Othman Khadhraoui : Le brouillard de la mémoire





Le Centre culturel de la ville de Tunis, sis à la Kasbah (ancien bâtiment du RCD), abrite depuis le 8 novembre une trentaine d’œuvres de Othman Khadhraoui. L’éternel retour aux souvenirs d’enfance... L’artiste est un enfant âgé de soixante-sept ans. Il continue à peindre ses souvenirs, et a tout le temps pour rêver et danser dans les couleurs. De ses souvenirs toujours brochés à sa mémoire, ce «hammam», ce «koutteb», cette «Lella Elgia», ces «Palmiers», ces «villages», ces «dromadaires», ces «gargoulettes», ces «bédouins» et «bédouines» qui ont peuplé son rif et ces «bougies» qui ont illuminé son univers grouillant d’un tumulte de vies et d’une faune bien particulière. Ces insectes, ces serpents, ces scorpions et tous ces êtres vivants n’ont rien à voir avec leur première nature. Mais ressemblent farouchement à leur cliché. De ses souvenirs, presque rien ne s’est évaporé. Othman Khadhraoui est toujours confiné dans sa terre gorgée de soleil, écrasée d’ombre et de lourde vapeur mais qui se veut toujours bien peuplée. Toutes ses taches, ses sculptures, ses peintures sous-verre et ses couleurs tirent vers le vert, le bleu, l’ocre, le rouge, tous tendres, un brin marabout, à l’état pur, proche du naïf, si ce n’est du spontané et du brut. Mais ses œuvres qui se répètent en thèmes sont loin d’être du clonage. Il y a toujours quelque chose qui ruisselle dans son bain-maure, ou qui interpelle dans l’esprit de son koutteb. De tous ces murs crépis, colorés ou en faïence, de tous ces lieux à la fois froids ou chaleureux, de tous ces gens en turban ou en voile, de cet amas de chairs derrière les portes closes de la mémoire, Othmane Khadhraoui nous parle en murmure. Il nous parle du théâtre de sa vie, de ces labyrinthes tortueux, de ces pierres polies par le rêve, de ces blessures cachées. Et il nous noie avec lui pour exprimer un mal être qui l’habite, une enfance laide qui obscurcit sa vie, mais avec laquelle il est toujours en continuelle réconciliation. De quoi rêve-t-il ? L’autodidacte, de la trempe de Ahmed Hajeri Aziza Ghaddab ou autres Ahmed Ben Dhiab s’accroche aux rampes imaginaires où tout se bouscule dans la fraîcheur de l’encens des souvenirs, des sensations qui ont parfumé sa jeunesse. «J’ai toujours vécu de mon art. Mais je rêve d’un petit atelier dans une zone touristique», nous a confié Othman Khadhraoui. Un petit sourire innocent se dessinait sur son visage. Lui qui habite du côté de Sidi Hassine et qui continue à vivre chichement. Très chichement. Et de nous interpeller tous, avec son inoxydable art et son bois récupéré de la «khorda» et qu’il enduit de magie, de relief et bas-relief. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com