Assia Djebar : La vie est un roman





Elle a ôté depuis sa tendre adolescence la cape de soumission qui la serrait très fort, exhibé sa nature intelligente et a tout dit. Avec art et savoir. Il s’agit bien sûr de Assia Djebar, que l’Institut français de coopération, Fatma Haddad Chamakh, professeur à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, le club vis-à-vis de l’ADFE et Martine Job, professeur de littérature française à la faculté de la Manouba ont invitée et insisté à présenter la femme avant tout. Puis son combat et son œuvre dont le dernier roman, “Vaste est la prison”. Et, bien sûr, une série de conférences, lectures de quelques extraits de son œuvre et des débats suivront à la Médiathèque Charles-de-Gaulle de l'Avenue de Paris, Tunis, le 26 novembre à partir de 18h00. La femme est arabe et algérienne. Et elle n’est pas comme ces millions de femmes qui ont renoncé à leurs droits et se sont résignées au totalitarisme masculin. Elle est cette tenace, faite de fer. Et pour abolir la ségrégation sociale, elle ne recule jamais pour dire son mot. Quand il faut. Oui ou non. Et surtout de tenir un discours autre que celui de quelques hommes hostiles à la liberté de la femme, de la société. A ces hommes qui trébuchent dans le champ de la morale et de la politique, elle répond. A ces gens aveuglés, qui n’arrivent pas à dissocier le bon du mauvais, elle éclaire leur chemin. Mais à quel prix! Impossible pour cette Assia Djebar de se taire comme les autres dont la langue est avalée. Ou qui ronronnent avec une langue de bois. Elle n’a donc pas la langue dans la poche, même s’il lui arrive de temps à autre de la tenir. C’est vraiment pour la tourner bien dans sa bouche et bien penser. Ca lui a valu ce qu’on connaît déjà et elle a donné libre cours à sa plume, ses souvenirs et sa logique fertile. Si on lui a remis récemment le Prix pour la paix des éditeurs et libraires allemands, c’est parce qu'elle vaut quelque chose. Son œuvre grouille de témoignages et vérités poignants et accablants. Mais aussi pour son style littéraire époustouflant. “Je voudrais me présenter devant vous comme simplement une femme-écrivain, issue d’un pays, l’Algérie tumultueuse et encore déchirée. J’ai été élevée dans une foi musulmane, celle de mes aïeux depuis des générations, qui m’a façonnée affectivement et spirituellement mais à laquelle, je l’avoue, je me confronte à cause de ses interdits dont je ne me défie pas encore tout à fait”, a dit l’Algérienne, très attachée à son pays natal, en guise de remerciement, le jour de l’attribution de la distinction. De son côté, Leïla Sebbar a lancé un clin d’œil à cette battante, après avoir lu son roman: “C’est une femme du Sud, une femme de lutte, une femme du livre”. En effet, ce dernier roman raconte le bébé, l’enfant, l’adolescente, l’adulte, la militante qui n’a jamais quitté les murs d’une prison et qui n’a jamais échappé aux coups de la société. Et mérite le salut de la communauté internationale. Zohra ABID


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com