Yves Uzureau : Un Brassens en cache un autre





Comédien, metteur en scène, écrivain, compositeur, guitariste et chanteur, Yves Uzureau met son talent multiforme au service du répertoire de Georges Brassens. Belle découverte pour le public tunisois. Je ne le connaissais pas. Je ne l’ai jamais entendu (et vu) chanter sur scène. Beaucoup de spectateurs qui ont assisté à son concert, jeudi dernier, au théâtre municipal de Tunis, dans le cadre du Festival de la Médina, étaient dans mon cas. Yves Uzureau a donc été pour nous tous une surprise, plutôt agréable, comme on aimerait en avoir plus souvent sur nos scènes. Uzureau ne chante pas seulement Georges Brassens avec délectation, et sans faute de goût aucune, il évoque aussi une mémoire du défunt chanteur, loue son génie et fête sa poésie avec un mélange d’humour et de nostalgie. En revisitant le répertoire du barde de Sète, il lui rend aussi un bel hommage, avec la révérence qui est due à son talent imitable, quoique toujours imité, pour notre grand bonheur. Sur le plan purement musical, Uzureau ne se contente pas d’interpréter les chansons de Brassens à la manière de ce dernier, sobrement en déclamant presque sèchement ses textes. Il les habille aussi de sons modernes, inattendus et rafraîchissants, servis par une contrebasse (Carlos Acciari) et des guitares manouches (Rodolphe Raffali) et électriques (Pierre Debiesme), dans un délicieux mélange de jazz, folk et rock, arrangé d’une manière qu’aurait certainement appréciée le bon vieux Georges. Chanteur, doublé de comédien, Uzureau chante Brassens avec beaucoup de naturel, de modestie et de liberté, presque en s’amusant. Il chante aussi avec élégance et finesse, fougue et tendresse. Jouant de sa très belle voix, son timbre et ses inflexions, jouant aussi subtilement avec les silences, les regards, les mimiques, il met en valeur les chansons du maître. Sa version du «Gorille» est surprendre, légèrement tropicalisée, interprétée avec décontraction et humour... noir. Sa version acapella du «Nombril des femmes d'agents» est encore plus séduisante. Chantée et jouée à la fois, portée par la voix, le geste et la mimique, elle permet à l’artiste de faire étalage de tout son talent d’interprète et de comédien. Depuis 1994, Uzureau tourne avec son spectacle Brassens, «Le Copain d’abord» : «Je suis heureux de faire ce spectacle à la manière d’un comédien qui interprète Molière. Il y a le côté «sacré» du classique auquel on ne peut pas enlever une virgule et en même temps d’infinies possibilités d’interprétations», explique-t-il. Et d’ajouter : «Oser présenter les chansons de Brassens implique — à mon sens — de proposer autre chose que ce qu’il a fait. Brassens nous a légué un magnifique album à colorier. Et j’ai colorié cet album selon mon inspiration». L’interprétation d’Uzureau est vivante, dynamique, ludique, ponctuée de clins d’œil. Et qui établit d’emblée une relation de franche complicité avec le public. Avec lui, la chanson est d’abord une invitation au partage et une forme de l’amitié. La distance entre la scène et la salle est abolie. Les musiciens se surprennent eux aussi à jouer, à s’amuser, à faire les pitres. On est entre copains. Et les copains, on le sait, passent d’abord. Il nous a donné un aperçu de son immense talent, jeudi dernier, dans un concert-spectacle on ne peut plus succulent... Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com