Saida Dridi : La passion du feu





L’enfant de Chatt Ezzouhour qui a ouvert les yeux dans le giron d’une maman potière se trimballe aujourd’hui, de par le monde, avec ses œuvres en céramique. Dans son travail, il y a beaucoup de professionnalisme et de poésie. Bien qu’elle ait ses maîtres, comme Khaled Ben Slimane dont la Maison des Arts s’apprête à présenter une rétrospective de ses œuvres, la céramique d’art reste en Tunisie un art mineur. Comme toutes les autres disciplines artistiques, cet art du feu recèle pourtant d’immenses ressources d’expression, de créativité et de recherche des formes et des matières. Saida Dridi, un de nos jeunes talents dans ce domaine en est en tout cas persuadée. L’artiste est rentrée le 18 août dernier d’un périple artistique qui l’a menée à l’international Macsabal Woodfire Festival qui s’est tenu à Gœsan en Corée et à Zibo en Chine, où elle a reçu un troisième prix honorifique pour des travaux qu’elle a réalisés sur place. Plus que le prix, Saïda Dridi a mis à profit le mois passé en Asie pour faire la connaissance d’une soixantaine de céramistes venus du monde entier et de se familiariser avec leur démarche et leur technique. Ce fut donc pour elle une expérience enrichissante, qui lui a ouvert des perspectives d’échange, d’exploration et de découverte de ce qui se fait de mieux dans le monde en matière de céramique d’art. Saïda Dridi sait cependant qu’il lui reste beaucoup à faire, elle et ses collègues céramistes, pour promouvoir leur art et l’imposer comme une expression artistique majeure en Tunisie où la céramique est très développée sur les plans industriel et artisanal. Née le 5 août 1975 à Chatt Ezzouhour, un petit village situé entre Korba et Menzel Témime dans la région du Cap-Bon, Saïda Dridi a appris à pétrir et à modeler l’argile en aidant sa mère à réaliser des poteries paysannes (canoun, ghannay, tebsi et autres ustensiles de cuisine). Après des études secondaires au lycée de Menzel Témime, en pensionnaire et supérieures aux Beaux-Arts de Tunis, où elle s’est familiarisée avec la peinture, la photo et la vidéo, Saïda Dridi est revenue à sa passion de toujours : la céramique. Elle a ainsi suivi un stage au Musée national de la céramique à Sidi Kacem El Jlizi à Tunis (1998-1999), un second stage en usine de Tunisie Porcelaine de Naâssan, un troisième à l’usine Gastli, un quatrième à l’entreprise Ennaïm à Nabeul (1999) et un autre de quatre mois en 2001 à l’Institut de céramique de Sèvres à Paris. «J’ai appris les compositions et l’équilibre des formes et des couleurs. J’ai affiné aussi mes techniques. Ce qui m’a permis d’asseoir ma vocation sur des bases académiques», explique Saïda Dridi, qui a profité de son séjour à Paris pour visiter les Musées, consulter les livres et les revues et les collections consacrées à la céramique d’art. De retour en Tunisie, elle s’est beaucoup dépensée pour réunir les sommes nécessaires à la construction de son propre four, chez elle à Chatt Ezzouhour où elle a aménagé un autre espace pour son atelier, pas loin de Nabeul où elle travaille dans le Centre sectoriel de la formation aux Arts du feu. «Au début, j’allais voir les potiers de Nabeul pour cuire mes œuvres dans leur four. Ces derniers esquintaient parfois mes travaux sans même se rendre compte du mal qu’ils me faisaient même ni d’ailleurs le regretter. Ils n’avaient pas conscience d’avoir affaire à des objets d’art. Cela me faisait beaucoup souffrir et il m’est arrivé de rentrer à la maison en sanglot», raconte l’artiste qui expose assez régulièrement en Tunisie et à l’étranger et qui vend désormais une bonne partie de ses œuvres. Elle a donc aujourd'hui les moyens de s’équiper, de voyager et de s’épanouir en pratiquant son art. Qu’elle exerce avec un rare professionnalisme. Ses projets immédiats : des expositions un peu partout dans nos galeries. Mais aussi et à l’invitation de la Fondation Orestiadi, Saïda Dridi, membre de l’Association internationale des Artistes plasticiens (UNESCO), l’Union des Artistes plasticiens de Tunis et à l’Ecume (Echange culturels en Méditerranéen) sera parmi les participants de la manifestation qui se tiendra dans quleques jours à Palerme et à Paté en Italie. Elle a déposé ses œuvres le 25 juin dernier. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com