Hajer Ben Nasr au «Quotidien» : «La situation du film documentaire s’améliore, mais…»





Avec son documentaire: “Femmes de Kyrannis”, la productrice Hajer Ben Nasr vient de remporter, lors du festival arabe de la radio et de la télévision, deux consécrations, à savoir le prix de la meilleure œuvre télévisée et celui des programmes documentaires généraux. De la situation du documentaire dans les pays arabes et en Tunisie, de ses œuvres et du secret de sa réussite, Hajer Ben Nasr nous en parle dans l’interview accordée au “Quotidien”. * Comment jugez-vous aujourd’hui la situation du film documentaire dans le monde arabe? Les films documentaires sont très peu représentés à travers les télévisions arabes, mais la situation commence à s’améliorer. Lors de l’édition du festival arabe de la radio et de la télévision qui a pris fin le 22 septembre dernier, nous avons organisé une conférence, pour poser les problèmes que rencontre le film documentaire et proposer des solutions pour sortir ce genre cinématographique sa léthargie. Mais la vérité est que, actuellement, peu d’espaces sont consacrés au film documentaire dans les télévisions arabes. Toutefois, je reste optimiste quant à l’avenir des films documentaires. D’ailleurs, en plus de la “Jazira-documentaire”, une nouvelle chaîne qui sera dédiée à ce genre cinématographique, une autre chaîne télévisée sera bientôt créée et aura pour objectif la diffusion et la vulgarisation des documentaires. * L’un de vos documentaires primés relate la vie de la femme arabe. Pensez-vous que la femme arabe a trouvé aujourd’hui la place qui lui revient de droit en tant qu’actrice ou réalisatrice, ou comme membre actif à part entière, dans la société? Dans notre pays, comme vous le savez, il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes. Seule la qualité du produit s’impose. Peu importe qu’un documentaire soit réalisé par une femme ou un homme. C’est la qualité du produit qui prime pour les cinéphiles. Seulement, la réalisation d’un film documentaire demande beaucoup de patience, et de souffle et il n’est pas toujours rentable. C’est un produit qui demande beaucoup d’investissement. Un film documentaire comme “Animalia” exige des mois d’attente et beaucoup de financement. En plus, il n’est pas vendu à sa juste valeur. * Pourquoi le film documentaire tunisien continue-t-il à broyer du noir ? Partout le film documentaire trouve des difficultés à se faire commercialiser. Mais en Tunisie, il est important de reconnaître que la situation de ce genre documentaire s’est beaucoup améliorée. Actuellement, on encourage beaucoup ce genre. “Femme de Kyrannis”, un des deux films primés, témoigne aussi de l’histoire de l’évolution de la femme tunisienne, dans tous les domaines. Son scénario relate l’histoire d’une femme capitaine septuagénaire qui, bien qu’elle n’ait pas été à l’école a décidé de faire sa scolarisation, à l’âge de 64 ans. Elle a pu obtenir ses diplômes et devenir capitaine de bateau. L’histoire de cette femme restitue l’équilibre que toute femme tunisienne assure au sein de son foyer, tout en exerçant d’autres activités extra-familiales. * Comment jugez-vous la situation du cinéma arabe en général? Je pense qu’il reste beaucoup à faire pour mettre le cinéma arabe au diapason des autres productions cinématographiques, à travers le monde. Il faut reconnaître que d’importants progrès ont été réalisés dans le domaine documentaire. On commence à s’intéresser à ce genre cinématographique. En ce qui me concerne, je ne trouve pas de difficultés, pour vendre mes films documentaires qui sont demandés par l’E.R.T.T et les autres établissements publics de diffusion, ainsi que par les salles du cinéma. Je crois que pour le futur, le film documentaire trouvera sa place au côté des autres genres cinématographiques. * Que symbolisent pour vous, vos dernières consécrations. Est-ce un signe de l’entrée en force ou de la présence des femmes, dans la réalisation des documentaires ou dans d’autres activités de la vie sociale? Pour moi, les deux prix que je viens d’obtenir symbolisent, le fait selon lequel, la femme tunisienne est capable de réussir, dans tous les domaines. Ces consécrations m’encouragent aussi d’aller dans le bon sens et de produire davantage de documentaires de qualité. Elles constituent aussi, sur un autre plan, une grande responsabilité qui m’impose toujours la charge de produire des documentaires de qualité pour me maintenir au haut niveau de l’échelle de la production cinématographique. Ceci est un point positif au grand bonheur des cinéphiles arabes qui ont besoin d’un documentaire qui reflète leur environnement socio-culturel et leur permet de se situer à travers le film documentaire. Je crois que les cinéphiles arabes ont besoin de films documentaires qui leur donnent une image sur eux-mêmes. Je ne suis pas contre les autres documentaires, mais je suis pour la diffusion sur nos chaînes, des séquences documentaires réalisées sur la base d’une écriture arabe. * Que proposez-vous afin qu’il y ait plus d’échanges culturels entre réalisateurs et acteurs arabes? Tant qu’il y a des manifestations comme le festival arabe de la radio et de la télévision ou celui du Caire, il y aura toujours des échanges. Je crois qu’il faut intensifier ce genre de manifestations afin de donner aux réalisateurs l’occasion de discuter de tous les points relatifs à ces échanges culturels. Je trouve, par ailleurs, intéressant et même utile que les productions documentaires circulent entre les pays arabes et qu’il y ait aussi des co-productions. Tous ces facteurs contribueront aux échanges culturels entre les différentes composantes de nos Etats au grand bénéfice des cinéphiles arabes. * Comment sortir le cinéma arabe et le film documentaire de leur léthargie actuelle? A mon avis, il faut encourager les investisseurs à se lancer dans la production des films documentaires et leur donner au niveau de nos télévisions, des espaces intéressants, afin qu’ils soient diffusés régulièrement. Mon expérience m’a montré que le spectateur veut suivre les documentaires. Il est vrai que ce genre demande beaucoup de financement, du temps et de la patience. J’aimerais qu’on consacre assez de moyens pour que ce genre puisse être à la hauteur des autres productions cinématographiques. * Lors de la dernière édition du festival arabe de la radio et de la télévision, la production cinématographique tunisienne, dans ses différents genres, n’a pas volé très haut. Qu’est-ce qui explique cette déchéance? Il faut reconnaître une chose, la situation du film documentaire s’améliore, malgré toutes les difficultés qu’il rencontre. Ce genre est un produit difficile. Il faut une bonne image, un bon texte, une bonne documentation et, une très grande fiabilité. A ces éléments, il faut ajouter également une bonne équipe très compétente. Ces paramètres font aujourd’hui que des réalisateurs hésitent à s’investir dans le domaine. Or, un bon documentaire est celui qui répond à ces critères. En Tunisie, les films documentaires présentés au dernier festival arabe de la radio et de la télévision ont été primés, mais cela ne veut pas dire que les autres, ne sont pas à la hauteur. Tous nos documentaires sont d’un bon niveau, mais tous, ne peuvent pas être primés. * Quels sont les problèmes auxquels font face les réalisateurs des films documentaires en Tunisie? Le problème matériel reste la principale contrainte pour la réalisation des films documentaires. Par exemple, pour la réalisation des documentaires animaliers, il faut des semaines, voire des mois et surtout des appareils ultra-sophistiqués. Mais nous, on essaye de réaliser nos œuvres, avec les moyens de bord dont nous disposons. * Malgré ces moyens limités vous avez réussi à être primée. Quels sont les secrets de votre réussite? Mes œuvres ont été primées parce que tout simplement j’adore ce que je fais et je réalise mes films documentaires avec beaucoup d’amour. J’ai toujours rêvé de réaliser des films documentaires, car, ce sont des œuvres immortelles et qui peuvent être appréciées, en tout temps et en tout lieu. Le message qui découle de leur scénario est accessible à tout le monde. * Entretien conduit par Ousmane WAGUE


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com