“Masques, toiles et destins” : De l’esprit et du mouvement





Devant un public nombreux et connaisseur, les Egyptiens ont donné avant-hier soir à la salle du 4ème Art, un spectacle emblématique sous toutes ses facettes. Peut-être le meilleur des JTC. Il y a tout d’abord cette lumière qui enveloppe les différentes scènes, tantôt timide et frustrée, tantôt piquante, brûlante qui propage ses rayons sur une tribu de silhouettes et les envoie à la douche avec des couleurs chaudes ou froides. Tous ces corps ont une tête et des membres. Comme tous les animaux. Ils bougent. Ils dansent, ils aiment et forment la vie. Comme tous les animaux. Qui pensent. Qui détruisent. Qui se détruisent. Qui font la guerre. Qui violent. Qui se mutilent la conscience les uns les autres. Des rescapés qui continuent à se multiplier, à donner à la vie goût et épaisseur (côté sucré, côté amer et des couches superposées). L’une écrasée par l’autre. Où vivent le mal et le bien. En conflit perpétuel, croquant la vie et faisant des croquis sur les discours, la mort, la guerre, l’amour, la haine… Ainsi est venu ce beau jeu dans “Masques, toiles et destins”. Beau comme une toile, toute tramée de petites et grandes images. Qui rythment des albums où on rassemble les souvenirs d’une mémoire et on les soigne jalousement pour les revisiter le moment voulu. Afin de se ressourcer et se laisser séduire. Comme d’une belle femme, le jour de son mariage. Promesse de fertilité et d’accouchement pour donner vie à d’autres chapitres de l’histoire. Qu’on a voulue hymne à la paix, à l’amour du prochain pour lover les “cœurs tendres” dans le creux du giron sacré. Comme le furent tendrement, dans leur mission sur terre, Moïse, Jésus, Mohamed et tous les prophètes suivis de leurs disciples. Pour biffer les masques et les atrocités et crier d’une seule voix: adieu aux drames, abat les gendarmes. Main dans la main, danser, chanter et tourner en beauté dans le cercle de la vie. Une heure quinze de poésie, de chant, de musique en percussion où le mot, l’image entrent en transe. Un vocabulaire magnifiquement agencé pour puiser “le quotidien, l’actualité, le patrimoine culturel et toutes les formes artistiques”, le tout enrobé doucement d’un voile de modernité. Pour toucher tous les niveaux du monde depuis sa création, prendre des leçons, construire l’avenir et accoster sur les rives des cœurs en paix et d’amour gratinés. Le texte de “Masques, toiles et destins”, signé Kassem Mohamed est d’une rare élégance. Quant à la mise en scène, elle penche sur l’abstrait, le post-moderne, le théâtre du monde avec une assise classique et elle revient à Hani Methnaoui. La compagnie du Centre Al Hanager des arts, a volé aussi très haut (outre le jeu et l’interprétation) avec la musique de Mohamed Abdou et la lumière de Abou-Bakr Srif. Si Faoudha, la participation syrienne avait émergé par la haute technicité (mais la faiblesse dans d’autres composantes théâtrales). Celle des Egyptiens était de haute facture. De l’art complet. Le spectacle créé en 2003, tout en symboles, et avec quel caractère, a été grandement salué par le public des JTC. S’il y avait seulement un prix, on penserait et sans hésiter à cette compagnie. Bravo les artistes. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com