Ameur Hizem : «Changer autant de joueurs me paraît absurde»





Ameur Hizem avait pris en 1971 l’équipe nationale alors qu’il n’avait que 34 ans. Le plus jeune sélectionneur tunisien a connu une réussite exceptionnelle (2e aux JM 71, 1er en Coupe de Palestine 1973), balisant la voie devant la fameuse bande de l’Argentine. * Après la R.D.Congo à Charlety (2-2) et cet amer goût d’inachevé, le onze national dispute dans la foulée ce soir un nouveau test contre une bien vieille connaissance, l’Egypte. Que faudrait-il attendre du match du Caire ? L’EN doit chercher un ascendant psychologique contre l’Egypte ou, à défaut, à montrer un visage rassurant et, en tout cas, bien meilleur que celui affiché devant le Congo, vendredi dernier et le Maroc, dans le dernier match éliminatoire Mondial et CAN 2006. Nous sommes déjà dans l’ambiance de la CAN et devons étaler nos qualités et honorer notre titre continental devant le pays organisateur de la 25e édition. Roger Lemerre a choisi de chambarder son groupe. Conséquence : devant une formation congolaise limitée et privée de la majorité de ses «pros», l’équipe de Tunisie a manqué de cohésion dans toutes les lignes et parut souffrir. Lemerre cherche sans doute des doublures de qualité. Un joueur comme Chaouki Ben Saâda a prouvé qu’on pouvait compter sur lui. Mais je pense qu’il est illogique de remanier une équipe en bloc presque à cent pour cent, à un moment aussi crucial, à deux mois de la CAN. Pourtant, depuis sa première couronne africaine, la Tunisie était devenue l’équipe à battre et elle doit par conséquent employer ses meilleures armes et présenter un meilleur football si près de la ligne de départ de la CAN en Egypte. * Et le choix de Paris pour mener ce stage ? C’est sans doute là le choix de l’entraîneur sous prétexte d’échapper à la pression. Or, de quelle pression pourrait-on parler aujourd’hui ? Même le climat se prête mal au choix de la capitale française. On y laisse de l’argent sans profit réel ou évident. * Une bonne partie des internationaux ne jouent pas beaucoup avec leurs clubs. Ce manque de compétition ne doit-il pas inquiéter le staff technique? Oui, et c’est pour cela qu’ils ont besoin de ce genre de sorties au sein de l’équipe nationale. Jouer devant des sélections africaines solides (Congo Démocratique puis Egypte) leur permet de retrouver le rythme de la compétition et offre au sélectionneur la possibilité de mettre en place ses plans de bataille. N’oublions pas le cadeau tombé du ciel contre le Maroc où notre rendement fut loin d’être convaincant. * Que représente à votre avis la prochaine CAN dans le parcours des «Aigles de Carthage» ? En d’autres termes, la CAN peut-elle être bradée ? J’ai entendu dire en effet que nous pourrions déléguer en Egypte, en janvier prochain, une sorte de sélection «B», ou une équipe largement renouvelée ou diminuée de ses titulaires habituels. Ce serait vraiment une aberration d’autant que là-bas, au pied des Pyramides, nous serons l’équipe à battre en qualité de tenant du titre et que nous aurons tout simplement affaire aux meilleures sélections du continent qui comptent du reste parmi les toutes premières dans le monde. * On nous dit que la Tunisie a hérité d’un groupe largement à sa portée ? On peut dire tout ce qu’on veut mais, personnellement, je trouve le groupe de la Tunisie difficile. La méfiance est nécessaire et il faut absolument retenir les meilleurs joueurs et la meilleure équipe possible pour le voyage en Egypte. La CAN doit représenter le meilleur test avant le Mondial. Contre le Maroc, nous avons constaté que la quasi-totalité de nos représentants ont décliné, leur niveau ayant sensiblement baissé. Alors, je dirai : attention ! soyons sérieux et évitons de nous prendre pour un ogre invincible et dans les veines duquel coule un élixir magique... * Néanmoins, l’équipe de Lemerre a fait un chemin que personne n’aurait imaginé il y a trois ans. Qu’est-ce qui la rend aussi performante ? Essentiellement l’engagement et le recours aux joueurs professionnels exerçant en Europe. Lemerre a réussi parce qu’il a misé sur cette légion étrangère et tout fait pour engager des «pros» sans lesquels nous n’en serions pas maintenant là. Personnellement, je préfère prendre des joueurs appartenant même à des clubs de 2ème division française ou allemande, quitte à ce qu’ils ne jouent pas régulièrement, plutôt que des éléments de la Ligue 1 de chez nous. Les expatriés se comportent réellement en tant que «pros». Même le mental évolue. Voyez la transformation positive de Jaziri ou de Jaïdi au contact du monde professionnel européen. * Les moins jeunes se rappellent encore le formidable parcours du «onze» national en 1971 aux Jeux méditerranéens d’Izmir. Vous étiez alors à la tête de cette talentueuse équipe. Quel était le secret de sa réussite et de la vôtre, du reste ? Tout avait commencé en 1968 avec ce qu’on appela alors «l’Equipe 71» formée de joueurs ayant évolué ensemble depuis l’âge de 17-18 ans et qui surent abattre le mur des complexes au contact des équipes européennes. Je trouve même qu’à cet âge-là, à 16-17 ans, le footballeur tunisien me paraît plus doué que son homologue européen. Et cela dure jusqu’à l’âge de 20-21 ans. Je me rappelle qu’en 1969, au tournoi international de Constance (en Allemagne), notre équipe Espoirs a tenu en échec (0-0) le célèbre club brésilien de Santos. Celui-ci comptait alors dans ses rangs les Clodoaldo et Edu qui allaient, un an plus tard, remporter la Coupe du monde au Mexique. Les Ben Mrad, Chakroun... faisaient alors leurs armes et les Brésiliens ne surent assurer leur qualification qu’au tirage au sort. Les journaux allemands titraient alors : «On attendait la samba brésilienne, et ce fut la surprise tunisienne». A vrai dire, j’ai commencé mon aventure à la tête des sélections des jeunes en 1967-68 : les cadets (Néjib Limam, Tarak Dhiab...) puis les Espoirs. 90 pour cent des joueurs de la fameuse équipe argentine avaient débuté avec moi en sélection cadette. * Vous avez succédé à Rado à la tête de la sélection «A» après un camouflet (3-0) subi par les nôtres devant une équipe militaire... Oui, et le ministre des Sports m’avait alors mis au défi de réussir dans ma tâche alors que je n’avais que 34 ans. On m’attendait un peu au tournant, mais on voulait risquer quelque chose avec les nouveaux diplômés et j’en faisais partie puisque j’ai obtenu mes diplômes de la prestigieuse école allemande. Je dois d’ailleurs rendre hommage à tous les joueurs qui m’ont beaucoup aidé. Ils croyaient au fond d’eux-mêmes à ce jeune technicien «dernier cri», ou encore «up to date» comme on dit, qui leur apporte une nouvelle pédagogie de travail et de communication. Je crois que tous mes joueurs m’ont aimé et respecté. Nous avons remporté la médaille d’argent aux J.M. d’Izmir en 1971 et la médaille d’or en Coupe de Palestine 1973 en Libye. Malheureusement, notre élan a été coupé net contre la Côte d’Ivoire aux éliminatoires de la Coupe du monde 1974. Le referee Major Lamptey, de triste mémoire, était passé par-là... Et puis, je me suis senti fatigué et manquer d’énergie pour continuer cette fabuleuse aventure à la tête de l’EN. * Vous touchiez combien, M. Hizem? Selon un protocole d’accord en vertu duquel j’ai été nommé DTN des jeunes dès 1968, de devais toucher une indemnité de l’ordre de 140 dinars par mois qui n’a pas évolué depuis. Quand j’ai quitté l’EN, je suis passé au Club Africain et là, j’ai touché un salaire de 250 D. Je crois que ma situation financière ne s’était améliorée qu’au CA et au ST, puis dans les clubs des pays du Golfe. Recueillis par S.R.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com