Exposition : Jules Pascin peint la Tunisie





La galerie Cherif Fine Art de Sidi Bousaïd abrite depuis hier soir “Carnets de Tunisie” du Franco-Bulgare naturalisé américain, Jules Pascin. Un autre regard et un artiste pas comme les autres. Qui dit Pascin, dit une pétillante histoire à raconter. Et c’est un véritable plaisir de la transmettre à nos lecteurs. Qui découvriront ici les quelques strates de sa vie. En bref, l’homme réputé de peintre de la satire sociale et du corps de la femme est condamné à être égal à lui-même et à ne se rabaisser jamais. L’homme qui se veut voyageur et libre comme un oiseau, est voué à la volupté de tous sens, et qu’il traduit à volonté - avec son délire imaginaire et sa touche de magie - sur des tableaux ayant fait avec lui le tour du monde et qui portent les fibres de chaque pays. Nous sommes au début du siècle dernier. Le Bulgare quitte son pays natal alors qu’il n’avait que vingt ans et s’installe à Paris. Définitivement ? Il le croyait. Surtout après avoir côtoyé Modigliani, Foujita, Kisling et autres maîtres de l’Ecole de Paris dans ce magnifique quartier d’artistes de Montparnasse et de la Butte de Montmartre. Pas loin de cette fameuse Place du Tertre, destinée à vie aux peintres, musiciens et autres créateurs, et qui grouille de visiteurs dans n’importe quelle saison. C’est dans cette place qui ne se dégarnit jamais, que notre peintre national, Abdelwaheb - artiste traditionnel de la trempe de Ammar Farhat, Yahia et autres grosses pointures de l’Ecole de Tunis -, l’a croisé. C’était en 1908. Les deux hommes ont sympathisé. Abdelwaheb n’a cessé de parler à Pascin de Tunis et de ses lumières. Ce qui a séduit le Bulgare qui foule la même année et pour la première fois de sa vie le pays de Didon. Puis il y revient en 1921. Un autre voyage en 1924 et un dernier en 1926. Entre-temps, et avec le déclenchement de la première guerre mondiale, l’homme qui incarne l’amertume du déracinement laisse son Paris-Montmartre à ses Parisiens et se réfugie à New York. Puis à la Havane. Ensuite Londres et Lisbonne. Sans jamais quitter ses couleurs, ses pinceaux et ses toiles où il a tout noté. A sa manière. Mais Paris, c’est toujours Paris et la capitale de l’Hexagone continue de le magnétiser, avec ses ambiances et ses années folles. Jusqu’à sa mort. Nous sommes en 1930. Pascin avait une vie un peu trop rythmée et un peu fort colorée. Il travaillait beaucoup et vendait beaucoup. Et il vivait bien de son art. N’était-il pas un de ces grands de l’art? Il a déjà exposé en 1918 avec Picasso, et avait tout pour être ce géant. Mais un géant très sensible. Il suffit qu’une brise passe dans sa vie pour qu’il déprime. A seulement quarante-cinq ans, l’homme décide de se donner la mort. Son seul tort pour prendre cette décision, c’était cette petite griffe en bas d’un papier. Et le contrat fut signé avec une galerie, dans un moment non lucide, non réfléchi. C’était la dernière et peut-être la seule gaffe qu’il a commise. Mais la gaffe fut fatale. Car il s’est vu esclave, prisonnier. Pire, c’est ainsi qu’il a enterré sa liberté et ligoté son imaginaire. Mais l’homme a laissé derrière lui une œuvre foisonnante. Aujourd’hui, ses héritiers la trimballent un peu partout dans le monde. Comme cette exposition importante en 2001 au Japon. Puis cette autre qu’a abritée le Palais du Luxembourg en 2004. Mais la plus importante pour cette année, c’est celle de Tunisie que le Franco-Bulgare un bohème parmi les bohèmes a tant aimée, a tant peint, tout d’abord ses ombres et ses lumières, puis son architecture et ses arabesques, ensuite ses portes et ses alcôves enchanteresses, et enfin ses hommes et ses femmes. Mais surtout ses folles vierges et bergères. Il a presque tout peint, et avec quelle sensualité, dans des aquarelles, des gouaches, des pastels et des dessins, mais on n’a pas vu des toiles en peinture à l’huile. Depuis hier soir et simultanément dans trois galeries parisiennes et à l’occasion du centième anniversaire de son arrivée en France, la galerie Chérif Fine Art qui, avec le concours de l’IFC, expose 56 tableaux de Pascin, en présence de Rosemarie Napolitano. Qui s’occupe de son œuvre depuis un quart de siècle. En présence aussi de Tom Grogh, le légataire universel et qui possède la plus importante collection de Pascin. Et qui l’a héritée bien-sûr de sa grand-mère Lucie, la petite amie du peintre, et sa compagne dans ses années frivoles, croustillantes et grouillantes. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com