Les Palestiniens indignés : Sharon engrange les dividendes du retrait





Les Palestiniens ont accusé hier le Premier ministre israélien Ariel Sharon d'exploiter le retrait de la Bande de Gaza pour engranger des gains diplomatiques à l'ONU sans avancer sur la voie de la paix. Le Quotidien-Agences Le ministre palestinien du Plan Ghassan Al-Khatib a qualifié de "sans crédibilité" et "décevants" les propos de Sharon devant l'Assemblée générale de l'ONU, dans lesquels il a appelé les Palestiniens à "prouver qu'ils veulent la paix". "C'était un discours de relations publiques destiné à exploiter le retrait de la Bande de Gaza pour engranger des gains diplomatiques, ni plus ni moins", a déclaré Khatib. "La poursuite de la politique de colonisation et la construction du mur (de séparation en Cisjordanie) font que les propos de Sharon sont sans crédibilité", a-t-il ajouté, qualifiant le discours de Sharon de "décevant". Sharon a déclaré avant-hier à la tribune des Nations Unies qu'après le retrait israélien de la Bande de Gaza, "c'est maintenant aux Palestiniens de prouver qu'ils veulent la paix". "Le test le plus important auquel la direction palestinienne va être confrontée sera de remplir ses engagements de supprimer le terrorisme et ses infrastructures", a ajouté le dirigeant israélien, au deuxième jour du Sommet marquant le 60ème anniversaire de l'ONU. Il a affirmé que son pays était attaché à la "Feuille de route", le dernier plan de paix international en date, estimant que "le succès de la mise en œuvre du retrait crée une opportunité pour avancer vers la paix". "Nous les respectons (les Palestiniens) et nous n'avons aucune envie de les diriger. Ils ont aussi droit à la liberté et à une souveraineté nationale dans leur propre Etat", a-t-il ajouté. Khatib a affirmé que les Palestiniens auraient préféré que Sharon se dise prêt, après le retrait, "à reprendre les négociations bilatérales sur la base de la Feuille de route". Restée lettre morte depuis son lancement à l'été 2003, la Feuille de route prévoit la création d'un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, en principe dès 2005. Commentant les propos de Sharon sur le droit des Palestiniens à avoir leur propre Etat, le négociateur palestinien en chef Saeb Erakat a pour sa part appelé le chef du gouvernement israélien de joindre l'acte à la parole. "Il ne suffit pas de faire des déclarations. Il faut mettre fin à l'occupation et à la colonisation", a affirmé Erakat. Il a appelé le gouvernement israélien "à relancer le processus de paix en vue d'un règlement permanent fixant les frontières, le statut d’Al Qods et celui des réfugiés palestiniens". Dans son discours, Sharon a également appelé les Palestiniens à "bâtir une société aspirant à la paix, développée, libre, transparente et respectant la loi". "Israël nous demande d'assumer nos responsabilités dans la Bande de Gaza alors même qu'il nous a laissé un territoire assiégé et maintenu son contrôle sur les entrées et sorties. Par conséquent, Israël reste responsable en tant que force occupante" pour la Bande de Gaza, a rétorqué Khatib. Erakat a pour sa part souligné que le leader palestinien Mahmoud Abbas a déjà fait savoir dans son discours à la nation mercredi qu'il était "totalement attaché au principe du monopole des armes" revenant aux services de sécurité palestiniens, pour mettre fin au chaos sécuritaire dans la Bande de Gaza. "La situation actuelle dans la Bande de Gaza n'est pas le fruit de négociations mais de décisions (israéliennes) unilatérales. Beaucoup de choses ont été faites sans que nous en soyons informés, mais en fin de compte nous allons assumer toutes nos responsabilités, y compris dans le domaine sécuritaire", a-t-il assuré. ___________________________________ Créant une “zone de sécurité” : Israël isole la Bande de Gaza Al Qods occupée-Agences Israël veut isoler la bande de Gaza et prévenir les infiltrations de Palestiniens avec l'élargissement, annoncé hier, d'une "zone de sécurité", qui va empiéter de 150 mètres sur le nord de ce territoire palestinien. Cette mesure a été expliquée par la confusion régnant dans la Bande de Gaza depuis le départ lundi des troupes israéliennes après 38 ans d'occupation. Des milliers de Palestiniens ont franchi sans contrôle la frontière entre le sud de la Bande de Gaza et l'Egypte depuis lundi, suscitant des critiques de la part d'Israël. En réponse à cette situation, le ministre de la Défense Shaoul Mofaz a ordonné d'élargir la "zone de sécurité" du côté palestinien dans le nord de la bande de Gaza "afin d'éloigner le danger représenté pour les localités israéliennes par le chaos régnant dans la Bande de Gaza", a affirmé une porte-parole du ministère de la Défense. "Cette zone de sécurité se présentera sous la forme d'une clôture électronique ou d'un mur, l'essentiel est de créer un no man's land dont l'accès sera interdit aux Palestiniens", a ajouté la porte-parole. En réaction, le ministre palestinien au Plan, Ghassan Al-Khatib, a accusé Israël de continuer à se comporter en "force occupante". "Des zones de sécurité doivent se situer entre deux Etats et faire l'objet d'un accord, mais les Israéliens agissent de façon unilatérale. Ils ne nous ont pas consultés", a affirmé Khatib. "Malgré le retrait, Israël est toujours une force d'occupation et part de ce principe pour agir", a-t-il déploré. Pour compléter le dispositif d'isolement de la bande de Gaza, Mofaz a ordonné de renforcer les contrôles de sécurité à Erez et Karni, les deux principaux points d'entrée pour les passagers et les marchandises de la bande de Gaza vers Israël et la Cisjordanie. ___________________________________ Appel aux investissements New York-Agences La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, le Premier ministre britannique Tony Blair, le Roi Abdallah II et l'ancien président américain Bill Clinton, réunis à New York, ont appelé au développement des investissements dans la bande de Gaza. "Il y a beaucoup de pauvreté et de désespérance (à Gaza), mais il y a un nouvel espoir grâce au retrait d'Israël" du territoire, a dit Rice, lors d'un débat informel en ouverture du sommet organisé par Bill Clinton sur les grands défis mondiaux. "La vraie clé du succès sera quand Gaza aura une économie capable d'attirer les investissements et créer des emplois". La responsable américaine a loué "l'énergie et l'esprit d'entreprise" des Palestiniens, appelant les investisseurs à s'engager, relevant que cela concerne autant le secteur privé que les gouvernements, devant un parterre de plusieurs centaines de politiques, décideurs et entrepreneurs du monde entier. Tandis que Tony Blair appelait "à s'impliquer", Bill Clinton, qui jouait le modérateur entre ses invités assis dans des fauteuils blancs, suggérait la mise en place d'une "assurance anti-terrorisme" pour encourager le secteur privé à se lancer dans cette région instable. "Je pense que ça peut faire une grande différence", a dit l'ex-chef d'Etat. L'économie est "un défi majeur... Pour donner une chance à la paix, créer l'espoir, nous avons besoin du soutien de la communauté internationale, des ONG et du secteur privé", a insisté le roi Abdallah de Jordanie. "Si nous y parvenons, alors nous montrerons au peuple de Gaza et aux peuples de la région que la paix peut marcher".


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com