Festival Méditerranéen de la B.D. : Passion de l’art, art de la patience





La cour de la médiathèque Charles-de-Gaulle de l’avenue de Paris à Tunis était noire de gens, vendredi en fin d’après-midi. Ils étaient des professionnels, des dessinateurs en herbe, des étudiants, des curieux. Tous pour un amour et une courtoisie d’un art complet : la B.D. «Voir en face de moi tous ces jeunes animés par une flamme incroyable et qui dessinent même mieux que moi quand j’avais leur âge m’impressionne et me donne l’envie de leur tendre davantage la main. C’est un véritable bonheur de détecter leur talent», nous a confié avant-hier soir le «petit prince» de la B.D. française et auteur d’un important ouvrage «Alix le Romain» et de la publication «Dans la Rome de Césars», Gilles Chaillet. Notre invité était fort enthousiaste et ne pouvait que l’afficher devant toute cette foule. Tout comme les autres invités de la 4ème édition du festival méditerranéen de la Bande dessinée qui se tient dans nos murs depuis le 29 septembre et qui s’achèvera aujourd’hui à 12h00 avec une rencontre avec Walter Fahrer. La médiathèque Charles-de-Gaulle est un espace qu’a prêté l’Institut français de Coopération (IFC) pour abriter provisoirement ce jeune festival encore «Sans domicile fixe» d’après les propres termes de son président, Habib Bouhaouel. Elle a été dès le début de la journée prise d’assaut par les beaux-aristes, dessinateurs, peintres, photographes, curieux et autres amoureux de cet art qui tarde à s’épanouir chez nous malgré la volonté de quelques artistes. Cette manifestation automnale qui ouvre la saison artistique et culturelle n’est donc pas passée inaperçue. Et d’après ce qu’on a senti, l’esquisse d’une cinquième édition est déjà dans l’air. Donc, bon gré, mal gré le festival vivra. A voir tout ce beau monde dans la médiathèque en quête d’une expression, savamment adaptée à la bande dessinée, on ne peut que positiver. D’un lieu à un autre métamorphosés pour l’occasion, en salles d’expositions du plus vieil album au plus récent, les jeunes ne savent plus où s’orienter et par où commencer. Par ici, ils sont devant les rois de la B.D., en chair et en os. Qui nous viennent de la Belgique francophone, le giron de cet art, de l’Hexagone, la capitale mondiale de la B.D. et d’autres, nos voisins de l’Algérie. Certains de ces derniers, pour des raisons douloureuses d’un passé si proche, ont réussi en France, loin de leur Algérie natale. Nos hôtes sont : Jean-Pierre Goumelen, Gilles Chaillet, François Boucq, Patrice Serres, Walter Fahrer, Philippe Mellot et Sidi Ali Melouah. Sans oublier le plus tunisien des Russes, Nikita Mandryka, natif de Bizerte et dont les parents ont trouvé refuge dans notre pays au début du siècle dernier, lors de la révolution au pays des tsars. Tous ces gens qui font la une aujourd’hui ont trouvé dans leur itinéraire quelques difficultés. Mais avec la patience, ils ont pu, et chacun à sa façon, terrasser toutes les orties et bien réussir. Dans l’atelier, les fans de la BD étaient fous d’envie d’apprendre les dessous et l’au-delà d’un point ou d’un trait et quelques arcanes de l’écriture de scénarios. Il y avait de l’ambiance dans l’air : un mot gentil par-ci, une question par-là, un commentaire de ce coin et un sourire de l’autre. Invités, organisateurs et jeunes, tous étaient ravis. «La Tunisie sera-t-elle un jour le fleuron de la BD dans la région ?», a lancé dans la foulée un participant. Pourquoi pas monsieur. Il suffit seulement qu’on leur donne un petit coup de pouce. Un peu plus loin, il y a foule autour d’un Habib Bouhaouel qui, sur une affiche géante, les feutres à la main, illustre «Le Débarquement de Didon». Les petites histoires des côtes de Carthage s’étaient vite racontées, tendrement, amoureusement et n’ont pris qu’un laps de temps très court pour prendre forme. Le petit président était aux anges. «Enfin nous avons un festival qui répond à nos attentes. Nous avons réellement besoin d’être aidés et surtout considérés. Nous étudions le dessin et le design mais actuellement le marché est exigu. Il faut intéresser les citoyens à la BD qui n’est pas le parent pauvre des autres arts. Au contraire, elle les engendre tous. Si seulement, on nous donnait l’opportunité de créer des magazines, albums et autres films, on pourrait conquérir le marché et même exporter. Car nous avons des idées à en revendre...», nous a dit Houda, étudiante à l’Ecole supérieure des Sciences et technologie de design. Elle était animée d’une étrange et rare vivacité. «Nous avons des talents. Mais que les instances leur viennent en aide et vous allez voir les retombées. Car le langage de la BD est universel. Il touche tout le monde : petits et grands, intelligents et moins intelligents et c’est beau à voir, à lire, les satires, les critiques avec humour. Il s’agit aussi d’un moyen de communication touchant. On peut exploiter ce domaine dans tous les secteurs. De la publicité d’un produit d’hygiène, à une campagne contre une maladie quelconque ou pour la protection de l’environnement, qu’on affiche dans les rues, hôpitaux et autres espaces privés ou publics. Ce n’est pas plat et les gens sont sensibles à ce genre d’expression, vite compris et qui retient l’attention des citoyens, peu importe l’âge, le sexe ou la couche sociale. Sans ségrégation aucune», renchérit Mohamed Ali. Il avait l’air très sérieux. Zohra Abid


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com