Journées scientifiques de musicothérapie : De la musique avant tout…





Une brochette de musiciens, de thérapeutes, d’universitaires ont choisi de faire le point à l’Institut Supérieur de Musique de Tunis sur les pratiques actuelles en musicothérapie. Un débat au-delà des clichés et des idées reçues ! Pour la première fois, la Tunisie accueille les Journées Scientifiques de musicothérapie dans sa dimension internationale. Un événement de taille visant à généraliser le savoir artistique et culturel et d’étendre les ponts du dialogue et d’échange entre musiciens, pédagogues et thérapeutes. C’est dans cet esprit que s’inscrit cette journée d’ouverture de la 16ème édition des Journées Scientifiques de musicothérapie dont le thème est : «La musique, le handicap et la musicothérapie : présentation de deux perspectives». Un thème qui a drainé les étudiants de l’Institut Supérieur de Musique venant à la quête des nouveautés en ce qui concerne les pratiques cliniques et psychopédagogiques en musicothérapie. Professeur de psychologie clinique et psychopathologie, co-fondatrice et secrétaire générale de l’Association Française de musicothérapie, Edith Lecourt a défini la musicothérapie et l’a située dans son cadre : «La musicothérapie est une pratique sans âge, parce qu’elle a toujours existé et parce qu’elle s’applique pour tous. Pour ne parler que de l’enfance, ne peut-on considérer qu’un prototype ancestral et universel de la musicothérapie du jeune enfant est la berceuse ?», s’est s’interrogée la conférencière qui a choisi d’axer son intervention sur la musicothérapie appliquée dans le cadre de l’enfance et de l’adolescence et d’analyser quelques recherches menées par une brochette de musicothérapeutes en ce qui concerne l’écoute dans le milieu scolaire. «Il n’y a pas des évidences en musicothérapie, mais ils y a des pistes à explorer», souligne Edith Lecourt qui a tenu à mettre l’accent sur l’importance de la musicothérapie dans la construction psychique de l’expérience sonore des enfants les plus en difficulté, selon trois axes de travail : le rapport au code, le rapport au sens et le rapport à l’espace social et au pouvoir. Pour André Fertier, musicothérapeute, compositeur et spécialiste de musique et handicap, le sujet mérite qu’on examine sous un autre angle et loin des idées reçues. «A mon avis et selon mon expérience en tant que musicien, le handicap n’a jamais été un problème, car à ce stade je me pose des questions sur l’accessibilité. Cette notion fondamentale qui résume le rapport entre le handicapé et la musique. La passion artistique est un mot-clé dans ce lien car à ce niveau, le handicapé peut chercher les modalités et les techniques qui lui permettent de surpasser sa situation physique et de créer son univers loin des classements absurdes et des idées fins prêtes sur des instruments compatibles avec le handicapé. La scène musicale témoigne de cette réalité et de la réussite qu’ont connue des artistes porteurs de handicap. Musicien de talent, Anouar Brahem, cet individu sain, a donné le jour à une œuvre référence qui peut être jouée avec une seule main, qui peut servir et aider ceux qui aiment le luth mais qui pensent que pour réussir, il faut avoir les deux mains. Ce qui compte est la passion pour la musique, voyons l’exemple de Beethoven, il n’est pas le seul et il ne sera pas le dernier», explique André Fertier avec un grand plaisir surtout qu’il apporté avec lui des témoignages vivants des gens qui ont vécu cette expérience. * Musique et société «Adolescents en musicothérapie : construire des liens» est l’axe central de la conférence Gabrielle Fruchard qui a parlé de l’expérience qui l’a menée dans un foyer pour adolescents : «J’ai misé sur la musique pour aider les jeunes à s’exprimer et à parler de leurs soucis quotidiens et surtout de leurs angoisses. J’ai remarqué que les réactions et les réponses face à ces musiques sont différentes mais constructives dans le sens où elles offrent des réponses concrètes sur diverses questions fondamentales dans le comportement d’un adolescent», note-t-elle. Dans cette même démarche, notre collège Ousmane Wagué qui participe à ces journées en sa qualité de docteur en sociologie a choisi de nous plonger au cœur de l’Afrique pour parler de la dimension symbolique du tabou artistique en Afrique de l’Ouest. Brossant un tableau réel de la stratification sociale dans cette partie du Continent Noir, Wagué a souligné l’importance des transformations sociales dans l’effritement des tabous musicaux qui veulent que la femme soit écartée de l’exercice musical qui a été, toujours, une affaire masculine réservée à une catégorie sociale bien particulière, celle des métiers de la Bouche. Optimiste, Wagué, a évoqué l’impact de cette démocratisation de l’exercice de la musique dans l’ouverture de nouveaux horizons pour les musiciens de l’Afrique de l’Ouest. Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com