Torture des prisonniers par la CIA : Ras-le-bol des Européens, Washington adoucit le ton





Le Parlement européen a fortement critiqué hier les Etats-Unis sur l’existence de prisons secrètes de la CIA sur le territoire d’Etats membres de l’UE. Des critiques qui ont fait réagir Washington qui a reconnu pour la première fois qu’ils devaient répondre aux interrogations «légitimes» des Européens. Le Quotidien-Agences Le groupe socialiste du Parlement européen a fortement critiqué hier les dirigeants européens qui ne "font rien" pour mettre au clair l'affaire des prisons secrètes de la CIA sur leur territoire, et a appelé la Commission européenne à agir. "Il est inacceptable que des dirigeants européens ne fassent rien alors que les informations continuent de circuler sur l'existence de ces camps de prisonniers et sur l'utilisation d'aéroports européens pour le transport de prisonniers de la CIA", a indiqué Martin Schulz, président du groupe socialiste au PE, dans un communiqué. "Nous avons besoin d'une action de la Commission (européenne) et des ministres afin de régler cette question une fois pour toutes et afin de rassurer le public". "Mon groupe a pris la tête de la réponse européenne aux informations publiées dans le Washington Post en demandant une enquête de la Commission". Le président du deuxième plus important groupe au Parlement européen a même insisté sur le fait qu'il chercherait à créer une commission d'enquête du PE s'il n'était pas satisfait de la première enquête. "L'existence de telles prisons constituerait une violation flagrante des droits de l'homme et des critères de l'UE. Toute prison de ce type devrait être fermée immédiatement". Martin Schulz avait déjà évoqué cette affaire à Vienne avec le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, alors que l'Autriche doit prendre la présidence de l'UE au 1er janvier prochain. Avant-hier, le commissaire européen à la Justice Franco Frattini a menacé les Etats membres de l'UE de leur retirer leur droit de vote au Conseil européen, si l'existence des prisons de la CIA se confirmait. Il se fondait alors sur les articles du Traité de Nice, prévoyant que les Etats membres s'engagent à respecter les fondements des libertés et des droits de l'homme, et sur l'article 7 qui autorise le Conseil européen - réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement - à priver de leur droit de vote les Etats qui les enfreindraient. * Washington réagit Les Etats-Unis ont reconnu mardi pour la première fois qu'ils devraient répondre aux interrogations "légitimes" des Européens sur les activités de la CIA en Europe, après des semaines de silence officiel. "Les Etats-Unis réalisent que ces sujets génèrent de l'intérêt dans l'opinion publique et au sein des parlements en Europe et que ce sont des questions auxquelles il faudra répondre", a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack. "Ce sont des questions qui sont certainement légitimes et qui sont posées par la presse. Et nous ferons de notre mieux pour répondre à ces questions", a ajouté le porte-parole. Depuis la publication début novembre par le quotidien Washington Post des premières révélations sur l'utilisation par la CIA de pays européens pour le transport, la détention illégale et la torture de terroristes islamistes présumés, l'administration du président George W. Bush avait gardé un silence prudent, s'abstenant de confirmer ou de nier l'existence de prisons secrètes. Ses divers porte-parole s'étaient contentés d'évoquer la "guerre contre le terrorisme", la décrivant comme un conflit d'un genre nouveau où l'ennemi ne porte pas d'uniforme et ne respecte aucune loi internationale, ce qui justifiait implicitement l'emploi de méthodes musclées contre les terroristes. Le changement d'attitude de Washington est intervenu après une rencontre au département d'Etat entre le chef de la diplomatie américaine, Condoleezza Rice, et le nouveau ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. Rice a promis à son interlocuteur que les Etats-Unis apporteraient une réponse aux demandes d'explications des Européens, selon son porte-parole. "La secrétaire d'Etat a assuré au ministre (allemand) des Affaires étrangères que les activités des Etats-Unis étaient conformes à toutes les lois américaines et à la Constitution des Etats-Unis" et que Washington respectait ses "obligations internationales", a précisé McCormack.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com