Une clôture en pointillés





Le public, en majorité jeune, est venu en masse, samedi dernier pour la soirée de clôture au théâtre de la ville de Tunis. Une cérémonie dépourvue de prix et de couronnement. C’est la seconde fois dans l’histoire des JTC (fondées en 1983, comme animation au sein du théâtre national tunisien, et avant leur détachement plus tard de cette institution), qu’on décide d’enlever les prix. La première fois ce fut aussi avec le même directeur, Mohamed Driss, dans la session de 1997. Mais, au dernier moment, l’ex-ministre de la culture, Abdelbaki Hermassi est intervenu en personne pour qu’il y ait des prix et des heureux (mais aussi d’autres moins heureux). Pour cette session qu’on a confiée au même homme, il y a eu récidive. De la famille théâtrale, il y a eu aussi des satisfaits et d’autres mécontents. Ces derniers ont trouvé la brèche (à tort ou à raison) pour ne pas le rater et le bombarder de critiques sur plus d’un point, ayant trait avec le théâtre en général et le festival en particulier. Samedi soir, Mohamed Driss a ouvert la soirée de clôture avec la rituelle allocution qui en dit long sur la réussite de cette manifestation qu’il a placée sous le signe de l’ouverture. Contrairement à la soirée inaugurale, la clôture a drainé la foule et le public a été au rendez-vous. Seuls quelques hommes de théâtre se sont retirés dès le début de la manifestation et ont brillé par leur absence. Parmi les présents, il y avait notamment Taoufik Jebali, un des plus choyés de cette session (avec deux espaces loués, El Teatro et Carré d’Art, une pièce sélectionnée et qui le mérite bien, «Les voleurs de Bagdad», une autre Etat civil de Atef Belhassine, coproduite avec El Teatro, ainsi qu’une participation au minispectacle de la soirée d’ouverture, qui a reçu une médaille d’honneur. Récompensée aussi l’équipe du théâtre d’El Hamra qui a accueilli huit représentations. Dans la liste des honorés, il y a aussi Hamadi Mezzi, un fidèle parmi les plus fidèles (responsable des espaces, location de Bir Lahjar, une pièce sélectionnée «Carnaval»). Noureddine El Ati, l’homme de théâtre et patron de l’Etoile du Nord, n’a pas été non plus oublié (location de son espace, avec son Œdipe le Tyran sélectionné) et il a reçu sa médaille. Le public n’a pas cessé de le huer pour les quelques «lapsus» ayant eu lieu au cours des dix jours du festival. Puis viennent les Libanais, les Palestiniens, les Jordaniens (qui sont déjà rentrés chez eux) et enfin le 4ème Art (car il ne faut pas non plus oublier de s’en servir). Mais il y a eu aussi le Centre des Arts dramatiques du Kef, ainsi que le Centre national d’art de la Marionnette. Et... aucun Africain... Finalement, Mohamed Driss s’est rattrapé et a décerné une médaille d’honneur à la veuve du comédien Ali Mosbah qui nous a quittés il y a quelques semaines. Elle était accompagnée de son fils et sa fille et portait encore le deuil de son mari. * Que fait M. cinéma dans le théâtre ? Soutenez-moi, je vous en serai reconnaissant et Raja Farhat monte sur scène pour embellir avec des mots galants la 12ème session et magnifier le courage de son aîné. Puis de présenter le cinéaste Franco Nero, l’invité de marque du festival. «J’ai accepté avec bonheur l’invitation du directeur des JTC 2005. Car j’apprécie beaucoup le théâtre. Puis Tunis, c’est ma deuxième maison après mon Italie natale et je tiens à préciser que le monde théâtral est une grande ville peuplée de gens différents et d’intellectuels ayant relation de près ou de loin avec les 4ème et 7ème arts. Ces gens sont unis par les cultures et le rêves, toujours libres et en perpétuel mouvement. Je tiens à dire par la même occasion qu’une cité non libre ne peut jamais abriter dans ses murs ni théâtre ni cinéma», a dit l’acteur et réalisateur dans sa propre langue. Raja Farhat a traduit illico les paroles enthousiastes de l’italien à l’arabe tunisien. Sur une note d’humour, l’enfant de Milan qui a crevé par son talent le grand écran des années 1960, a lancé un «appel d’offres» à tous les comédiens et acteurs tunisiens désirant figurer dans son prochain film sur l’émigration clandestine et toutes ses tragédies (préparez-vous alors pour un casting et ne laissez pas filer sous votre nez une occasion pareille !). * Sacré spectacle La soirée s’est poursuivie ensuite avec le spectacle de clôture, Le sacre du printemps, une œuvre de Stravinsky, sur l’identité et l’existence. Qui suis-je? Qui es-tu ? Que ferons-nous pour continuer à pointiller le livret de l’histoire humaine et paver la terre ? Quand tout au début, on a entendu parler de ce spectacle, on a tous tiqué sur la présence de la danse dans une manifestation théâtrale. Mais après l’avoir vu, on a vite changé d’avis. Après tout, pourquoi pas! L’œuvre a été écrite en 1913 par le compositeur autodidacte français d’origine russe et naturalisé américain. Le sacre du printemps est l’un des trois ballets les plus célèbres de Stravinsky joués par la Compagnie des Ballets russes à Paris. Les deux autres sont: l’oiseau de feu (1910) et Petrouchka (1911). Le metteur en scène, Heddy Maalam, un Franco-algérien qui a choisi de s’installer à Toulouse où il a fondé en 1990 sa compagnie qui porte d’ailleurs son nom, a un faible pour les œuvres corsées, qui ont un sens, une épaisseur et un poids lourd. Et il sait les reprendre les retravailler avec de l’électro-techno, les mettre en valeur et au goût du jour et au profit de l’espace. Pour ce travail, il compte bien sûr sur le talent de ses quatorze Africains (ou d’origine africaine) et sur le «bulldozer» de leurs muscles. Il sait aussi jeter un voile de lumière (minimaliste) sur son «adaptation» et projeter sur le fond de la scène des images vidéo tirées de l’âme du continent et de sa brousse qui ne cesse de se régénérer. Où les femmes et les hommes continuent farouchement à se débattre contre vents et marées, lutter, travailler mais aussi se féconder les idées. Les chorégraphes de couleurs qui étaient en petite tenue de couleurs et d’une rare pureté, ont donné corps à un texte déjà solide. Mais avec une âme autre que celle de l’original et dans une texture chorégraphique d’une étoffe subsaharienne. Soixante minutes de bonheur, surtout dans le dernier tableau avec sa petite cerise noire. Un chorégraphe, seul sur scène, a laissé libre cours à son corps, ses membres et toutes ses articulations pour la dernière retouche de finition d’un travail vibrant, bourré de messages et d’expressions pour nous dire: à la session prochaine, Inchallah ! Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com