Patrycja Piekutowska/Edward Wolanin : La valse du temps





L’avant-dernier concert de l’Octobre musical était de la Pologne. Avec un petit dieu du piano et une déesse du violon. Une sacrée soirée pour un public ravi. Elle était debout, avec son violon, majestueuse. Et dans sa robe en satin bleu clair et à peine pailletée, pétillante. Lui, tout de noir vêtu, et courbé sur son clavier, était assis au service de madame. Chacun de son côté maîtrise son instrument et sait bien ce qu’il fait. Mais tous deux étaient sur la même voie de Bloch, Sarasate, Szymanowski, Piozzolla et autres Wierniaski et surtout sur la même longueur d’onde. En parfaite entente, Patrycja Piekutowska et Edward Wolanin surfaient entre les variations de “Three pictures”, “Ningun”, “Romance andalouse op.23”, “Polonaise Brillance en La majeur op.21” et autres Sonates, avec une rare grâce. Les airs étaient tantôt doux et paisibles, tantôt fougueux, jubilatoires et en délire, rimant avec les écumes des textes, au gré des notes anciennes, mâtinées par leur talent frais. Tout frais. Le duo nous bercés dans une musique de rêve où les ondulations se trémoussaient, se croisaient, s’embrassaient, s’enflammaient, puis s’attendrissaient et se pliaient comme les pétales d’une belle fleur, toute en poésie en délicatesse. Nous avons été irrésistiblement séduits. Si cette première partie était un véritable bonheur, la seconde dédiée à Chopin, l’a été aussi. De haute facture. Edward Wolanin nous a, en solo, confirmé son grand talent. A quarante-quatre ans, monsieur est l’un des plus célèbres artistes de la Pologne. Déjà, à l’âge de 15 ans, on le qualifiait d’“enfant prodige”. Elève de l’Académie de Musique de Frédéric Chopin de Varsovie, Edward a déjà toute une corbeille de distinctions. Quant à son répertoire, il contient presque toutes les œuvres des compositeurs de toutes les époques. Mais il est beaucoup plus réputé pour son travail sur Chopin. Samedi dernier, il nous a gratifié d’un échantillon qui nous en dira long sur son savoir-faire. Exactement, comme ce fut le cas dans les 20 concerts donnés notamment au Koweït et en Pologne avec la même Patrycja. Qui a déjà visité notre pays en 1957 et demeure encore séduite par la ville de Hamammet où elle a passé des vacances heureuses. Elle a aujourd’hui 29 ans et toute une carrière en soie. Tout comme Edward, elle est diplômée de l’Académie de Chopin. Mais aussi du Conservatoire royal de Bruxelles. Patrycja s’est trimballée avec son violon dans au moins 14 pays notamment aux USA, en Argentine (à Colon dans la plus grande salle de la capitale avec ses 2600 chaises) et elle est toujours fière d’avoir interprété “avec son maître Igor Oystrakh le concert en Ré mineur pour deux violons de Bach dans la salle de la Philharmonie nationale de Varsovie”. Très fière aussi de jouer depuis 10 ans, avec la pianiste Maria Kulakowski, que nul n’ignore en Europe. Patrycja et Edward qui viennent de se produire le 23 octobre à Pékin nous ont fascinés par la qualité de leur art. Le public, ce soir-là très nombreux, les a chaleureusement applaudis. Dans la salle, il y avait quasiment toute la diplomatie étrangère accréditée en Tunisie. Mais aussi le ministère de la Cuture et de la Sauvegarde du Patrimoine et tout son cortège. Devant ces présents, presque hypnotisés, la violoniste était aux anges et n’a pas tardé à offrir à tout ce beau monde un florilège de notes, gaies, légères, résonnant à souhait dans l’Acropolium. “C’est acoustique, formidable et c’était facile pour donner la sonorité du violon et créer ces atmosphères de musique classique”, nous a confié la dame du violon en fin de soirée. Elle était ébahie par le lieu de l’Acropolium. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com