Elena Ledda – Lino Cannavacciuolo : Sacré duo et… de l’art vivant





Le concert de samedi dernier au théâtre de la Ville de Tunis a été tiré non seulement de l’Italie du Sud mais de tout autour et du temple populaire de la région. Avec beaucoup de rythmes et d’un tempérament méditerranéen. Tout au début, le violoniste, compositeur et homme de théâtre Lino Cannavacciuolo —qui s’est déjà produit auparavant à Tunis—, tout de blanc vêtu, de la tête aux pieds, était comme habité par un génie. En parfaite symbiose avec son violon vissé sur l’épaule gauche, le musicien, en pleine forme, a préludé en force son concert Segesta, coécrit avec sa “complice” de la région de Sardaigne Elena Ledda. La musique était stridente, assourdissante et ça a claqué aux oreilles comme les voiles des navires de ces ports de plaisance qui entourent la Méditerranée. Cette mer lunatique, qui se veut parfois coléreuse, rebelle, nous envoyant violemment ses vagues sur les bords de son bassin. Puis ses airs de s’apaiser parfois, et de s’attendrir et de s’envelopper d’une mousse pétillante. Ainsi la musique volcanique devient plus légères, plus douce, murmurante et berceuse à s’évanouir en silence, presque muette sur la frange sableuse des côtes, ou à s’échouer romantiquement, tendrement au simple contact des galets. Puis vient cette belle Elena, moulée dans son habit noir, et fascinant les invités du TVT, dit bonbonnière (conçue par des architectes italiens, il y a un siècle et quelques poussières) et de l’ambassade d’Italie à Tunis, par la qualité de sa voix à la fois grave et aiguë, satinée et éthérée. Le violoniste et sa bande (Alessandro Capasso, “tastiere”, Paolo Del Vecchio “chitarre” et “bouzouky”, Agostino Marangolo “batteria”, Franco Giacoia, “chitarra” et Gigi De Rienzo “basso”) lui ont cédé la place. Rien que pour elle. Et avec son chant a capella d’envelopper la scène. Qui a vibré d’émotion, et touché le public… Profondément. Même s’il n’a décrypté que quelques phrases d’un Italien, d’accent sudiste, il a été emporté et ému. Et les ondulations dans tous les registres lui ont remué les strates de la mémoire populaire du Sud et des îles. Le duo qui, outre ce spectacle ponctué de symboles, est en train de réaliser un CD de la même facture réunissant tous les langages musicaux et toutes les mélodies traditionnelles. Comme Segesta, un spectacle proche d’une opérette où on démêle le lacis musical, fil par fil, nœud par nœud pour donner du rythme et de la voix à des plages sonores et de toutes les couleurs. Qui tourbillonnent heureuses, lyriques, délirantes, gaies mais toujours communicatives. Nous avons eu l’intention d’entendre le son d’une “darbouka” ou d’un “qanûn” ou autres instruments charqi. Nous avons aussi cru entendre quelques lexiques musicaux de chez nous… Il y avait en fait un peu de tout: du Maghreb, du Machreq, du Nord et du Sud. Un véritable cocktail heureux de notes traditionnelles mâtinées d’un brin de modernité. Le concert qui a fini tard a fort séduit les présents, assez nombreux. Et les ambiances jubilatoires ont plu à tous. Les gens ont tapé des mains, trémoussé sur leur siège et beaucoup applaudi les artistes. Qui sur scène ont sauté et sautillé de joie. On avait affaire à des artistes vrais. Et l’art est dans leurs veines ces beaux Italiens. Un spectacle fort et digne. Qui peut répondre à un grand espace de plein-air. Le programmer au festival de Carthage 2006 ne serait pas une mauvaise idée! Ca va certainement plaire au grand public et à nos artistes de les découvrir et de savoir ce que signifie au juste le mot créativité. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com