Vient de paraître «Tribus : des origines à la dislocation»





«Tribus : des origines à la dislocation»; tel est le titre d’un ouvrage que vient de publier Mohamed Ali Habachi, journaliste, communicateur et chercheur aux éditions Orbus. Ce livre braque pleins feux sur l’histoire sociale contemporaine des tribus tunisiennes de 1574 à 1957. Le livre de notre confrère Mohamed Ali Habachi se propose de restituer une période qui a été déterminante dans l’évolution de la société contemporaine de la Tunisie. D’ailleurs, l’auteur l’a confirmé dans le postface de ce livre. «Ce travail ne vise pas à faire revivifier le sentiment tribal ou un retour à la vie tribale, une époque révolue, depuis les années de l’indépendance. Il est purement une tentative et un essai de vulgarisation de certains aspects de notre histoire sociale, ethnographique. Il s’agit en fait de répondre à un besoin inné de toute société à se réconcilier avec ses origines», a expliqué l’auteur. En référence à toute une discipline qui se construit actuellement en Europe et qui consiste en une investigation des registres des communes pour reconstituer les origines des familles, Mohamed Ali Habachi précise, que son livre a pour objectif de recomposer le «fardeau de la mémoire des origines». Et c’est dans ce contexte que l’idée d’une recherche sur les tribus a émergé. Dans «Tribus : des origines à la dislocation», l’auteur est parti d’une problématique centrale qui est la suivante : pourquoi la Tunisie recèle-t-elle moins de tribus que les pays limitrophes comme l’Algérie, la Libye ou le Maroc ? Pour répondre à cette question, l’auteur s’est déployé à recenser le nombre de tribus. Les résultats de ce recensement ont démontré que la Régence de Tunis était composée de 90 à 100 tribus environ. Un nombre très minime donc par rapport aux pays voisins. Pourquoi un tel décalage du nombre des tribus sur le sol tunisien ? Pour élucider cette interrogation, Mohamed Ali Habachi s’est appuyé sur des éléments géographiques. Selon lui, la Tunisie a la spécificité d’avoir un relief composé, en grande partie de plaines, ce qui a facilité au fil des siècles, un contact permanent entre les tribus rurales et les citadins. Or, dans les autres pays limitrophes, le massif est montagneux et ne permet pas ce contact. Et les tribus étaient restées insolées les unes des autres. Ainsi, grâce à ce contact permanent entre les ruraux et les citadins, les tribus ne sont pas restées à l’état pur. Il y a eu à cet effet, de nombreux mariages entre les tribus rurales et les citadins. Un premier facteur qui a contribué à la dislocation de la tribu. * Les vraies raisons d’une dislocation tribale Force est de souligner que les vraies raisons de la dislocation de la culture tribale en Tunisie se trouvent surtout dans l’avènement de la colonisation turque. Pour situer en effet dans le temps le début de la décadence des tribus, Mohamed Ali Habachi a choisi la date de 1574 qui correspond à l’arrivée des premiers Turcs en Tunisie. Cette période se confond avec l’instauration d’une nouvelle recomposition de la société tunisienne. Celle-ci a été marquée par l’apparition des mariages mixtes entre les pionniers turcs et les tunisiennes autochtones. Ces liens matrimoniaux ont donné naissance à une nouvelle génération de Tunisiens natifs d’un père turc et d’une mère tunisienne et qu’on appelait «Koroghli». Après cette ère, il y a eu aussi l’avènement des Andalous qui ont fondé plusieurs foyers où il y a eu également des mariages mixtes. Les Tripolitains, composés de Marocains et d’Algériens, sont venus aussi à leur tour se greffer aux sociétés rurales qu’à celles citadines, pour donner une nouvelle recomposition hétérogène à la société tunisienne moderne. La colonisation a également contribué de façon notoire et continue à la dislocation de la tribu. Une dislocation qui s’est accélérée jusqu’aux années de l’indépendance, date de l’abolition définitive du sentiment tribal par Habib Bourguiba. D’un volume de 332 pages élégamment rédigées en arabe et illustrées par de nombreux tableaux, des photos qui remontent au début du XXème siècle, et ce grâce à une bibliographie bien fournie, ce livre s’impose comme le premier travail consistant jamais réalisé sur les tribus en Tunisie. Il y a eu certes des thèses et des mémoires qui ne sont évertués à traiter du même sujet, mais ces travaux étaient plutôt sectoriels. La finalité de ce travail précise son auteur est d’aider les Tunisiens — qu’ils soient d’origine citadine ou rurale — à mieux se comprendre, mieux communiquer et surtout d’ancrer l’esprit de fierté et le sentiment d’appartenance à une seule et unique tribu qui est la Tunisie, leur patrie. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com