Petits métiers ramadanesques : Couleurs, senteurs et savoir-faire !





Comme chaque année et à pareille période de jeûne, Tunis, avec ses artères et venelles, ses grandes places et impasses se prête à cœur joie, comme toutes les villes du pays, pour accueillir des petits métiers ramadanesques qui s’éclipsent au moment de l’apparition des premières lueurs du Croissant de l’Aïd. Une tournée à la va-vite dans un quartier populaire de la capitale... Tunis - Le Quotidien Ici, nous ne sommes ni à Champion ni à Carrefour ou Géant qui vient d’ouvrir ses portes, il y a une quinzaine de jours. Des grandes surfaces où on trouve de tout. Du plat prêt à réchauffer au prêt-à-porter en passant par les rayons de parfumerie, vaisselle et autres produits conservés, congelés ou surgelés. Sans oublier bien-sûr celui de l’électroménager qui prend des couleurs tous les mois de Ramadan et écrase tous les prix... A volonté. Nous ne sommes pas non plus dans un quartier résidentiel ou huppé d’El Manar, El Menzah, Ennasr ou de la banlieue-Nord de Tunis. Nous sommes bien au cœur de la capitale, peuplée de gens de la masse. Qui tournent en rond dans un gigantesque marché à ciel ouvert. Ici aussi, il y a de tout et de toutes les couleurs mais à des prix plus alléchants (peut-être!) ou plus cléments. Le tout est offert à même le sol, sur des trottoirs qui ne sont plus des trottoirs. Hier matin, il a fait doux sur Tunis. Le ciel était bien dégagé et la ville très mouvementée. Nous sommes du côté de Bab El-Khadhra. La circulation est étouffante. Ca ne roule pas. Heureux sont les piétons qui peuvent se glisser entre les véhicules de diverses catégories et lécher de leurs vêtements leur tôle souillée et poussiéreuse. Heureuse aussi ces ménagères qui, le couffin à la main, prennent tout leur temps pour caresser par le regard des produits mis dans des tonneaux en plastique, dans des sacs en toile de jute ou autres récipients cylindriques. Mais leur regard se braque aussi sur ces petits étalages où les prix sont séduisants et l’offre est du “fait maison”. Ici, on vend du frais, du naturel et à petites portions. * Rites et mérites “J’ai presque tout chez moi, mais il m’est quasiment impossible de ne pas faire un tour ici. C’est rituel chez moi. Et, chaque fois, je rentre avec quelques courses, un petit sachet de thym, de coriandre, de menthe séchée ou autres denrées impérissables.Mais je rentre et surtout avec des idées et des trouvailles pour le menu du soir. Je croise d’autres femmes, on échange des paroles et des astuces et on finit par avoir mille et un plats en tête...” nous raconte Zeïneb, la cinquantaine triomphante, qui était en train de tripoter quelques fruits disposés sur une brouette. Sans délicatesse et sans avoir l’intention d’en acheter. Au trottoir d’à-côté, il y a foule autour du “stand” de tante Meherzia. Il paraît qu’elle fait de la bonne “melsouka”. “Depuis des années, cette bonne dame nous a habitués de la qualité de ses “hlalems”, “nwassers” et autres pâtes traditionnelles. Nous lui sommes des fidèles parmi les fidèles et elle est très propre. Vous savez, cette femme est veuve depuis qu’on l’a connue. Elle a élevé seule ses deux filles, aujourd’hui à l’université et elle s’est même acheté un petit studio, du côté de Bab Saâdoun”, nous raconte Dalila qui vient de mettre dans son panier en plastique sa demi-douzaine de feuilles de melsouka qu’elle a payée à 300 millimes. A quelques centimètres de Meherzia, en pleine bousculade au marché Sidi El-Bahri, une camionnette de type Peugeot s’est métamorphosée en un magasin ambulant de “zlabia”, “mkhareq” et autres sucreries venues de Béja et Mejez El Bab. Le tout est offert à des prix très doux. Ici, on peut se permettre de toucher et de choisir ce qui nous plaît. A une seule enjambée, sur une sorte de tréteau, couvert d’une nappe en plastique, quelques petits tas de fromage blanc, de la forme ronde à l’ovale attirent le regard des passants. Qui, poussés par un creux dans le ventre, finissent par en acheter. Sur le même trottoir, un vieillard de presque soixante-dix ans, assis sur un petit tabouret devant une planche en guise de table où il a disposé du pain “tabouna”, petites portions rondes encore chaudes. L’odeur a éveillé en nous un appétit refoulé. Et au lieu d’en prendre un ou deux, on se trouve avec quatre dans le couffin. Mais qui fait ce pain? “C’est ma belle fille qui le pétrit et le prépare. Mon fils, étant handicapé et ne pouvant pas travailler, c’est donc moi qui le vend. Et pendant le mois Saint, on en vend beaucoup. Dieu merci, car on a tant de bouches à nourrir...” nous a répondu modestement “Am El Haj”. C’est comme ça qu’on l’appelle ici. Hayet se tient debout devant sa brouette, le portable collé à l’oreille et expose plusieurs sachets transparents remplis de “homsia”, “gelgelia” et autres sucreries à base de sésame, pois-chiches, cacahouètes, amandes..., généreusement trempées dans un sirop à base de produits chimiques aux couleurs vives d’un vert pistache ou d’un rouge grenadine. Hayet se plaît-elle vraiment dans ce métier? “Je n’ai pas le choix. Et je gagne bien ma vie sans frais ni impôts... J’ai pas mal de trous à boucher, surtout que l’Aïd s’approche à grands pas et les enfants manquent de tout. Puis, il n’y a pas de honte à travailler dans l’honneur”, nous a répondu sans gêne la jeune dame d’à peine trente ans. Elle était moulée dans son jean. Hayet nous a servi avec le sourire avant de nous rendre le reste de la monnaie qu'elle a faite chez l’épicier d’en face. Comme Meherzia, Am El Haj et Hayet, ils sont nombreux à envahir trottoirs et chaussées. Ils sont là momentanément, le temps d’un mois des plus pieux dont amour du prochain, bonté, générosité sont la base. Ces petits métiers sont presque tolérés. On fait semblant de ne pas les remarquer. Surtout qu’ils ne sont pas de longue durée et sont loin d’affecter les bourses. Au contraire, ici, c’est frais, c’est fait maison, c’est pétri avec tant de chaleur humaine et fait pour toutes les bourses. Que demande de plus le salarié moyen ou autre à budget limité? Tant qu’il y a le sourire... Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com