Un club dans la tourmente C.A. : Et maintenant, à qui le tour?





Au mois de septembre dernier, un premier fusible sautait au C.A: l’entraîneur Youssef Zouaoui démissionnait à la sortie du derby perdu (2-0) devant l’E.S.T. Déjà à la pause, dans les vestiaires, il a été désavoué par certains parmi ses joueurs à propos d’une phase de jeu anodine mais on sentait les nerfs de l’enfant de Bizerte à fleur de peau d’autant que les manifestations d’indiscipline commençaient à s’accumuler. Lorsqu’on demande à Zouaoui pourquoi s’être résolu à “se sacrifier” en se retirant au lieu d’exiger des sanctions à l’encontre des joueurs “incriminés”, il nous explique que cela allait faire beaucoup de joueurs qui risqueraient alors les foudres du Comité directeur comme pour signifier que ces mesures disciplinaires risquaient de ne pas être prises. Le malaise était latent. Kamel Chebli avançait sur un champ de mines, sur des sables mouvants. Mercredi 19 octobre, en plein Ramadhan, les joueurs clubistes décident de rentrer d’où ils étaient venus au lieu d’effectuer à Radès une séance d’entraînement. Le Bureau clubiste ne réagit pas, hormis une petite réunion où on promet aux joueurs de leur servir les fameuses primes de rendement dans les meilleurs délais. Mercredi 9 novembre, surprise à l’entrée des compères d’Ali Boumnijel au stade d’El Menzah pour jouer un match de Coupe arabe contre l’ENPPI: chacun d’eux portait un brassard noir. Ce n’est plus une grève, comme avant le match de la Marsa, mais c’est une claire manifestation de colère passée dans les foyers arabes à travers la chaîne satellitaire ART. Le directeur sportif, M. Salah Thabti, insiste pour qu’il y ait des sanctions. Le Bureau tergiverse, M. Cherif Bellamine laisse passer l’orage. Comme si de rien n’était! Insultes et bronca En tout cas, le public rouge et blanc n’a pas pardonné. Le retour de la délégation après une amère élimination au Caire est très mouvementé. Certains supporters excités s’adonnent même à une poursuite jusqu’au Parc A des joueurs et des dirigeants. Il faute être de marbre pour écouter sans broncher tous les commentaires inimaginables venant du public: M. Bellamine, qui avait eu déjà à la fin du match aller une copieuse bronca, tient le coup. Le directeur sportif résiste, résiste avant de rompre, lundi: la veille, il a failli en venir aux mains avec un supporter. Cela commençait à devenir dangereux. “On est dans l’impasse”, résume M. Thabti après sa démission. Après Youssef Zouaoui et Salah Thabti (comme par hasard, ceux-là même qui assurèrent tous seuls la préparation, technique pour le premier, logistique pour le second, de l’équipe de football tout le long de l’été, tous seuls, dans des conditions fort pénibles alors que les autres étaient inscrits aux abonnés absents), à qui le tour? Une autre saison d’incommensurable gâchis, où tout le monde décide, réagit, hausse le ton, se retrousse les manches, prêt à se bagarrer, joueurs, supporters… Sauf ceux qui sont justement censés décider, agir et réagir, planifier, sanctionner… les dirigeants clubistes. Un mandat de trop, un peu mal venu, peut-il conduire à autant de laxisme, d’indifférence et de périlleuse démission? S.R. _____________________________________ Attouga : «Il suffirait d’un petit rien pour surmonter la crisette» * Où se situe à votre avis le nœud de la grave crise que vit actuellement votre ancien club, le C.A? - Le Club Africain a aujourd’hui le plus besoin de confiance et de crédibilité dans les rapports entre joueurs et Bureau directeur. Tous les malentendus, les non-dits, les réticences, les suspicions doivent être mis “sur la table” comme on dit et une franche discussion s’établir. La situation actuelle ne permet guère de jouer sérieusement et de gagner. Il faut comprendre que, tôt ou tard, les joueurs vont empocher leur dû. Certes, c’est leur football est leur gagne-pain et ce sont des professionnels mais, à ma connaissance, ils continuent de toucher régulièrement leurs salaires et la pomme de discorde se situe au niveau de ce qu’il est convenu d’appeler primes de rendement (ou primes de signature). Celles-ci pourraient être servies plus tard sans que les joueurs ne crèvent de faim. Alors, un peu de patience de la part des joueurs qui doivent mesurer toute la difficulté de drainer de l’argent pour une activité sportive est indispensable. Comme il est nécessaire que les dirigeants gagnent la confiance de leurs joueurs en les rassurant sur leur argent. * De votre temps, il y avait peu de chances d’assister à une grève de l’entraînement ou au port par les joueurs de brassards noirs? - Oui, parfois même en n’arrivait pas à nous payer un petit casse-croûte. Comme vous le constatez, s’agissant de simples primes de rendement, le différend me paraît banal et peut à tout moment être réglé. * Vous parait-il nécessaire d’opérer un changement au sein du Bureau directeur? - Non, le Comité en place doit rester là où il est jusqu’au terme de son mandat, jusqu’au mois de juin prochain. Il suffit d’une franche explication pour que le C.A surmonte cette crisette. Même en Europe, les grands clubs vivent fréquemment ce genre de difficultés financières. * Attouga, cela fait des années que vous vous tenez hors des rouages du club ou de ses centres de pouvoir. Est-ce un choix définitif? - Non, je suis de naissance, de cœur et de formation clubiste et je vis très mal tous ces éclats qui jettent de l’ombre sur l’image de marque du club de mes premières amours. Et cette nouvelle situation ne nous réjouit guère, nous les “vétérans” rouge et blanc et l’on se sent forcément un peu partie prenante. J’espère en tout cas pouvoir aider mon club et travailler au sein de ses rouages dès la prochaine saison. Recueillis par S.R. __________________ Kamel Chebli : «Cet échec était un peu dans l’air» * En tant qu’entraîneur du Club Africain, comment vivez-vous ces lendemains tourmentés de l’élimination devant l’ENPPI ? - Très mal d’autant plus qu’à notre retour du Caire, il y eut à l’aéroport un accueil très hostile de la part d’une frange de nos supporters qui nous a même poursuivi jusqu’au Parc «A». MM. Cherif Bellamine et Salah Thabti furent insultés et, jusqu’à minuit, la tension n’était pas encore apaisée. Dans tout cela, je me sens n’avoir aucune responsabilité. Au contraire, j’ai l’impression de me trouver entre l’enclume et le marteau, entre le Bureau et le public... * Vous attendiez-vous réellement à tomber devant les Egyptiens de l’ENPPI, un ensemble tout à fait ordinaire ? - A vrai dire, notre équipe était mal engagée pour négocier la Coupe arabe : pas de recrutements, pas de préparation adéquate, pas d’effectif suffisant, 18 joueurs à peine parmi lesquels juste un quatuor de milieu titulaire sans pouvoir compter le moment venu, sur des demis remplaçants puisque les jeunes Karoui, Maher Ameur et Haj Ali évoluent tous en attaque. Au Caire, nous comptions beaucoup de blessés : Touré (absent), Missaoui, Toujani et Sellami qui venaient de se rétablir... * A vous entendre, on pense tout de suite à une élimination annoncée ? - Oui, cet échec en Ligue arabe était un peu dans l’air. Nous rencontrons mille problèmes d’argent et le moral en a pris un sacré coup. Dans ces conditions, vous ne pouvez nullement aller bien loin * Déjà dès demain, vous effectuez le délicat voyage de Jendouba où vous pourriez perdre du terrain, en championnat cette fois-ci? - J’espère pouvoir récupérer quelques blessés à Jendouba. En Ligue 1, nous sommes dans les normes d’autant plus qu’une victoire à Jendouba, suivie d’une autre au Zouiten lors de la 13e journées pourrait nous propulser en tête du classement. Il faut positiver et aller de l’avant. Face aux soucis en tous genre, je patiente et je lutte de toutes mes forces. Je le fais au sein de mon club. Je ressens quelquefois un peu de découragement, mais j’en ai vu en vérité bien d’autres avec les clubs divisionnaires que j’ai pu entraîner. Recueillis par S.R. __________________ Salah Thabti : «Maintenant, il faut crever l’abcès...» * Pourquoi avez-vous décidé de partir à ce moment précis, au cœur de la saison, juste au lendemain de l’élimination de la compétition arabe ? - Le temps est venu où tout doit trouver une solution sans possibilité de remettre cela à plus tard. Nous avons, je crois, suffisamment patienté et il s’agit maintenant de crever l’abcès. La fuite en avant ne mène nulle part car, depuis mai et juin derniers, nous vivons cette situation intenable et qui annonçait à tout moment le pire. Bon, vous me demandez pourquoi partir en ce moment précis ? A vrai dire, je voulais démissionner bien avant que Youssef Zouaoui le fasse, il y a trois mois. Je ne me suis jamais dérobé à mes responsabilités mais je pars du constat que mon retrait peut aider à apaiser les tensions. Et, croyez-moi, cette tension était devenue insoutenable, parfois même dangereuse, ces derniers temps. * Vous sentiez-vous visé par une frange précise du public ? - Oui, beaucoup de gens attendaient Salah Thabti au tournant. Vous pouvez résister longtemps avant de lâcher prise. Je n’avais plus de forces pour lutter contre des gens qui complotent et manigancent. On entend des vertes et des pas mûres, on se sent outragé, humilité, insulté sans compter ce qui s’écrit sur son compte dans les journaux. * L’élimination, à un stade précoce de la Coupe arabe devant l’ENPPI a eu un effet de détonateur. Vous attendiez-vous à tout ce boucan dès votre retour du Caire ? - En football, il faut savoir accepter sereinement la défaite. Cela est arrivé à l’Etoile SS en finale de Coupe africaine sans produire autant de violence. Samedi dernier, le Real prenait dans son stade une leçon de son ennemi juré, le FC Barcelone sans arriver à cette hostilité. L’ENPPI n’était pas plus fort que le Club Africain, mais l’élimination a ses raisons. Je crains que celui qui va me succéder ne soit confronté à une situation impossible à gérer. En tout cas, je m’en vais maintenant plein de regrets à l’égard d’un club qui m’est très cher et que j’ai longtemps servi de toutes mes forces. Recueillis par S.R.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com