Le Tunisien et le transport public : Je t’aime, moi non plus …





La relation entre les Tunisiens et les moyens de transport public est loin d’être idyllique. Promis à un avenir meilleur en vertu d’un programme de qualité totale en vigueur depuis le 2 mai 2005, métro-léger, bus et train continuent à être synonymes de calvaire. Reportage. Tunis- Le Quotidien Station Barcelone. Le bus de la Transtu négocie difficilement le dernier virage. Le conducteur freine brusquement. Le véhicule jaune portant le numéro 60 s’arrête. Une foule prend d’assaut les portes qui ne s’ouvrent pas. Petits fonctionnaires, ouvriers, femmes de ménages et étudiants empruntent quotidiennement ce bus reliant le centre-ville à la Cité Ibn Sina. En cet après-midi d’octobre, le soleil joue encore à cache-cache avec les images même s’il fait un peu chaud. Anglutinés devant les portes dans un tohu-bohu incroyable, les grappes humaines commencent à protester. Les nerfs chauffés à blanc, un ouvrier quadragénaire s’adresse finalement au conducteur : “Ouvre la porte. Les gens sont lessivés. Ils veulent rentrer”. La réponse du conducteur fut un peu violente : “Tu va rentrer te reposer. Moi je vais me taper encore trois heures de travail. Parfois je rentre à la rupture du jeûne. Si ça ne te plaît pas, tu n’as qu’à prendre un taxi”. L’adrénaline monte. Echange de gros mots. Les deux hommes ont failli en venir aux mains. Un vieillard parvient à calmer les deux hommes au prix d’un long discours sur “Hachichet Ramadan”. La porte s’ouvre. Le jeu de coudes entre les passagers cherchant à s’arracher les sièges en plastique commence. En retard à cause des excuses et des “explications” qu’elle a avancées à un mendiant et aux jeunes vendeurs à la sauvette au teint basané proposant paquets de chemin-gum, briquets et stylos à bille, Mlle Monia, aide soignante qui travaille dans une clinique privée à El Manar, est parvenue à rattraper le bus avant que la porte ne se referme. “Le bus jaune, c’est l’enfer. J’en ai vu de toutes les couleurs moi qui suis obligée de prendre deux bus pour me rendre à El Manar, affirme la jeune aide soignante. Le bus numéro 60 démarre, cédant la place à un autre reliant Tunis à El Mourouj. La station Barcelone ne désemplit pas ... * Colère et contraintes A quelques mètres des abribus jaunes, les guichets du métro léger sont pris d’assaut. Sur les quatre guichets, deux seulement sont ouverts. Stratégie de compression des charges? Nonchalance? Nul ne sait. Le guichetier semble absorbé dans une communication téléphonique. Un jeune étudiant commence à trépigner de colère. Ce même guichetier voit rouge à cause du billet de 10 dinars que lui tend le jeune homme. Obligé de fouiller dans la caisse pour rendre la monnaie au jeune étudiant, le guichetier profère des injures. “La colère, c’est notre pain quotidien. Il ne se passe pas un quart d’heure sans heurts”, souligne le guichetier. Le métro reliant Tunis à l’Ariana pointe le bout du nez. Les usagers du lézard vert s’entassent devant les portières automatiques. Celles-ci ne tardent pas à s’ouvrir. Au niveau de la station Barcelone, on parvient toujours à s’asseoir. Le métro démarre. Au bout de quelques minutes, le lézard vert s’arrête à la station la République par où passent toutes les lignes du métro. Les quais fourmillent. Quelques minutes plus tard, les portes ont du mal à se refermer. Les rames sont bondées. Malgré l’heure de pointe, le métro-léger reste le moyen de transport public le plus “clément”. A l’Ariana, le métro “crache” les dernières grappes humaines. Les rames vertes “avalent” de nouveau une importante quantité de chair humaine pour repartir vers le centre de la capitale... Walid Khéfifi


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com