SMSI-Financement des TIC : Les chimères des donations et du Sud-Sud





Cela faisait peine à voir, hier, dans les deux réunions consacrées au financement de la faille numérique et la coopération Sud-Sud. Car, alors que l’on attendait du solide, du constructif et de l’ambitieux, on ne nous a malheureusement servi que de l’apathique et du désordonné. Tunis-Le Quotidien L’image est frappante, comme si elle était dépêchée pour servir de signe : une toute petite salle de quelques dizaines de sièges, l’une des plus éloignées du «cœur» du Palexpo, une demi-heure de retard sur l’heure prévue du début du travail, seulement à moitié pleine. Il fallait d’ailleurs attendre encore une demi-heure pour que la plupart des sièges soient occupés. Et, surtout, aucun de la demi-douzaine de ministres présents n’appartenait à l’un des pays industrialisés, même pas en qualité d’observateur, alors que le sujet était l’une des pièces maîtresses du débat planétaire sur le numérique : le financement sans lequel rien n’est possible. Peut-être pour se donner bonne conscience, on a choisi de s’intéresser au rôle des investissements directs étrangers dans le financement des TIC. Une aberration, quand on sait que bien rares sont les pays en développement qui sont vraiment capables de se passer d’une partie de ces IDE (consacrés essentiellement au développement classique) pour l’allouer aux chantiers extrêmement coûteux de la société de l’information. Pourtant, il ne faut surtout pas oublier que les gouvernements des pays en développement sont heureusement devenus parfaitement conscients de l’importance fondamentale des TIC. Mais c’est le Fonds qui manque le... plus !, comme aurait pu dire La Fontaine. * Manque d’intérêt et manque de coordination Les intervenants qui ont pris la parole dans cette réunion étaient tous en accord sur le fait qu’il n’est point de perspectives pour leurs économies sans ces technologies. Un sujet capital à propos duquel le représentant de l’UNCTAD affirme qu’une Task Force travaille actuellement à une stratégie qui facilite le financement. Les représentants de la Tunisie, du Lesotho, de la Jordanie et de l’Egypte ont, chacun selon le degré d’avancement de leur pays, fait le tour des efforts faits et des réussites engrangées mais ont convenu qu’il sera toujours nécessaire de s’assurer du soutien des grands donateurs. Ils ont particulièrement souligné que l’engagement des institutions internationales n’était pas sans importance mais qu’il fallait bien plus qu’un coup de pouce pour s’attaquer de plus en plus radicalement au grand dossier de la construction de la société de l’information. Ce qui nous a étonné, cependant, c’est le manifeste manque de coordination entre les pays en développement qui poursuivent pourtant les mêmes buts. Nous n’avons pas vu d’initiative ambitieuse, ni de proposition de lobbying; des mouvements qui pourraient faire bouger les choses. Il est néanmoins vrai que l’absence d’observateurs appartenant à la cohorte des donateurs n’était pas de nature à encourager les audaces. Même le représentant de Cisco Systems, le constructeur multinational de l’architecture physique de l’Internet, n’a pas estimé utile d’assister à la réunion. * De nouveaux outils, sinon le sur-place En écho à cette réunion, celle de la coopération Sud-Sud n’a rien enfanté de plus que les sentiers battus. Elle nous a même semblé un peu apathique, spectatrice si l’on ose dire. Une dizaine de chefs d’entreprise, et pas celles du devant de la scène, y assistaient et ce n’était certainement pas convaincant de ce que les gens du Sud pourraient organiser entre-eux. La Banque mondiale, qui était représentée à la réunion, se contenta de rappeler les outils classiques de soutien à ce genre de coopération, semblant ignorer que les pays du Sud ne sont pas dans leur grande généralité aux mêmes standard que les premiers de la classe. Quelques voix se sont élevées pour signifier à la BM qu’elle devait développer d'autres outils si elle souhaitait vraiment soutenir le secteur privé dans le Sud mais le problème n’est pas seulement là. Il est plus profond, donc plus grave, comme nous l’a fait remarquer M. Slim Ben Ayed, l’un des décideurs d’une SSII tunisienne : “L’approche des Africains est surtout intellectuelle en ce qui concerne la société de l’information. Les questions pratiques, celles du business, leur sont moins familières alors qu’elles sont à la base de tout vrai progrès dans ce chapitre”. Manoubi Akrout


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com