En marge de la conférence des J.T.C. : Un théâtre moyen et de la colère dans l’air





Beaucoup de subventions, beaucoup de créations et si peu de bonnes pièces et de la sincère répartition. Un avant-goût du plus grand festival africain du 4ème Art. Les J.T.C 2005, qui se tiendront du 24 novembre au 3 décembre, interviennent à un moment crucial de l’évolution de notre théâtre. Après des années fastes caractérisées par un grand foisonnement créatif et ponctuées par des succès aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, la scène nationale traverse depuis quelques années une période sinon de vaches maigres du moins d’essoufflement. Ce passage à vide est marqué par une profusion de créations très moyennes souvent même assez quelconques, car redondantes et manquant cruellement d’originalité. Nous ne citerons ici aucune pièce ni aucun auteur, car nous en oublierions beaucoup. Autre marque de ce passage à vide: à l’exception de deux ou trois comédies qui continuent de drainer un public nombreux en quête de rire facile et parfois même vulgaire, la plupart des représentations théâtrales se passent aujourd’hui devant un public rare et donc, des sièges désespérément vides. Nous en avons eu la douloureuse illustration en juillet-août derniers, lors du cycle de représentations théâtrales organisé par le festival international de Carthage au Palais Ennejma Ezzahra. Cette désaffection du public est le signe avant-coureur d’une crise qui est en passe de devenir patente et qu’on ne saurait ignorer longtemps. Sur le plan international aussi, et à la notable exception de Fadhel Jaïbi, de Familia Productions, qui continuent de bien voyager - Jaïbi est en train de mettre les dernières touches à une nouvelle création au théâtre de l’Océan à Paris -, le théâtre tunisien ne brille pas par une grande présence. Qu’il est loin le temps où les créations théâtrales nationales faisaient le bonheur des festivals de théâtre à travers le monde ! C’est là aussi un signe qui ne trompe pas. Nos hommes de théâtre semblent avoir épuisé leur potentiel créateur et se complaisent dans un moule artistique. La quête des subventions du fonds d’aide à la création du ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine ne se justifie pas souvent par un véritable projet artistique, mais simplement par un besoin d’argent. Certes, il faut vivre et ces subventions permettent à nos intermittents de spectacles de continuer à faire leur métier dans des conditions plus ou moins acceptables. L’aide publique ne doit pas cependant se transformer en une forme d’assistance sociale ou de fonctionnarisation. Elle doit plutôt encourager la créativité, inciter à l’innovation, récompenser le mérite artistique. Il ne faut pas chercher plus loin les causes de la crise actuelle de notre théâtre. Cette évidence, nos professionnels de la scène, par un évident acte manqué, persistent à l’ignorer. Ce refus de se regarder en face, de faire son autocritique et de débattre ouvertement de la crise que traverse le secteur n’est pas un signe de bonne santé. Et il y a une sorte de pesanteur dans l’air. * La tension monte Cette pesanteur, on l’a bien sentie lors de la conférence de presse des JTC 2005 qui s’est tenue hier à la salle du 4ème Art et, dès l’entrée, ça grouillait de bonnes gens du secteur, les traits très tirés. Enfin et après près de 4 mois, on a enlevé des vitrines de la façade les affiches de quelques concerts donnés en été. Et on les a remplacées par d’autres articles et illustrations sur Al Moutachaâbitoun, nouvelle création de Mohamed Driss et de son théâtre national. Revenons à nos moutons et à la sélection des pièces. Il y a bien sûr des mécontents beaucoup plus que de satisfaits. Et en dehors des murs du siège du théâtre national, il y a beaucoup de bruit. Sur quels critères s’est-il basé Mohamed Driss, à qui on a confié la direction de la 12ème édition des Journées théâtrales de Carthage, pour la sélection des pièces? Pourquoi n’a-t-il répondu négativement à quelques comédiens que la veille de la conférence, c’est-à-dire deux jours et demi avant l’inauguration officielle? Combien coûte le festival ? Du côté arabe, il n’y avait aussi pas grand chose, comme dans les dernières sessions et Mohamed Driss dans ses réponses n’a pas été convaincant sur le petit nombre de présentations théâtrales en provenance du Continent africain. Les plus choyés de tous les participants étaient les hommes de théâtre ayant des espaces. Pour le reste, il y a beaucoup de flou. Entre temps, dans les coulisses et à l’extérieur, la tension monte et la polémique circule parmi les non-sélectionnés qu’il n’y a pas eu d’impartialité dans le choix. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com