Sunnites et laïcs irakiens s’insurgent : Les législatives sont «frauduleuses»





L’alliance sunnite et la liste laïque d’Iyad Allaoui ont contesté avec force, hier les résultats partiels des législatives, qualifiés de «frauduleux», alors qu’un Jordanien travaillant pour l'ambassade de son pays a été enlevé à Bagdad. Le Quotidien-Agences Les résultats partiels annoncés lundi par la Commission électorale, qui placent notamment à Bagdad la liste chiîte conservatrice, avec 58,72% des voix, loin devant le Front de la Concorde (sunnite, 18,9%), après le dépouillement de 89% des bulletins, ont suscité une vive colère des partis sunnites. "Nous rejetons ces résultats", a déclaré Adnane Al-Doulaïmi, l'un des leaders de la liste du Front de la Concorde, lors d'une conférence de presse. "Si la Commission ne prend pas de mesures qui rendent justice aux autres listes nous demanderons la tenue d'un nouveau scrutin", a assuré Doulaïmi. "Le Front conteste ces résultats et les considère frauduleux", a déclaré de son côté Tarek al-Hachimi, responsable du Parti islamique, qui a formé cette liste avec le mouvement Ahl Al-Iraq et celui du Dialogue national. "La Commission électorale peut encore corriger cette situation, sinon elle sera totalement responsable de cette fraude qui aura des répercussions graves sur la situation sécuritaire et économique", a-t-il menacé. Selon lui, les résultats comptent 500.000 voix de plus que le nombre d'électeurs inscrits dans la capitale. La liste de l’alliance sunnite est en tête dans quatre provinces de l’ouest, du centre et du nord de l’Irak, selon des résultats partiels annoncé hier à Bagdad. * Demande d’enquête Allant dans le même sens, la liste nationale irakienne de l'ancien Premier ministre Iyad Allaoui a contesté hier les résultats partiels des législatives. "Nous émettons des réserves sur les résultats annoncés et nous demandons une enquête sur les raisons qui ont poussé la Commission électorale à publier de tels résultats incomplets et non précis", a déclaré à la presse Hamid Majid Moussa, chef du Parti communiste et allié de Allaoui. Il a estimé que la Commission avait ainsi "nui au processus politique au moment où les Irakiens tentaient de construire un Etat de droit". "Nous ne pouvons accepter ces pratiques qui montrent une préférence de la Commission pour une liste en particulier", a-t-il ajouté. Moussa a appelé les "partis politiques et le peuple irakien à condamner la Commission pour sa violation de la loi". * La commission temporise Un responsable de la Commission, Adel Lamy, a estimé "normal" ces contestations, rappelant qu'il ne s'agit que de résultats partiels et non encore agréés par son organisme. Le président irakien, le Kurde Jalal Talabani, a minimisé les contestations des résultats. "Certaines objections sont logiques, d'autres pas et il revient à la Commission électorale de trancher", a-t-il jugé. Il a aussi plaidé en faveur d'un gouvernement élargi aux représentants de toutes les sensibilités politiques dans le pays. "Nous sommes en faveur d'un gouvernement alliant tout le monde, les Arabes qu'ils soient chiîtes ou sunnites, les Kurdes et les Turcomans", a déclaré Talabani. "L'Irak ne peut être gouverné par une majorité qui ignore la minorité", a-t-il affirmé. Lundi, le président américain, George W. Bush, avait exhorté les Irakiens à ne pas retarder la formation du nouveau gouvernement. Mais ce processus "va prendre du temps", a-t-il reconnu, "puisque les Irakiens travaillent pour établir un consensus". * Enlèvement Sur le terrain, le chauffeur de l'ambassadeur de Jordanie, Mahmoud Salmane Saaïdiyat, lui-même jordanien, a été enlevé mardi matin à Bagdad, par des hommes armés, a-t-on appris de sources jordanienne et irakienne. "Le gouvernement a entamé des contacts pour connaître les responsables de cet enlèvement", a indiqué à Amman une source officielle jordanienne. La police irakienne a confirmé cet enlèvement, qui a eu lieu dans le quartier Al-Saydiyah, dans le sud de la capitale. Par ailleurs, six personnes ont trouvé la mort au cours de différentes attaques. Trois policiers ont été tués par des hommes armés à Touz, à 205 km au nord de Bagdad et deux Irakiens travaillant pour l'armée américaine ont été abattus près de Balad, à 70 km au nord de la capitale. Un convoi d'employés du ministère de l'Electricité a été la cible de tirs dans l'ouest de Bagdad, faisant un mort et deux blessés. ____________________________ Washington pour un «gouvernement d’union nationale» L'ambassadeur des Etats-Unis en Irak, Zalmay Khalilzad, a demandé hier aux responsables irakiens de former "un gouvernement d'union nationale qui dépasse les clivages ethniques et religieux". "Pour que l'Irak marche, il doit y avoir une coopération qui dépasse les clivages ethniques et religieux", a déclaré Khalilzad à la presse. Une fois les résultats définitifs des législatives de jeudi connus, le diplomate espère "la formation d'un gouvernement d'unité nationale, aux larges assises". Le gouvernement sortant de Ibrahim Jaafari est dominé par les chiîtes et les Kurdes, les Arabes sunnites ayant boycotté les élections de janvier. Zalmay a, par ailleurs, directement critiqué le ministre irakien de l’intérieur, le chiite Bayane Jabr Soulagh, dans l’affaire des tortures dans le centre des détentions. «Pour être crédible, une force de police doit bénéficier de la confiance de toutes les communautés», a-t-il déclaré.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com