Après l’assassinat de Tueini : Le Liban au bord de la crise ministérielle





Beyrouth était sous le choc hier au lendemain de l'assassinat du député et journaliste antisyrien Gebrane Tueini, qui a conduit le gouvernement à réclamer un tribunal international au risque de provoquer une crise ministérielle en raison des réticences de ses ministres chiîtes. Le Quotidien-Agences La situation était calme mais tendue à Beyrouth hier matin. La circulation était fluide et de nombreux commerces avaient gardé leurs rideaux baissés alors que les patrouilles de l'armée étaient renforcées. Les écoles et les universités ont fermé leurs portes sur décision du ministre de l'éducation, Khaled Kabbani. L'association des commerçants de Beyrouth a appelé à une grève de protestation à partir d’hier après-midi. La coalition des partis et personnalités antisyriennes a décidé de tenir dans la journée une réunion dans les locaux du quotidien An Nahar, dont Gebrane Tueini était directeur général, afin de relancer la mobilisation populaire antisyrienne. "Cette mobilisation vise à faire face à la machine infernale qui tue les Libanais et qui n'a pas été mise hors d'état de nuire. La planification de l'assassinat a eu lieu à Damas et les agents libanais de la Syrie se sont chargés de l'exécution", a affirmé le député Akram Chouhayeb, membre de la majorité parlementaire. Plusieurs journaux libanais ont accusé la Syrie, qualifiant Gebrane Tueini de "nouveau martyr de l'indépendance". "Le régime sécuritaire syrien assassine Gebrane Tueini", titre sans ambages le quotidien Al-Mostaqbal appartenant à la famille Hariri. "Gebrane Tuéni n'est pas mort et le combat d'An-Nahar continue", écrit à la Une le quotidien libéral à grand tirage. Le propriétaire du journal, Ghassan Tueini, septuagénaire et père de la victime avait donné le ton avant-hier en affirmant aux collaborateurs effrondrés de son fils: "Je ne veux pas de larmes. Notre combat continue". * Suspension Au plan politique, la crise au sein du gouvernement de coalition a éclaté au grand jour. Les cinq ministres chiîtes représentant le Hezbollah et le mouvement Amal, tous les deux proches de Damas, ont annoncé la "suspension" de leur participation au gouvernement. Le cabinet a réclamé avant-hier soir un tribunal international sur l'assassinat de Rafic Hariri et une enquête internationale sur les autres attentats ayant secoué le Liban depuis plus d'un an, poussant ainsi les ministres chiîtes prosyriens à boycotter le gouvernement. Mohammad Fneich, ministre de l'Energie et membre du Hezbollah, a toutefois tenu à souligner qu'"à ce stade il ne s'agit pas d'une démission". "Il est très possible que nous acceptions par la suite la proposition du tribunal et de l'enquête internationale (...) après avoir pris le temps de l'examiner en profondeur", a-t-il précisé. Le chroniqueur du journal An Nahar Sarkis Naoum a récemment souligné la fragilité d'un Liban dont le gouvernement ressemble de plus en plus à "une fédération de confessions". Formé le 19 juillet à la suite d'élections législatives qui ont dégagé une majorité parlementaire antisyrienne, le gouvernement de coalition compte 24 ministres dont cinq chiîtes agréés par le Hezbollah et Amal. Il est dirigé par Fouad Siniora, principal collaborateur de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, assassiné le 14 février. _____________________________ Damas s’en prend aux Libanais «rancuniers» Damas-Agences Le journal gouvernemental Techrine s'en est pris hier aux Libanais "rancuniers" qui exploitent le rapport de la commission d'enquête de l'Onu sur l'assassinat de Rafic Hariri "truffé de données erronées et préfabriquées", "pour détruire la Syrie". "Les bavards, qui hallucinent à travers les médias, se trompent s'ils s'imaginent que la Syrie, forte et solidaire, sera perturbée par les rapports d'un enquêteur truffés de données erronées et préfabriquées, de preuves inventées et de faux témoignages", écrit l'éditorialiste de Techrine. Selon ce quotidien, "des personnalités (libanaises) rancunières se sont transformées en porte-parole du gendarme international, sous le prétexte de rechercher la vérité, en montant une cabale contre la Syrie, au service d'Israël et de la stratégie américaine dans la région". "Ces personnalités se sont trahies en évoquant des +changements+ et en s'empressant d'exploiter l'assassinat du député Gebrane Tuéni pour lancer leurs accusations préméditées contre la Syrie, en réclamant des commissions d'enquête internationales et des tribunaux internationaux". _____________________________ Liban-Syrie : Amr Moussa met en garde contre une zizanie Doha-Agences Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a regretté hier la mort du député et "éminent" journaliste libanais Gebrane Tueini et a mis en garde contre des "mains perverses" qui veulent semer la zizanie entre le Liban et la Syrie. "Un éminent journaliste, le député Gebrane Tueini, a trouvé la mort dans un nouveau crime terroriste, ce qui ajoute à l'affliction que je ressens, et que vous ressentez sûrement tous envers le Liban", a déclaré Moussa à la presse. Moussa a mis en garde contre "des mains perverses qui œvrent pour semer le trouble au Liban et pour approfondir la zizanie entre les deux pays frères et élargir le fossé entre eux". Le responsable arabe s'exprimait en marge de la 9ème Rencontre des hommes d'affaires arabes, qui se tient à Doha. "Tous les mécanismes arabes doivent œuvrer rapidement pour arrêter la dégradation de la situation", a ajouté Moussa. _____________________________ Le blanchiment, mobile de l’assassinat de Hariri? New York-Agences Opérations frauduleuses, corruption et blanchiment d’argent sont cités parmi les mobiles possibles de l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri dans le dernier rapport, du chef de la Commission d’enquête de l’ONU, Detlev Mehlis. Au cours de son enquête, la Commission a “suivi des pistes menant à la faillite de la banque Al Madina au milieu de l’année 2003, y compris des liens entre cette banque et des responsables libanais et syriens, dont Hariri”, indique le rapport, qui a été remis au Conseil de sécurité de l’ONU. La Commission “n’a pas à dévier son attention vers une enquête parallèle sur des cas d’opérations frauduleuses, de corruption ou de blanchiment d’argent qui ont pu se produire”, poursuit le document. _____________________________ Paris prêt à soutenir des demandes libanaises Paris-Agences La France est disposée à soutenir des demandes du gouvernement libanais pour faire la lumière sur l'assassinat du député et journaliste libanais Gebrane Tueini, a déclaré hier le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy. "Je tiens à souligner l'engagement résolu de la France au côté des autorités libanaises pour que toute la lumière soit faite" sur cet "odieux assassinat", a déclaré Douste-Blazy au cours d'une conférence de presse. "Nous soutiendrons les demandes libanaises auprès de la communauté internationale", a ajouté le chef de la diplomatie française. Douste-Blazy a toutefois semblé moins formel sur une demande de Beyrouth pour un tribunal international sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, et une enquête internationale sur les assassinats qui secouent le pays. "La France reste mobilisée au côté des autorités libanaises pour que toute la lumière soit faite sur ces attentats, quels que soient les assassins et où qu'ils soient, et pour répondre éventuellement d'ailleurs aux sollicitations de ces autorités", a-t-il répondu à une question sur ce point. Douste-Blazy a ajouté que Paris était favorable à une prolongation de six mois de la commission d'enquête internationale dirigée par le magistrat Detlev Mehlis sur l'assassinat de Hariri en février 2005, qui vient à son terme le 15 décembre. "La France soutient une telle prorogation", a-t-il dit. Il a assuré une nouvelle fois que Paris, en pointe dans les pressions internationales sur la Syrie, n'avait "pas d'agenda caché" et que son "seul but était de parvenir à faire toute la lumière sur l'assassinat de Hariri".


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com