Alia Sellami : Reine d’un soir





Alia Sellami était le clou de l’Octobre musical. La soprano a clôturé en beauté le festival avec Ismahane, Laure Daccache, Carmen et les autres… Vingt-et-une soirées ont ponctué, sous le signe de la grenade (fruit de la saison et symbole de la joie et de la générosité pour les gens de l’Antiquité), la 11ème édition du festival automnal, l’Octobre musical. Le public tunisien a découvert des interprètes de talent, aux sensibilités diverses et venus de tous les horizons. De ces concerts, il y a eu ceux, de haute facture, d’autres, moyens et d'autres en dessous parfois même de la barre de la moyenne. Quant au public, il a généralement répondu présent. Et pour la clôture, le directeur de la manifestation, Mustpaha Okbi l’a voulue tunisienne, qui plus est, avec notre meilleure soprano Alia Sellami. Le programme de dimanche dernier était bien étoffé et en deux parties: une orientale et l’autre occidentale. La dame de la soirée, entourée par son orchestre arabe de Anis Klibi, Habib Turki au violon, Nabil Zouari au violoncelle, Rached Tanazefti au quanûn, Heïkel Siala au ûd et Lotfi Soula au tar, a revisité le répertoire des années 1930-1940 au Caire, et avec, sans surprise, les démons de la musique de cette époque comme Qaçabgi et Férid Al Atrach. Elle a donc interprété la fine fleur des chants d’Asmahane et Laure Daccache. Elle a chanté juste, l’amour, la détresse, le délire, la fougue, la folie, la destinée… et toutes les paroles de Layta lilbarqi Aïnan, Et Ward, Mawal Ya dirati… et Ya Touyour, mais hélas, n’a pas enchanté son public et n’a pas volé assez haut. Il y avait un air de platitude qui régnait. Les sonorités ne résonnaient presque pas. Et c’était presque la déception. Mais…, et heureusement il y a ce mais de la seconde partie qui a sauvé notre princesse. Et c’était autre chose. Alia s’est débarrassés de la cape de la timidité et elle était elle-même, bien dans son élément. Et c’est là où elle a vraiment brillé et volé assez haut avec le chant lyrique. Elle était épanouie et surtout sûre d’elle, de son talent, de sa voix tout en satin pour les textes de Puccini, Bellini, Mozart ou Bizet. Accompagnée de notre pianiste national, Bassam Makni, Alia était autre chose, surtout avec Carmen. Moins nerveuse, et au-delà du réel pour nous faire rêver… jusqu’à théâtraliser le “Près des remparts de Séville” avec la participation pour Don José, Skander Kamel. Nous avons découvert une vraie chanteuse d’opéra. Ce qu’il y a de mieux chez nous. Nous avons aimé la deuxième partie. Nous avons savouré le chant lyrique et apprécié en fin de compte le talent de notre jeune artiste. Qui aime se qualifier de polyvalente. Et elle n’a pas tort. Puisqu’elle a ouvert les yeux dans la chorégraphie (sa mère Anne-Marie Sellami, n’est-elle pas la pionnière de la danse moderne avec sa compagnie Iqaâ?). Elle a aussi suivi des cours de musique arabe au Conservatoire de Tunis. Puis de musicologie à la Sorbonne à Paris où elle a travaillé le chant lyrique avec Ana Maria Bondi et Mireille Alcantara. Primée du 1er Prix du concours “Les Maîtres du chant”, Alia Sellami continue sa tournée de par le monde et en solo dans ce registre. Pour son premier concert en solo à l’Acropolium, Alia a fait le bon choix d’avoir à ses côtés notre pianiste national, Bassam Makni, qu’elle a connu sur les bancs du conservatoire, chez madame Essghaïer, il y a près de 25 ans. Puis ils se sont de nouveau rencontrés à l’Institut, et ont répété cette partie ensemble près de 2 mois. Bassam Makni, était égal à lui-même, un maître du clavier, un vrai. Comme il l’a été il y a quelques jours dans le concert de Issam Garfi, et à Bir Lahjar, réuni avec son frère Hafedh, qui a laissé le temps d’un concert, la baguette et pris le violon. La soirée de dimanche a été, en fin de compte, un succès malgré la faible facture de la première partie. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com