Tabarka Raï Festival : Le Raï, le corps et l’âme !





Le Raï a été et il est encore le rapport de communication et d’expression d’une jeunesse opprimée qui vit mal son quotidien. Le festival du Raï à Tabarka en témoigne. Quatre ans déjà et l’aventure continue à Tabarka. Faut-il rappeler que la création d’un festival pour cette musique qui n’est pas la nôtre est venue pour réussir la stratégie de promotion du produit touristique de Tabarka ? Et encore : pour allonger la saison touristique et assurer la survie de cette station balnéaire de charme même pour quelques jours de plus. Quatre ans pleins de souvenirs et de découvertes est l’âge de ce festival. Aujourd’hui, ce petit festival dont la durée ne dépasse pas les trois nuitées a réussi à fidéliser son public et à faire de cette rencontre, une vraie fête pour le Raï, une fête pour cette musique qui a pu aller loin grâce à la persévérance et à la rigueur d’une brochette des pionniers du Raï. Cheikha Rimitti, une légende vivante de cette musique qu’on a vu défiler sur la scène de Tabarka et on a vu le plaisir d’écouter son histoire amère- douce avec le Raï qui a duré de décennies. Cheb Sahraoui, Chebba Fadhila, l’Orchestre National de Barbès (ONB), Hakim Salhi, Cheb Karim... et d’autres chanteurs algériens ont fait les belles soirées de cette ville de charme qui a ouvert, comme d’habitude, généreusement, ses bras pour accueillir d’autres artistes qui ont choisi de défendre les couleurs algériennes via cette musique. La soirée d’ouverture du Festival du Raï à Tabarka, avant-hier, s’inscrit dans ce contexte économique, touristique, artistique et essentiellement social. Dès la première chanson, la basilique s’est transformée en une fête de mariage traditionnel à l’algérienne. Et ce n’est plus étonnant ! Car, ainsi est né le Raï et c’est dans les fêtes de mariage que les chanteurs algériens ont fait leurs premiers pas. Les Algériens qui ont été nombreux à assister à cette soirée n’ont pas raté cette occasion pour faire la fête. Le défoulement est le mot clef de la soirée ! Tous, ils étaient en quête de ce bonheur perdu depuis quelques années et durant cette période de crise qu’a connu, il y a quelque temps, l'Algérie. Aujourd’hui, les Algériens ont retrouvé ces moments précieux de bonheur et ont choisi de faire la fête à Tabarka surtout qu’une bonne petite heure suffit pour être ici ou là. * Entre le Cheb et la Chebba La soirée d’ouverture de cette 4ème édition a présenté deux voix algériennes qui ne sont pas très connues par le grand public tunisien : Cheb Jaloul et Chebba Janet. Sur le son de la darbouka, instrument de base pour la musique Raï, les Algériens ont dansé, les Tunisiens aussi par passion et solidarité et voilà, la basilique qui se transforme tout d’un coup en un espace de danse. Cheb Jaloul qui a donné le coup d’envoi de cette soirée a choisi de s’inscrire dans ce courant pour réussir sa prestation et de satisfaire ce public venu, essentiellement, pour danser. Interprétant le répertoire à succès de l’Orchestre national de Barbès, Cheb Jaloul a fait vibrer la basilique. Doté d’une forte et pure voix, ce chanteur s’est contenté de réchauffer les chansons réussies de l’ONB et d’interpréter deux chansons de son propre répertoire : «Ashab Al-Youm» et «Chira Elli Tibghini». Côté présence scénique, Cheb Jaloul a beaucoup à faire sur ce plan, durant toute sa prestation qui a duré plus qu’une heure, le chanteur algérien est resté bloqué devant le micro se contentant de quelques petits déplacements observant ce public qui s’est donné corps et âme au chant et à la danse. Très applaudi par le public, Cheb Jaloul a choisi de devenir l'animateur de la soirée en présentant Chebba Janet, une nouvelle voix féminine qui s’ajoute à la scène musicale algérienne, une scène où les femmes qui chantent le Raï se comptent sur les bouts des doigts. Avec elle, on a découvert que le Raï s’embellit dans le sens où l’image du chanteur du Raï aujourd’hui a délaissé l’ancienne image de ce chanteur en Jeans avec un look qui va de pair avec les sujets de cette musique. Mais, cette ancienne image n’est-elle pas une composante de l’âme du Raï ? N’est-elle pas la traduction visuelle de ces souffrances chantées ? Pour sa prestation au Festival du Raï à Tabarka, Chebba Janet a choisi de présenter une nouvelle image du chanteur du Raï. La fille d’Oran a pu facilement attirer l’attention du public par sa bonne présence scénique aussi bien que par sa belle et agréable voix. Quatre ans de parcours, Chebba Janet a déjà à son compte plusieurs albums dont les plus connus «Aroussa wa Arouss» et «Declarite». A ses premiers pas, Chebba Janet a fait plusieurs tournées en France, en Angleterre... et bientôt au Canada et des prestations avec deux vedettes du Raï. Cheb Khaled et Cheb Mami. «Matloumounich», «Aroussa wa Arouss», «Declarite» et d’autres tubes qui ont été sollicités par le public ont fait le menu de la prestation de Janet qui n’a pas dépassé une heure. En interprétant ces chansons, plusieurs compositions tunisiennes ont marqué leur présence : «Yama Lasmar Douni» et «Sidi Mansour» avec des paroles mi-algériennes, mi-tunisiennes. Pourquoi ce choix ? Chebba Janet nous a répondu qu’elle a choisi «de faire un mariage entre le patrimoine musical tunisien et algérien». Côté public, cette soirée d’ouverture a pu répondre à toutes les attentes. Artistiquement, Cheb Jaloul et Chebba Janet ont beaucoup à faire pour qu’ils puissent vraiment représenter cette musique qui a été toujours le symbole de la révolte contre un quotidien amer. Chantant l’amour, l’amitié, le deuil, la guerre, l’alcool, les problèmes de l’émigration, Jaloul et Janet n’ont pas pu transmettre fidèlement les messages de ces chansons à cette jeunesse, une jeunesse qui a été à la basilique pour écouter une musique libre et libérée, pour oublier ses soucis... Bref pour se guérir de ses maux. Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com