La crise s’aggrave en France : Sarkozy dans l’embarras





• Près de 900 véhicules brûlés et plus de 250 interpellations Les violences urbaines en France ont encore pris de l’ampleur dans la nuit de vendredi à samedi, s’étendant des banlieues pauvres de Paris à plusieurs villes du pays, mettant le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, appelé à démissionner, dans l’embarras. Le Quotidien-Agences Huit cent quatre-vingt-dix-sept véhicules ont été incendiés dans la nuit de vendredi à samedi sur tout le territoire français dont 656 en Ile-de-France, a indiqué hier au matin le procureur général de Paris, Yves Bot. Les autorités ont comptabilisé 897 véhicules incendiés et interpellé 253 fauteurs de troubles en France dans la nuit, a précisé la police nationale. Yves Bot a estimé à propos des événements en banlieue parisienne qu'il s'agissait de "violences organisées". "Par qui? s'est-il interrogé. Si j'étais en mesure d'apporter une réponse précise, les personnes seraient déjà sous les verrous. Mais on voit une manière d'agir qui est organisée. Cela répond à une stratégie (...) qui inclut une véritable tactique mobile". "Cela se fait, a-t-il ajouté, par des unités mobiles de jeunes - ou de moins jeunes puisqu'ils sont masqués - qui arrivent sur des scooters, balancent une bouteille enflammée sur un véhicule puis repartent. Il est extrêmement difficile de les interpeller". "C'est un mouvement qui est dirigé essentiellement contre les institutions de la République, a-t-il estimé, mais ce n'est pas un mouvement qui prend une tournure communautariste. Objectivement, c'est la seule chose que l'on peut dire". * La tête de Sarkozy Ce qui est par contre sûr, est que les manifestants réclament la tête de Sarkozy que serait selon la société civile française la cause de ces troubles. La démission du numéro deux du gouvernement a été, par ailleurs, réclamée vendredi au PS, au PCF et chez les Verts qui dénoncent la faillite de sa politique de «tolérance zéro». Le ministre délégué à la Promotion et de l'Egalité des chances, Azouz Begag, qui avait dénoncé publiquement le discours musclé de . Sarkozy sur les banlieues, participait aussi à la réunion de samedi. Ce ministre, auparavant très discret, avait notamment qualifié de "sémantique guerrière" les propos du ministre de l'Intérieur à l'encontre des "racailles" des cités, déclenchant une polémique au sein même du gouvernement sur la politique à mener. En province, les principaux départements touchés ont été le Nord (Lille), l'Ille-et-Vilaine (Rennes), le Bas-Rhin (Strasbourg), les Alpes-Maritime (Nice) et la Haute-Garonne (Toulouse). En Ile-de-France, le ministère a constaté "une forte diminution des faits sur le 93" (Seine-St-Denis), "un léger tassement dans le 78 et le 95" (Yvelines et Val-d'Oise) et "une progression plus ou moins forte" dans les autres départements franciliens. * Affrontements Au niveau local, la préfecture des Yvelines a fait état d'affrontements aux Mureaux entre une cinquantaine de jeunes et une soixantaine de CRS, avant-hier en fin de soirée. Selon la directrice de cabinet du préfet Nathalie Colin, trois policiers ont été légèrement blessés et une personne a été interpellée. Toujours dans les Yvelines à Achères, une école maternelle a été incendiée, ainsi que quelques voitures, alors que la ville n'avait pas connu de tels débordements récemment, selon Nathalie Colin. "Il ne reste plus grand-chose de l'école", a déclaré hier la directrice de cabinet du préfet, qui faisait état à 2H00 d'une "soixantaine" de voitures incendiées dans le département. A Suresnes (Hauts-de-Seine), un parking couvert a été incendié vers 00H00, brûlant 44 voitures, selon l'Etat-major des sapeurs-pompiers. Environ 100 pompiers sont intervenus sur le sinistre. En Seine-Saint-Denis, le calme semble être revenu, et la cellule de crise de la préfecture a été levée à 2H45, a affirmé une porte-parole. Les actes de violences s'étaient multipliés dans la soirée, un premier bilan faisant état de 33 voitures incendiées. Un bus vandalisé a essuyé des tirs à balles réelles à Sarcelles, un magasin "Franprix" a été attaqué à Montmagny, et un parking souterrain à Persan, et un entrepôt à Aubervilliers ont été incendiés. A Pierrefitte, l'incendie d'une voiture a provoqué une coupure d'électricité dans une partie du village. Une soixantaine de personnes sont allés se réfugier sur la place de l'église. Un peu plus tôt, une trentaine de maires de Seine-Saint-Denis s'étaient retrouvés pour lancer un appel au calme. Claude Pernes, le maire de Rosny-sous-Bois, a dénoncé une "véritable situation de guérilla, d'insurrection urbaine" en cours. En prévision d'éventuels incendies, des renforts de pompiers ont été envoyés de province vers la région parisienne pour le week-end. Trois colonnes configurées pour lutter contre les feux urbains ont ainsi pris la direction de la Seine-St-Denis, représentant environ 200 pompiers et 70 véhicules, a-t-on appris auprès du Centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (CODIS) de la Loire. Une des colonnes est partie de la région Rhône-Alpes. ___________________________ Le gouvernement Villepin craque Le Quotidien-Agences Le Premier ministre français Dominique de Villepin a tenu hier une réunion de crise avec une partie de son gouvernement après une neuvième nuit de violences urbaines qui se sont étendues des banlieues de Paris à plusieurs autres régions du pays. Huit ministres, dont notamment celui de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, ont évalué la situation dans les "zones urbaines sensibles". Sarkozy, rival politique de De Villepin au sein du parti de la majorité présidentielle de droite (UMP), avait déjà été reçu vendredi par le Premier ministre. La polémique s'est estompée et le gouvernement entend resserrer les rangs pour faire face à la plus grave crise qu'il ait connue depuis son arrivée aux affaires, en juin. "Le gouvernement est unanime sur la fermeté" face aux violences, a déclaré Sarkozy à la fin de la réunion. De Villepin a aussi reçu le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, le plus haut représentant de l'islam en France. Plus globalement, alors que les sociologues voient dans cette crise l'illustration de l'échec de plusieurs décennies de politiques de la Ville, la majorité se trouve rattrapée par un dossier -la sécurité- sur lequel elle avait axé toute la campagne présidentielle de 2002 en vilipendant l'impéritie de la gauche. "La crise est totale (...) C'est un problème structurel que ni la droite ni la gauche n'ont su traiter depuis 25 ans. La France ne sait pas faire face à la dérive de son modèle républicain d'intégration", estime le sociologue Michel Wieviorka, qui prône de "repenser (le système) pour tenter de concilier justice sociale et efficacité économique". Depuis mercredi, De Villepin s'est efforcé de reprendre la main en multipliant les interventions et les concertations avec élus et associations afin de mettre en place, avant fin novembre, un "plan d'action" en faveur des 750 zones urbaines sensibles. A droite comme à gauche, les élus l'ont déjà mis en garde contre un "énième plan" constitué de simples mesures de circonstance. ___________________________ L'ambassade US met en garde ses ressortissants Le Quotidien-Agences Le département d'Etat américain n'a fait aucun commentaire hier sur les émeutes en région parisienne, mais l'ambassade des Etats-Unis à Paris a recommandé aux Américains d'éviter les zones à risque. "C'est une question qui revient clairement au gouvernement français de commenter", a déclaré le porte-parole du département d'Etat (Affaires étrangères), Sean McCormack. "C'est un problème que le gouvernement français et les Français doivent aborder", a-t-il ajouté. L'ambassade des Etats-unis à Paris a publié un avertissement destiné aux ressortissants américains vivant ou en visite en France. "Bien que les émeutes se soient produites dans des lieux qui ne sont normalement pas fréquentés par les touristes américains, les voyageurs doivent savoir que le trajet en train entre l'aéroport Charles de Gaulle et le centre de la ville pourrait être perturbé car il passe près des zones affectées", indique cet avertissement publié sur le site de l'ambassade.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com