L’infrastructure sportive à Bizerte : L’avenir fortement menacé





Réputé pour son statut de club formateur ayant enfanté de joueurs de grand talent à l’instar de Arbi Baratli, Abdeljelil Mehouachi, Yassine Dziri, Khaled Guesmi, Mondher Mokrani et la liste est très grande. Le CAB se trouve désormais dans la croisée des chemins en raison de l’absence d’une infrastructure sportive adéquate et susceptible de favoriser le travail de formation. Résultat : les jeunes du club phare du Nord jonglent avec les différents aléas pour trouver les espaces nécessaires où travailler sereinement. Cette situation peu enviable peut miner énormément à la marche du club d’autant plus que le coût des recrutements ne cesse de grimper alors que les moyens pécuniers sont en baisse constante. Et c’est là que le danger devient plus grand... Cette situation n’est pas propre au CAB, elle concerne d’autres clubs fortement menacés, je cite le ST, l’ASM, le CSHL, et le CSS entre autres c’est pour ces raisons que nous allons essayer d’élucider cette situation dans une quête de vérité susceptible de rendre service à notre sport roi... Dossier... M.A.F. _________________________________ Constat et… solutions L’infrastructure sportive existant à Bizerte est-elle suffisante pour que le sport (toutes disciplines confondues) retrouve sa splendeur? Si l’on se réfère aux structures existantes [piscine et salle couverte, terrains gazonnés (15 Octobre et Bsiri) et terrain synthétique (Nadhour)], on est tenté de répondre par l’affirmative. Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit que pour le football par exemple, plusieurs nouveaux problèmes ont surgi. Il n’y a plus d’espaces libres exploitables pour l’éclosion de jeunes talents. Les terrains vagues tels que ceux de la Jbibina et ceux de Sidi Salem, du marché aux bestiaux ou de la garnison ont disparu à cause d’une urbanisation galopante. Ces “temples du football de rue” qui ont vu l’éclosion de talents tels que Harnif, Houcine, Zouaoui, Ben Gouta, Mokrani, Baratli et autres Dziri et Challouf n’ayant pas été remplacés, ils est devenu difficile de dénicher les jeunes talents qui arrivaient au club (le C.A.B en l’occurrence) avec un bagage technique inné. Ceci a fait que le C.A.B par exemple est passé du statut de club formateur a celui de club recruteur. Ce problème crucial s’est accentué depuis le “gazonnage” du Bsiri. Ce terrain qu’a vu le transit de générations de joueurs était sollicité douze heures par jour et toutes ces catégories de jeunes (huit) y trouvaient leur coin de terrain où ils s’entraînaient actuellement et par peur d’abîmer le gazon, les entraînements des jeunes deviennent espacés dans ce temps. Ceci a fait que l’avenir au C.A.B est mis en cause. Les espaces libres étant devenus inexistants et les moyens financiers manquant pour pouvoir recruter des joueurs de valeur, le problème de la formation se pose avec acuité. Afin d’essayer de trouver un “remède” à ce problème nous avons contacté quelques techniciens qui vivent ou ont vécu avec des problèmes pour Kebaïer (actuellement entraîneur national des jeunes) “il est nécessaire de commencer la formation dès l’âge école. Nous éviterons un travail de détection des jeunes de 6 à 9 ans” et d’ajouter “avant, le jeune assimilait la technique dans la rue. Il ne nous restait qu’à lui apporter des correctifs puis lui inculquer progressivement la tactique”. “Il nous est donc plus difficile de dénicher les jeunes talents. Il faut actuellement tout leur apprendre”. Pour Kebaïer la solution réside dans “la création de centre de promotion des jeunes dont l’âge varie entre 6 et 9 ans, puis le club se chargera du reste, mais il y a urgence sinon toute une génération peut sauter”. Même son de cloche chez Hosni Zouaoui (entraîneur des jeunes au C.A.B). “Avant au Bsiri 8 catégories (écoles, cadets, minimes et Juniors) s’entraînaient quotidiennement. Si on avait opté pour un gazon synthétique le problème aurait été résolu mais avec le gazon naturel et par crainte de l’abîmer on est dans l’obligation de s’entraîner par roulement”. A notre question au sujet de l’utilisation du complexe du Nadhour il nous a été répondu que “l’éloignement de ce terrain (pour de jeunes écoliers qui s’entraînent entre 12 h et 14h) pose problème. De plus l’absence de lumière pour les entraînements nocturnes et la fermeture de la cantine font que ce complexe est très mal exploité”. Même discours chez les formateurs Arbi Baratli et Nejmeddine Oumaya. Pour ce dernier: “La prospection doit débuter dans les catégories écoles et les lycées parce qu’ il est difficile d’inculquer les rudiments de la technique aux jeunes ayant dépassé l’âge de douze ans”. Le manque d’espace de jeu, de terrains n’étant pas un problème spécifique à Bizerte, ni d’ailleurs à la Tunisie, une politique cohérente de formation et de suivi doit être planifiée. La création de centres de formation de jeunes talents avec des formateurs et techniciens confirmés et engagés à plein temps est une nécessité. Il y va de la survie de notre football et de nos ressources financières. Ce constat est réel et les solutions existent. Il suffit de les planifier et d’y croire. L. OUAKAD _________________________________ En l’absence d’un terrain d’entraînement et de compétition : Le désarroi des jeunes Cabistes Améliorer l’infrastructure sportive c’est bien mais en faire profiter les jeunes c’est beaucoup mieux car ils sont l’avenir de notre football. A ce sujet le calvaire que vivent les jeunes du CAB est quotidien. En effet, il n’y a pas si longtemps le stade Bsiri de Bizerte qui était en terre battue était exploité par toute la jeunesse bizertine à longueur de journées. Les scolaires l’utilisaient le matin et les jeunes du CAB à partir de midi. Mais voilà qu’à l’occasion de la CAN 2004 et grâce à l’enveloppe allouée à la Municipalité de Bizerte le Bsiri a subi l’opération de l’engazonnement pour près de huit cent mille dinars. A première vue, un terrain gazonné fait le bonheur de ces jeunes footballeurs bizertins, mais la vérité est toute autre. A partir de cette date, les jeunes du CAB n’ont droit qu’à douze heures par semaine jusqu’au jour où l’équipe de STIR Zarzouna accéda en Ligue 2. Dès lors les jeunes du CAB (toutes catégories, huit en tout) n’ont plus de terrain pour effectuer les entraînements. Les entraîneurs et le directeur technique actuels ne savent plus à quel saint se vouer. Quel rendement peuvent-ils avoir, ces jeunes joueurs, le jour du match, quand il n’ont pris part à aucune séance d’entraînement? Ainsi, toute une jeunesse se trouve menacée et l’avenir du CAB aussi. La disparition pure et simple les guette et si rien n’est fait en faveur de ces jeunes, il ne faudrait s’étonner de voir l’équipe phare de Bizerte dégringoler dangereusement. * La solution Pourtant, la solution existe bel et bien et les responsables régionaux avec la collaboration du ministère de la Défense peuvent réserver le terrain militaire aux jeunes du CAB pour les sauver de l’errance. On sait que des efforts sont effectués dans ce sens par quelques parties concernées par ce problème. Ces dernières ne perdent pas l’espoir de voir l'intervention de hauts responsables régionaux et nationaux afin que le rêve (car c’en est un) devienne réalité et que les jeunes footballeurs du CAB se remettent à pratiquer leur sport favori comme cela se passe dans tout autre club de l’élite. Et à bon entendeur ... Jamel BELHASSEN _________________________________ Ahmed Karoui (Pdt C.A.B.) : «Sensibiliser la tutelle sur les graves entraves dans la formation des jeunes» Le président du Club Athlétique Bizertin, M. Ahmed Karoui, tout en rappelant que le problème de l’infrastructure inadaptée ou insuffisante concerne pratiquement tous les grands clubs du pays, tire la sonnette d’alarme pour ce qui concerne les pénibles conditions d’exercice dans le club nordiste. «L’annexe du stade 15 octobre représente sans exagération aucune une véritable catastrophe. A proprement parler, on ne peut nullement l’assimiler à un terrain de foot», note M. Karoui. De plus, notre région est pluvieuse et cela complique un peu plus la situation. Il aurait dû y avoir deux terrains au Bsiri : l’un gazonné, l’autre «nouvelle génération». Le CAB compte 270 jeunes footballeurs licenciés. Une fois, ils s’entraînent sur le tartan du complexe du Nadhor avec navette par minibus, une autre fois, ils le font au Bsiri, une troisième fois au stade 15 octobre. Quelquefois, ils sont astreints à s’entraîner au centre-ville sur le terrain d’un lycée. Un interminable mouvement migratoire qui pénalise la formation et la relève. «Je crois qu’il est temps de se soucier de ce que nous proposons aux jeunes générations pour assurer une préparation décente et cela doit se faire en étroite collaboration avec l’autorité de tutelle s’agissant de problèmes d’infrastructure», assure-t-il. Parfois, les difficultés ressemblent à un vrai casse-tête : «Imaginez qu’il arrive aux Espoirs de ne pas trouver où s’entraîner, observe M. Ahmed Karoui. La pression sur la maigre et inadaptée infrastructure de la ville est insoutenable. La demande est constante avec le Stade Sportif de Zarzouna, l’équipe féminine de Bizerte, l’équipe Sport et Travail... Et cela influe immanquablement sur l’évolution des jeunes du CAB et sur la qualité de leur formation». Devant ce gâchis, le président du club nordiste ne reste pourtant pas les bras croisés : «Je prépare une sorte de mémorandum sous forme d’étude détaillant la situation intenable que vivent les sportifs bizertins confrontés à un grave déficit d’infrastructures et de structures d’accueil, nous dit M. Karoui. Je vais, bien entendu, adresser dans les meilleurs délais ce mémorandum à la tutelle afin de la sensibiliser sur cette grave entrave à la formation des jeunes sportifs». La solution ? «Elle est toute simple, observe le premier responsable cabiste. Déjà, avant la CAN 2004, M. Slim Chiboub, qui présidait le Comité d’organisation, a visité les installations de la ville et a souligné que deux terrains étaient indispensables. Nous aurions dû, depuis ce temps-là, aménager le stade Bsiri dans le sens de la largeur en préparant deux terrains en parallèle : l’un gazonné, l’autre nouvelle génération. Oui, on peut toujours sauver la situation. Autrement, là où nous pouvions exploiter le Bsiri douze heures par jour, nous ne le faisons plus qu’à raison de douze heures par semaine et cela ne peut pas, bien entendu, continuer», regrette M. Karoui. S.R.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com