Musica Antigua : L’Andalousie éternelle





Un cadre agréable, de la bonne musique qui tire savamment ses racines de l’âme de l’Espagne musulmane et ses couleurs du passé andalou et un public de fins connaisseurs... Le Club culturel Tahar Haddad à la Médina, avec son architecture traditionnelle arabo-islamique, toute en arcs et colonnes, offrait un cadre idéal au concert du groupe espagnol «Musica Antigua» sous le titre évocateur «El sue?o de Al-Andalus» (le Rêve d’Al-Andalous). La disposition scénique, la posture des musiciens, les instruments anciens et la musique tirés du répertoire du 11ème siècle espagnol... donnaient à la soirée un fort cachet andalou. On était délicieusement transporté dix siècles plus tôt dans quelque palais de Séville, de Grenade ou de Cordoue. C’est en effet, à un voyage dans le temps, celui de l’Andalousie ancienne et éternelle que le groupe Musica Antigua nous a conviés, dimanche dernier. Le concert, organisé avec le concours de l’ambassade d’Espagne et de l’Institut Cervantès de Tunis, était inscrit dans le programme du festival de la Médina. «C’est mon professeur de vocalise Jose Perejo qui m’a présenté David Mayoral et Eduardo Paniagua (les deux autres musiciens du groupe, NDLR)», raconte le chanteur Mohamed El Arabi Serghini. C’était en 1992, le musicien tangérois qui venait d’obtenir le prix national de musique soufie avec le groupe du Cheïkh Mohamed El Mahdi Temsamani est parti étudier la musique en Espagne. De sa rencontre avec les deux musiciens ibériques est née une idée : reprendre les chants, les musiques qu’on donnait dans les palais et les églises de l’Espagne andalouse. Le groupe, qui a été créé en 1994, s’est donné pour tâche de revisiter et faire revivre les «Cantigas de Santa Maria de Alphonse X», dit le savant pour ses contributions poétiques et musicales. Pour cela, Musica Antigua a eu recours à des spécialistes et réalisé un grand travail de reconstitution afin de retrouver et de faire revivre les instruments anciens tels que : les psaltérion, luth, vielle, flûte, darbouka, tambour... «Nous n’avons pas travaillé seulement sur la musique andalouse qui était donnée dans les palais de Grenade, mais aussi et surtout sur celle qui nous a été léguée par le musicien et savant, Ibn Baja Assaraqosti, qui était aussi en son temps, un grand fabricant d’instruments», explique Serghini, qui enseigne aujourd’hui à l’Institut de Musique de Tanger, ville située à 8 km seulement de l’Espagne, ce qui lui permet d’y aller très souvent pour répéter avec ses «complices». Musica Antigua qui s’est produite pour la première fois en Tunisie, venait de faire une tournée au Chili et en Allemagne. Il s’est déjà produit un peu partout dans le monde. Où un intérêt grandissant est accordé aujourd’hui à la redécouverte des musiques anciennes. Outre sa dimension académique et culturelle, puisqu’elle permet de préserver un pan entier de la création musicale de nos ancêtres, cette démarche s’inscrit dans une optique de re-création et de re-découverte. Elle permet aussi, en jetant ainsi un pont entre les créations du passé et le public actuel, de prospecter de nouvelles voies pour la création contemporaine... Nos musiciens seraient bien inspirés de... s’inspirer de cette démarche dans leur traitement du patrimoine musical national. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com