Mort de Ghazi Kanaan : La guerre des surenchères





La mort brutale du ministre syrien de l'Intérieur et ancien homme fort de la Syrie au Liban, Ghazi Kanaan, fragilise le régime syrien, estiment des analystes, dont certains mettent en doute la thèse du suicide annoncée par Damas. Le Quotidien-Agences A Beyrouth, les ténors du courant opposé à toute influence syrienne au Liban ainsi que la presse antisyrienne rendent paradoxalement hommage à Kanaan et mettent en doute la thèse du suicide annoncée par Damas. Le quotidien Al-Mostaqbal, porte-parole de la famille Hariri, va jusqu'à évoquer la thèse d'une "liquidation" de Ghazi Kanaan. Selon le quotidien, Kanaan "aurait pu constituer une alternative dans le cadre d'un changement de régime" en Syrie. "Sa mort brutale pourrait être un assassinat commis par le régime syrien", a ajouté ce journal. Al-Mostaqbal écrit que Kanaan a pu être "liquidé" car il "avait dit la vérité ou s'apprêtait à la dire", à la commission d'enquête internationale sur l'assassinat de Hariri. Quelques heures après l'annonce du suicide, le président américain George W. Bush a lancé un nouvel avertissement à la Syrie, lui demandant de "coopérer pleinement à l'enquête internationale" sur le meurtre de l'ancien Premier ministre libanais, tué le 14 février à Beyrouth. "Je ne veux pas préjuger des conclusions, mais il est très important que la Syrie comprenne que le monde libre respecte la démocratie libanaise et s'attend à ce que la Syrie la respecte aussi", a déclaré Bush. Cette commission, qui avait interrogé Ghazi Kanaan en septembre à Damas, doit rendre son rapport d'ici le 25 octobre. Dans un article publié dans l'International Herald Tribune, quelques jours avant la mort de Ghazi Kanaan, un spécialiste de la Syrie, Volker Perthes, estimait que l'"isolement du régime de Bachar al-Assad a atteint sa phase terminale presque indépendamment de ce qui apparaîtra dans le rapport de l'Onu". Perthes, directeur de l'Institut allemand des affaires internationales à Berlin, a estimé que l'arrivée au pouvoir d'un Pervez Musharraf syrien pourrait constituer la moins mauvaise solution en Syrie. Le général Pervez Musharraf, président du Pakistan, avait pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat en 1999. Il a estimé toutefois préférable que le pouvoir à Damas reste aux mains des alaouites, la communauté religieuse du président Assad, laissant entendre que Ghazi Kanaan, alaouite lui même, aurait pu être l'hommme de la situation. Kanaan était également proche de l'ex-vice président syrien Abdel Halim Khaddam, qui a démissionné lors du dernier congrès du parti Baas, en juin, deux mois après le retrait militaire syrien du Liban. Khaddam et Kanaan avaient été écartés tous les deux du dossier libanais par le président syrien Bachar Al-Assad en accord avec le président libanais Emile Lahoud, qui accusait les deux hommes d'être à la solde de Rafic Hariri. Khaddam, qui réside actuellement à Paris, était un proche de leader libanais pro-occidental Rafic Hariri, à l'instar de Ghazi Kanaan. Dans sa dernière déclaration quelques heures avant l'annonce de son décès mercredi, Kanaan s'était défendu, sur une radio libanaise, des accusations de corruption formulées la veille par une télévision libanaise connue pour son hostilité envers Rafic Hariri. Cette chaîne avait indiqué que Kanaan avait touché 10 millions de dollars pour aider Rafic Hariri à remporter les législatives de 2000 alors que le magnat libano-saoudien était dans l'opposition, ayant été écarté du pouvoir par le président Lahoud. ______________________________ Selon la Syrie Kanaan s’est suicidé en se tirant une balle dans la bouche Le Quotidien-Agences Le ministre syrien de l'Intérieur, Ghazi Kanaan, s'est suicidé en se tirant une balle dans la bouche avec son propre revolver, a annoncé hier le premier procureur général de Damas, Mohammed Marwane Al-Louaji, dans une déclaration à l'agence de presse officielle Sana. Le procureur a en outre indiqué que l'enquête officielle sur les circonstances de la mort du ministre, annoncée mercredi par Damas, était "terminée». "Le premier procureur général de Damas a annoncé la fin de l'enquête sur les circonstances de la mort de Ghazi Kanaan, après que les procédures techniques eurent été effectués et après examen du corps par trois experts de la médecine légale", selon Sana. "Il a été établi que la mort est due à un suicide commis à l'aide du revolver personnel du général Kanaan, un Smith and Wesson de calibre 38", a ajouté Sana. Le procureur a indiqué que le général Kanaan était arrivé à son bureau à 07H15 GMT mercredi 12 octobre et qu'il l'avait ensuite quitté vers 08H00 GMT à bord de sa voiture qu'il conduisait lui même pour se rendre à son domicile. Le général Kanaan est resté peu de temps chez lui avant de revenir à son bureau au ministère de l'Intérieur. "Cinq minutes plus tard, son garde personnel avait entendu un coup de feu assourdi. Le directeur de son cabinet s'est alors précipité et a trouvé Kanaan affalé sur le dos sur le sol derrière son bureau. Il a observé qu'il avait son revolver personnel dans sa main droite, un doigt crispé sur la détente et la main sur la poitrine", a souligné le procureur. Selon le magistrat, Kanaan "était alors encore en vie, sa respiration était rapide et son corps était secoué par des convulsions." "Le ministre a été immédiatement transféré vers l'hopital Al-Chami à Damas. Il a été admis dans l'unité de soins intensifs où il est décédé après plusieurs tentatives de réanimation", selon le procureur. La justice a ouvert l'enquête sur la mort de Kanaan aussitôt qu'elle en a été informée, a-t-il dit. ______________________________ Kanaan inhumé dans son village natal Le général Ghazi Kanaan devait être inhumé hier en début d'après-midi dans la concession familiale de son village natal de B'Hamra dans la montagne alaouite, à quelque 350 km au nord-ouest de Damas. Sa tombe jouxte celles de son père et de sa mère enterrés dans la même concession familiale. Selon des témoins, Kanaan, musulman de rite alaouite (proche du chiisme), était venu samedi dernier planter des arbres dans la concession, cinq jours avant de se donner la mort dans son bureau du ministère de l'Intérieur au centre de Damas. Plusieurs gerbes de fleurs, envoyées par des parents et de simples citoyens, étaient exposées près de la tombe. ______________________________ Contre toute attente Joumblatt rend hommage au défunt Beyrouth-Agences Le chef druze libanais Walid Joumblatt a rendu hommage hier à l'action de Ghazi Kanaan, ministre de l'Intérieur syrien et ancien chef des services de sécurité syriens au Liban, dont les autorités de Damas ont annoncé le suicide la veille. "Ghazi Kanaan, qui faisait partie de la vieille garde proche de l'ex-président syrien Hafez Al-Assad (père du président actuel Bachar Al-Assad, NDLR) a soutenu la résistance libanaise à l'occupation israélienne et nous a aidés dans l'insurrection du 6 février 1984 qui a permis de mettre en échec l'accord libano-israélien du 17 mai 1983", a déclaré Joumblatt, un des piliers de la majorité parlementaire opposée à toute influence syrienne au Liban eLe soulèvement des milices libanaises prosyriennes, notamment celles du Parti socialiste progressiste (PSP) de Joumblatt et du mouvement chiite Amal, avaient à l'époque fragilisé le régime du président libanais Amine Gemayel, qui avait négocié sous le parrainage des Etats-Unis un accord de paix avec Israël, après l'invasion du Liban par l'Etat juif en 1982. "Ghazi Kanaan nous a également soutenus dans notre combat en 1989 contre la rébellion du général Michel Aoun qui a permis d'aboutir à l'accord de Taef (1989) qui a mis fin à la guerre civile libanaise". A la tête d'un gouvernement de militaires chrétiens, le général Aoun a été contraint de quitter le pouvoir en 1990 par une offensive militaire syro-libanaise. "Ghazi Kanaan a ensuite aidé au désarmement des milices libanaises, à l'exception de celle de la Résistance islamique contre Israël (le Hezbollah, NDLR) et à la restauration de l'Unité nationale et de l'Etat libanais", a-t-il dit. "Il était enfin contre la prorogation du mandat du président (Emile) Lahoud, car il savait que cela allait isoler la Syrie et provoquer la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l'Onu, mais il n'a rien pu faire", a-t-il indiqué.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com