’est le parfait bouc-émissaire, c’est lui qui paye pour les autres. Qu’on le ménage, qu’on le laisse travailler en paix, et le résultat suivra. Concernant l’ASM, la situation n’est guère reluisante au classement général. C’est un peu surprenant pour un club ayant terminé 5ème l’année dernière. Entre l’exercice écoulé et cette saison-ci, les données objectives ont changé. L’année dernière, nous avons régulièrement joui de la totalité de nos moyens. Et notre élimination précoce de la Coupe face au CAB, qui, soit dit en passant, fut un incident de parcours, nous a permis de nous consacrer totalement au championnat. Cette année, l’équipe s’est un peu vidée avec le départ de Khemila (qui vient de renouer avec nous), la longue indisponibilité de Chettaoui, la reprise tardive de Kaddèche, des renforts infructueux, comme ceux de Azek, Hajlaoui… Il y a lieu surtout d’évoquer la cascade de blessures qui ne nous ont guère épargnés, suite à notre engagement en Coupe de la CAF et le rythme infernal, difficile à soutenir qui s’en est suivi. Heureusement que la trêve est là pour nous permettre de panser nos blessures. Sur un plan strictement personnel, vous êtes annoncé, depuis plusieurs mois, un peu partout en Tunisie, et même à l’étranger. Qu’en est-il de toutes ces sollicitations? C’est vrai, j’ai reçu beaucoup d’offres émanant de la fine fleur des clubs tunisiens. Mais, pour diverses raisons, aucune d’elles n’a abouti. Par ailleurs, le club français de L1, l’OGC Nice, depuis notre stage estival dans cette enchanteresse région, continue à me faire les yeux doux. A ce propos, M. Khémaïes Dridi, un grand mécène du sport et qui n’a rien d’un agent, est en train de jouer un rôle actif de médiateur. J’en profite pour lui tirer ma révérence. D’un autre côté, M. Mongi Ben Brahim, l’enfant du club que je ne perçois nullement comme un impresario et que je considère comme un frère aîné, continue de négocier un possible transfert en Turquie. Mais, pour l’heure, il n’y a encore rien de concret. Votre contrat avec l’ASM expire en juin 2006. Quelle est la position de votre club? Pour dire vrai, je viens de discuter avec mes dirigeants de la possibilité de renouveler mon contrat avec l’ASM. Si cette option se cristallise, il y aura une clause libératoire, au cas où je recevrais une offre officielle. C’est donc une sorte de compromis qui prendra en considération l’intérêt de mon club -auquel je dois tout et qui a fait de moi ce que je suis maintenant, même si je considère que la notoriété est encore loin d’être acquise- et le mien propre. Un dernier mot pour abréger? Je tiens vivement à exprimer toute ma gratitude envers les supporters marsois qui me soutiennent sans relâche, ainsi qu’à Si Ali et Si Faouzi pour leur irréductible apport concernant mon épanouissement. Mon profond sentiment d’obligeance va incontestablement à l’adresse de tous mes dirigeants sans exception, à titre indicatif et non restrictif, messieurs Brahim Riahi, Montacer Meherzi et Hassine Ben Hassine. Et même si je pars un jour, la famille élargie marsoise aura la place la plus chère dans mon cœur. Propos recueillis par Wahid SMAOUI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com