Le rapport Mehlis sur l’assassinat de Hariri controversé : Imperfection, censure et indices douteux





Une polémique a éclaté hier à l’Onu sur le rapport de la commission d'enquête de l'Onu sur l'assassinat de Rafic Hariri, qui met en cause la Syrie et certains de ses alliés au Liban. Le Quotidien-Agences Lors d’une conférence de presse à l’Onu, le magistrat allemand, visiblement embarrassé, a regretté que deux versions différentes aient été rendues publiques et en a endossé la responsabilité. Dans le rapport remis dans la nuit de jeudi à vendredi au secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, le magistrat allemand Detlev Mehlis, qui dirige la commission d'enquête de l'Onu, note qu'"il y a des preuves convergentes montrant à la fois l'implication libanaise et syrienne dans cet acte terroriste". Selon ce texte, un des "suspects" identifiés par la commission Mehlis, Ahmad Abdel-Aal aurait "appelé sur le téléphone portable du président libanais Emile Lahoud à 12H47, quelques minutes avant l'explosion", qui a coûté la vie à Rafic Hariri Le rapport Mehlis a par ailleurs confirmé l'implication dans l'assassinat de Hariri de quatre généraux libanais prosyriens, qui étaient des proches collaborateurs de Lahoud. Ils sont écroués depuis deux mois sur recommandation de la commission de l'Onu. “La version finale et unique aurait dû être celle qui a été soumise au secrétaire général (des Nations Unies, Kofi Annan) et aux missions des pays du Conseil de sécurité et celle qui vous a été transmise en version papier”, a dit Mehlis aux journalistes. “Je veux qu’il soit clair que toute différence entre des versions initiale et finale du texte résulte du processus de rédaction effectué par mon équipe sous ma direction et est donc de ma responsabilité”, a ajouté Mehlis. Selon le service de presse de l’Onu, “une erreur informatique” est à l’origine de l’envoi de versions différentes du rapport aux missions diplomatiques. Pressé de questions, Mehlis a affirmé que l’effacement des paragraphes en question n’avait rien à voir avec de la censure. “Aucun de ces changements n’a été dicté par qui que ce soit”, a-t-il répondu à une question sur une éventuelle intervention de Annan. “Je ne suis pas du genre à accepter les pressions”, a-t-il insisté. Peu après, Stéphane Dujarric, porte-parole de Annan, a affirmé que celui-ci n’avait exercé aucune pression sur Mehlis pour influencer le contenu du rapport. “Depuis le début, cette commission est indépendante”, a-t-il affirmé. “Il s’agit du rapport de Mehlis et de lui seul”, a-t-il dit à la presse. Il a attribué la situation à une “erreur de secrétariat” et non à “un complot”. L’ambassadeur américain à l’Onu, John Bolton, tout en disant “ne pas comprendre” pourquoi il y avait eu deux versions du rapport, a affirmé que cette question ne devait pas occulter le fait principal qui est l’implication de la Syrie dans l’assassinat de Rafic Hariri. Il a affirmé que cette constatation appelait “une réaction vigoureuse” du Conseil de sécurité, qui a prévu dès mardi des discussions formelles sur le Liban. Indiquant avoir été en contact avec les ambassadeurs des autres pays membres permanents du Conseil (Chine, France, Grande-Bretagne et Russie), “pour discuter des prochaines étapes”, il a indiqué que “toute une série d’options” étaient envisagées. * Démission Par ailleurs, deux députés libanais de la majorité parlementaire, Elias Atallah et Gébrane Tuéni, ont appelé à la démission de Lahoud, qui a immédiatement réitéré son refus de quitter le pouvoir en démentant être impliqué dans le meurtre de Hariri. Leur demande est partagée par d'autres dirigeants. Atallah et Tuéni font partie de la majorité parlementaire formée autour du Bloc du Futur, dirigé par Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre libanais assassiné le 14 février à Beyrouth. Le rapport de la commission de l'Onu "est accablant pour le président Lahoud et pour ses principaux collaborateurs. Il devrait en tirer les conséquences et démissionner", a déclaré Atallah. Il a appelé "la population à descendre à partir de ce soir manifester devant la tombe de Rafic Hariri (dans le centre de Beyrouth) pour demander que justice soit faite". "Le chef de l'Etat va continuer à remplir ses fonctions dans cette phase critique que traverse le Liban", a immédiatement répliqué dans un communiqué la présidence de la République, en précisant que le président Lahoud entendait continuer à remplir ses fonctions. Le communiqué a démenti que Lahoud ait été contacté sur son téléphone mobile par Ahmad Abdel-Aal, qualifiant cette information de "dénuée de tout fondement". Un des candidats potentiels à la présidence de la République, l'ex-député Nassib Lahoud, a estimé que le rapport "devrait renforcer la détermination des Libanais à obtenir la démission du président Lahoud". "Le rapport met en cause les proches collaborateurs du président Lahoud et entache la charge de la présidence de la République", a-t-il déclaré. L'ex-président Amine Gemayel a également estimé que le rapport Mehlis "entache la charge de la présidence de la République". Mais, a-t-il déclaré , une "décision concernant la présidence de la République doit être prise en concertation avec tous les alliés de la majorité". ________________________ Inquiétude US La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a jugé le rapport Mehlis “profondément inquiétant”. En Alabama, où elle recevait hier son homologue britannique Jack Straw, elle a ajouté: “Sur ce que nous allons faire ensuite, nous devons en discuter” et “le Conseil de sécurité devra être le point central” de toute action. Pour sa part, Straw a souligné que “la communauté internationale devrait prendre très au sérieux” le rapport de l’Onu. Rice a précisé que des consultations avec la France avaient lieu “ à un certain niveau pour déterminer la suite de l’action” à engager. Le secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires politiques, Nicholas Burns, a quitté mercredi Washington pour une tournée incluant notamment la France. Selon la presse américaine, les Etats-Unis et la France s’apprêtent à proposer au Conseil de sécurité des Nations Unies la semaine prochaine une, voire deux résolutions condamnant la Syrie pour ses interventions au Liban.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com