Amel Hamrouni – Khemaïes Bahri : L’art est aussi un engagement





Une chanteuse, sept instrumentistes, quelques beaux textes, de la bonne musique et une soirée de haute facture. Malgré l’insistance du public, venu en grand nombre à El Teatro, samedi soir, le duo Amel Hamrouni (chant) et Khemaïes Bahri (musicien)) n’a pas chanté ni «hila hila ya matar», ni autres «bsissa», quelques vieux tubes qui ont marqué (avec du fer rouge) les années 1980 et les étudiants qui avaient à l’époque quelque chose dans la tête (et dans le ventre). N’empêche que la soirée était d’une gamme distinguée et le public a été ravi. Il a quitté la salle en fredonnant quelques partitions nouvelles ou anciennes. Côté texte, il y a de quoi s’enorgueillir. Il y a de la bonne matière grise dans les paroles de Néji Khachmaoui ou des poètes, Taïeb Bouallègue, Abdeljabbar El Euch, Touhami Chaïeb et Ahmed Matar. Côté musique, la composition a épousé à merveille les diverses connotations poétiques. Avec Khemaïes Bahri, il y a de quoi aussi être fier. Pour l’accompagner, il a choisi une pléiade d’instrumentistes, comme Dorra El Bech (alto), Walid Hamraoui (accordéon), Lotfi Raïes (basse), Hosni Naghmouchi (contrebasse), Ramzi Derouiche (violon) et Néji Fallah (percussions), qui n’ont pas déçu notre luthiste, Quant au chant, ça a volé assez haut. Très haut. On ne peut que féliciter Amel Hamrouni de ce beau retour (ou nous féliciter plutôt). Elle nous a franchement donné un bol d’oxygène. Et nous avons savouré ce genre de musique militante, pensante et qui nous manque tant. Un genre intelligent. Avec un bouquet de chants très émouvants, la salle n’a cessé d’applaudir chaque morceau, chaque refrain, et... bisser... Car on n’est jamais rassasié de ces petites (légères et brèves) et grandes musiques (si profondes, si interpellatrices servies sur un magnifique texte). Amel nous a chanté la liberté sous toutes ses coutures, la patrie, la civilisation, l’identité, la Palestine, la Terre, la mémoire, l’esprit, les hommes et les femmes, et elle nous a enchantés et nous a même redonné de l’espoir. Elle nous a paru plus déterminée que jamais dans cette démarche si pure et si engagée, plus à l’aise aussi, plus épanouie dans son art et dans sa peau (d’ailleurs, n’a-t-elle pas cette allure de l’éternelle étudiante ?). Qui ne vieillit jamais. Tout comme Khemaïes Bahri, lui aussi, était aux anges. Le duo a démontré qu’il est capable de se frayer tout bonnement son chemin et de bien paver ses marques enthousiastes. Le public qui croit encore aux bonnes valeurs a trouvé ce soir-là de quoi assouvir sa soif. Amel et Khemaïes ne peuvent qu’afficher leur satisfaction. Car leur public est acquis. Il est dans la «poche». Et il reviendra et les suivra. Dans d’autres rendez-vous en janvier, mars et juin 2006. A l’année prochaine, les artistes. Et pour toujours. On a besoin de vous, de cette trempe. Pour les générations futures. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com