Couleurs Jazz IV : Petites musiques de nuit





Un Wajdi Cherif au piano, un Hamdi Makhlouf au luth, un Philippe Foch aux percussions, une belle soirée d’ouverture et un jeune public aux anges. Sous le label du jazz oriental, beaucoup de musiciens orientaux et occidentaux ont tenté de réinventer à la fois la musique orientale et le jazz. En Tunisie, Anouar Brahem, au début de sa carrière, notamment dans ses «Rencontres 88», Faouzi Chekili ou encore Mounir Troudi, se sont essayés à cet exercice avec plus ou moins de réussite. Le pianiste Wajdi Cherif essaie de pousser cette démarche le plus loin possible. Il nous a donné un aperçu de ses recherches dans cette voie au cours du concert qu’il a donné mardi dernier en ouverture de la 4ème session du festival Couleurs Jazz au Palais Ennejma Ezzahra à Sidi Bou Saïd dans le cadre d’une coopération tuniso-belge, le Centre des Musiques arabes et méditerranéennes à Tunis (CMAM) d’un côté et la Délégation de la Communauté française de Belgique en Tunisie (Délégation Wallonie de Bruxelles) de l’autre. Le pianiste, qui était accompagné du percussionniste belge Philippe Foch et du luthiste et chanteur tunisien Hamdi Makhlouf -en voilà un autre qui promet- a présenté des extraits de son premier album «Phrygian Istikhbar» (improvisation en arabe littéraire et le mode phyrien en anglais), sortit en 2003 chez Wech Records et d’autres tirés de son second album qui sortira prochainement chez le même éditeur, joliment intitulé «Jasmine». Le public a eu droit à «Voyage», «Waïting for Paris», «Phygian Istikhbar», «Marseille», «Carnet de voyage», «Say Something» et un hommage à la grande Saliha nationale dans «Saliha’s Tribute». Dans tous ces morceaux ne dépassant pas les 7 minutes, les sonorités pures, tendres et paisibles du piano sont doucement accompagnées par des percussions et des cordes tout aussi amicales. La musique de Wajdi Cherif dégage une certaine sérénité. On est dans une sorte de méditation, de contemplation, de promenade mystique. Petites musiques de nuit, les morceaux joués par le trio renvoient à des paysages méditerranéens ou marins avec un chuchotement de vagues, un crépitement de feuilles mortes, un murmure d’eau. Ni orientales ni occidentales, les notes mélodiques de Wajdi Cherif se situent dans un entre-deux : la fusion qui est recherchée n’est jamais totale, chaque son gardant son timbre authentique comme un gage d’enracinement. Les jeunes amateurs, très nombreux parmi l’assistance, ont beaucoup apprécié, ce qui était pour certains d’entre eux une découverte. Les mélanges, on le sait, peuvent dérouter parfois. Quand ils sont soigneusement dosés et portés par une inspiration très personnelle, ils se laissent facilement écouter. C'est le cas des compositions de ce pianiste autodidacte qui a commencé sa carrière en Tunisie et qui vit aujourd’hui à Paris, passage obligé pour tout artiste cherchant à donner à ses créations une dimension et un rayonnement internationaux. Zohra ABID _________________________________ Mélodieusement fusionné Wajdi Cherif est venu à la musique quasiment seul. En écoutant et dès l’âge de six ans beaucoup de musiques. Son itinéraire est aussi parsemé de plusieurs participations avec les bêtes de la scène nationale et internationale. Il s’est notamment produit avec le metteur en scène Fadhel Jaziri. Sa première rencontre remonte à 1998 quand il a accompagné son aîné Faouzi Chekili. C’était à Tabarka, puis au Festival international d’El Jem. Le jeune pianiste se veut ambitieux et il a tout à fait raison. Alors, il se lance dans la composition et se créé un style. A Paris, où il réside actuellement, il étudie le jazz. Ce qui explique la présence de ce genre ponctué d’improvisations dans sa musique. Une musique qui grouille d’éléments différents où on trouve les couleurs latino-américaines, la musique arabe et tunisienne. Le public convié avant-hier soir à la Maison du Baron d’Erlanger (Ennejma Ezzahra) ne nous démentira pas. Surtout dans l’hommage à Saliha «Saliha’s Tribute», et le dernier morceaux «Voyage», qui était un vrai voyage de bonheur entre toutes les couleurs, qui valse dans la gamme de douze tons occidentaux. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com