Ces Tunisiennes qui vivent seules : Ramadan en communauté





Pour travailler ou pour poursuivre leurs études, beaucoup de filles quittent leurs familles et s’installent seules dans la capitale. Pendant Ramadan, elles font des efforts supplémentaires pour avoir une ambiance chaleureuse chez elles. Tunis-Le Quotidien A Tunis, il y a de plus en plus de célibataires qui vivent seuls. Loin de leurs familles, ils n’ont pour choix que de louer une maison. En cohabitation ou carrément au «singulier», ces gens mènent un rythme de vie spécial. Des fois, d’aucuns pensent qu’ils ont de la chance d’être libres et d’autres fois on les plaint pour cette solitude souvent désagréable. Elle l’est doublement pendant les fêtes religieuses. Actuellement, c’est l’une des périodes au cours desquelles ces personnes doivent assumer le rituel quotidien du mois de Ramadan. La cuisine les occupe principalement. En tout cas, dans le camp des filles à Tunis loin de leurs familles, le mois sacré est une occasion sans pareil pour renouer régulièrement avec l’art culinaire. Ces filles qui sont étudiantes ou travaillent ne font pas la cuisine tous les jours en temps normal. Faute de temps ou à cause de la fatigue, elles préfèrent souvent manger dehors à la va-vite ou alors préparer un plat «fast» qui ne les retiendrait pas beaucoup. Mais pendant Ramadan, le dîner est sacré. Beaucoup d’entre elles cotisent pour faire les courses de ce mois. Certes la collecte de cet argent leur occasionne très souvent des difficultés. Mais elles finissent toujours par s’arranger, quitte à écarter les moins engagées dans ces dépenses. Houda Souilem est étudiante. Elle termine cette année. Elle habite à Lafayette avec deux autres filles qui travaillent. Elles ont convenu bien avant Ramadan de partir ensemble dans la grande surface du quartier pour acheter tout le nécessaire. «Mais le jour «J», l’une d’entre nous a rouspété. Elle a trouvé que la somme que chacune devait débourser n’était pas dans ses cordes et surtout exagérée». Au bout de longues négociations, elle a admis que cinquante dinars était une part correcte. Aujourd’hui, les trois colocatrices se régalent à fond. Houda avoue qu’elle s’amuse très bien avec ses copines qui sont compréhensives vis-à-vis d’elle. «Comme je dois rentrer un peu plus tard que les deux autres, elles commencent seules à cuisiner. Ensuite, je les rejoins. Je fais la vaisselle et je prépare la salade. Après l’Iftar, chaque jour deux d’entre nous font la vaisselle du dîner et la troisième débarrasse la table». A El Menzah VII, Héla Turki et Asma Bouaouina partagent un appartement depuis quelques mois. Les deux travaillent. Leurs après-midis sont serrés. Elles sont donc obligées de bien planifier leur temps pour ne pas râter le dîner. «J’arrive à la maison vers 15h30. Je travaille à la banlieue Sud et je rentre en pleine heure de pointe». Quant à sa copine, elle a des horaires hebdomadaires. Elle peut quitter à 13h30 comme à 16h00. «On se débrouille de sorte à avoir toujours un ou deux plats presque cuits». Côté ambiance, les filles s’éclatent durant Ramadan. Elles ont tous les jours de la visite. «Nos amies viennent chez nous et on dîne ensemble». Ce qui résout une bonne partie du problème de la cuisine. Les invitées ne débarquent jamais les mains vides. Salée ou sucrée, elles ramènent quelque chose avec elles. Solidarité Par ailleurs, Sonia Rdissi et ses colocatrices ont un autre plan. Comme elles ont d’autres amies qui vivent seules, elles ont programmé de dîner chaque soir dans une maison. Les trois groupes savent d’ores et déjà quel sera leur tour. Sonia habite à Ennasr II. Le deuxième groupe habite à Ennasr I et le troisième à El Menzah VIII. Toutes les filles dont certaines travaillent et d’autres poursuivent leurs études mettent la main à la pâte. «Même lorsque le tour du dîner n’est pas le nôtre on ne peut pas s’empêcher d’aider les autres. L’ambiance est géniale. C’est la première fois que je me trouve dans un groupe aussi important et je ne le regrette pas». Il faut dire que les filles ne se privent de rien. Elles préparent tout ce qu’il faut des bricks à la salade en passant par la soupe et le plat de résistance. Elles n’hésitent pas non plus à concocter des petits plats pour varier la table. En effet, on croise très souvent des jeunes filles dans les grandes surfaces ou les marchés en train de faire leurs courses. Dans les pâtisseries aussi, elles se chouchoutent avec des douceurs irrésistibles pour les soirées. Avec cette vie commune et ces rassemblements chaleureux, elles essaient tant bien que mal de combler le vide de l’absence de la famille. M.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com