L’art de gagner et de perdre un derby





En remportant encore une fois le derby, l’Espérance a fait d’une pierre plusieurs coups, à savoir une cinquième victoire de suite, une place de leader et une confirmation du nouvel état d’esprit installé par l’entraîneur Khaled Ben Yahia. Mais force est de reconnaître aussi que la victoire obtenue dimanche dans un stade de Radès coloré n’a point été aisée, loin s’en faut. Les données de base de ce derby annonçaient un match tactique serré. Khaled Ben Yahia a opté pour un nouveau dispositif, le 4-3-1-2 avec Dos Santos évoluant derrière les attaquants, alors que Youssef Zouaoui a choisi le 4-4-2 avec un Traoré, légèrement replié derrière Selliti. Le jeune Keïta pouvait se mêler à l’attaque en phase offensive. Cela a donné hier à une première mi-temps légèrement à l’avantage des Sang et Or, mais avec peu de football aéré, vu le manque d’espaces jouables surtout au milieu où la bataille faisait rage entre les joueurs des deux camps. A ce sujet, les duels étaient intéressants entre les “couples” suivants: Mahjoubi-Traoré, Bekri-Keïta, Ben Yahia-Yahia et Letifi-Touré. Après la pause, le but inscrit par Jaber a donné une nouvelle tournure au match dans la mesure où l’équipe de Bab Souika a reculé d’un cran pour faire face aux assauts de son homologue de Bab Jedid. Avec un milieu incapable de maîtriser le jeu, vu la baisse de forme de Melki et Dos Santos, la défense a dû subir le poids de la seconde mi-temps mais a pu sortir sans dégâts grâce à la très bonne sortie de tous les défenseurs, à savoir Kasraoui, Badra, Yaken, Bekri et Jaber. Il était évident que l’absence d’Olivier a laissé un grand vide à l’entre-jeu et le jeune Ben Yahia ne pouvait à lui seul assurer la liaison entre les lignes. Le club sang et or n’a pu respirer qu’en fin de match quand Letaïef provoqua un penalty et le transforma en second but. Ainsi, l’Espérance a pu aller au bout de ses intentions grâce notamment à la détermination de ses joueurs, leur métier et leur humilité. Interrogé à propos de ce succès, l’entraîneur Khaled Ben Yahia nous a fait l’analyse suivante: “Face à un Club Africain aux automatismes bien huilés, il fallait être vigilant de bout en bout. On a eu gain de cause grâce à cette attitude mais aussi à la faveur de la chance qu’il fallait aussi provoquer. Tactiquement on a su gérer les différentes situations avec le calme nécessaire car dans un derby les moments chauds sont inévitables. C’est d’ailleurs dans cette optique que j’ai aligné un joueur d’expérience par compartiments, à savoir Badra, Melki et Zitouni. Maintenant il faut garder ce bel état d’esprit, rester prudent et éviter le piège de l’euphorie”. * Manque de lucidité Décidément, le derby ne réussit pas au Club Africain. Encore une fois, il lui a manqué un petit quelque chose pour mettre fin à la suprématie de son voisin espérantiste. Comme quoi, il y a plusieurs façons de gagner (ou de perdre) ce genre de match. A commencer par l’état d’esprit des joueurs. Dimanche, le club rouge et blanc avait toutes les cartes en règle, notamment au milieu et en attaque mais, malgré une domination territoriale après le but de Jaber, les Traoré et consorts ont buté sur une défense adverse qui tenait à conserver son avance avec beaucoup de détermination et de métier. Sur le plan purement technique, Traoré, Sallami, Keïta et Yahia ont fourni une belle prestation, dominant partenaires et adversaires, mais là où ça a grincé, c’était au niveau de la finition et des duels dans la zone de Kasraoui. Selliti (auteur d’un comportement indigne en fin de première mi-temps et qui aurait pu causer des tas de dégâts) n’a jamais eu la patte heureuse ou la lucidité nécessaire. C’est dire que c’est plutôt au niveau mental que les Clubistes ont péché, fragilisés peut-être par des défaites à répétition dans les derbies et par le but encaissé à l’entame de la seconde période. Au niveau individuel, les Traoré et Sallami ont évolué un degré au dessus de leurs équipiers mais les Yahia, Keïta et Traoré n’ont pas démérité. Les défenseurs, eux, ont commis une erreur fatale de placement sur l'action du premier but, inscrit d’ailleurs sur une balle arrêtée. Pourtant, dimanche, les attaquants adverses n’étaient pas dans un bon jour. Jamel BELHASSEN


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com