Centre de réhabilitation des Métiers d’art de Sadika Keskes : Le talent… tout feu, tout flamme





Au Centre de Réhabilitation des Métiers d’Art de Sadika Keskes, le verre a choisi de dévoiler les péripéties de son voyage dans le temps. Et c’est grâce à l’ingéniosité et à la dextérité d’une brochette de verriers de la Méditerranée qu’on revit cette histoire dans tous ses détails! Sur les hautes collines de Gammarth, l’artiste-verrière Sadika Keskes a planté le noyau de son rêve: son propre four. Ce four n’est qu’un maillon dans la chaîne de rêves de cette Tunisienne, aventurière dans le vrai sens du mot. En traversant la zone touristique vers le Centre de Réhabilitation des Métiers d’Art de Sadika Keskes, le beau rêve se dessine sur les rythmes de ces vagues déferlantes; les mouettes présentaient leurs propres tableaux chorégraphiques sur l’immense page bleue. Avant quelques mètres, le Centre de Réhabilitation des Métiers d’Art de Sadika Keskes attire l’attention par sa blancheur immaculée et par son style architectural particulier. Les interrogations se multiplient; la rencontre des verriers de la Méditerranée au Centre de Sadika Keskes, du 11 au 17 de ce mois, c’est-à-dire jusqu’à hier, était-elle fertile, inventive comme souhaitent les organisateurs? Cette rencontre est venue concrétiser le projet de l’UNESCO qui tient à développer le lien entre le savoir-faire traditionnel et les techniques modernes. “La Méditerranée est riche en savoir-faire, il y a beaucoup à connaître et à apprendre mais surtout à sauver et c’est dans ce contexte que l’UNESCO a choisi, depuis de nombreuses années, d’organiser des rencontres régionales et inter-régionales en Afrique, en Amérique Latine, en Asie-Pacifique et en Europe. Nous cherchons à encourager ces artisans en sauvegardant ce savoir-faire traditionnel”, explique Mme Denis Bax, représentante de la section des Arts de l’artisanat et du design de l’UNESCO à Paris. De petites lumières flottantes jaillissant de l’intérieur séduisent les visiteurs, guident leurs pas d’une salle à une autre, à la découverte de ces merveilles. Conçu sur le modèle d’une maison traditionnelle composée d’une vaste salle de réception, entourée de trois salons et une grande salle annexe, le Centre traduit bel et bien le regard artistique et esthétique de Sadika Keskes, l’une des maîtres de la verrerie. Des poufs en “margoum”, des “margoums”, des tissus colorés d’une teinture végétale… nous racontent les péripéties de ce rêve. * L’enfer, la lumière et le feu! Découvrant ces objets d’art exposés ici et là, Sadika Keskes, maîtresse des lieux invite les visiteurs avec un grand sourire à pénétrer dans son monde. Accompagnée d'artistes, de représentants de l’UNESCO et du ministère du Commerce et de l’Artisanat, Sadika Keskes a expliqué sous les yeux rêveurs et curieux des invités le processus du travail, les étapes qui ont marqué la naissance de ces objets de charme. Dans le grand four, l’histoire de l’humanité défile devant nos yeux; les portes de ce four, avec chaque mouvement, ressemblaient aux portes de l’enfer… C’est presque comme dans les films mythologiques ou de science-fiction. C’est ainsi que certains écrivains ont imaginé l’enfer, ce feu qui dévore le mal. Mais le feu n’est-il pas la lumière du savoir, cette lumière qui a permis à l’humanité d’évoluer? Cette chaleur a bouleversé l’imaginaire. L’historien Mohamed Hassine Fantar, titulaire de la Chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions s’anime en imaginant des scènes laissant libre cours à ses connaissances d’historien. “Quelle impressionnante chorégraphie! Le feu, en dansant harmonieusement dans le four, nous invite à un voyage magnifique dans le temps et j’imagine cet Homme qui découvrait, dans les temps reculés, le Feu! Dans ces fours, donc la matière pour donner le jour à une nouvelle matière; la mort et la naissance sont deux facettes de la vie. Cette ambiance me permet d’imaginer les artisans-verriers et durant plusieurs époques de l’histoire se donnant corps et âme à la fabrication des objets d’une beauté extraordinaire”, s’exprime Mohamed Hassine Fantar. Cette balade dans le grand four a permis aux visiteurs de découvrir les techniques du soufflage du verre. Hassan Ahmed Ali et Mohamed Abdelhay Ibrahim Mohamed, deux artistes verriers égyptiens traduisent les techniques pharaoniques où le souffleur exécute son travail assis. Pour les Tunisiens, le soufflage se fait debout, quant aux artistes italiens, un canapé impose sa présence pour le bon déroulement du travail. Passant à une autre salle, Sadika Keskes a tenu à nous montrer ces moules servant à faire fondre la matière. En haut, Norberto Moretti, artiste italien et grand spécialiste de l’ornement avec la feuille d’or, nous a dévoilé les secrets de ces jolis ornements qui donnent aux objets leurs dimensions artistiques et esthétiques. Avec un fil de pêche d’autres artistes s’activaient pour récupérer les déchets colorés de verre; un autre créneau que Sadika Keskes a développé pour les besoins de décoration. D’ailleurs, cette artiste a choisi de mettre l’histoire de ce “Verre voyageur”, le thème de cette rencontre noir sur blanc. “Je suis né du feu, au pays d’Egypte. Ma mère est de glaçure, et mon père de scories; mon être est de sable, mes enfants ont essaimé au fil du temps. J’ai subi des transformations et je me suis affiné. Je suis le regard, inquisiteur et protecteur à la fois, des dieux et des déesses. Fondu dans des moules et incrusté dans les bas-reliefs en bois précieux, j’ai incarné le profil divin des pharaons. Telle a été ma première expérience loin de mes parents; mais qui ne s’est pas arrêtée là, car mon chemin est long et ma vie pleine d’aventures et de changements”. Et cette rencontre au Centre de Réhabilitation des Métiers d’Art de Sadika Keskes n’est qu’une péripétie de ce voyage car les pièces réalisées lors de cette rencontre feront l’objet d’un catalogue et d’un documentaire de 25 minutes. En outre, cette exposition sera présente au Salon de l’Artisanat de Florence en Italie en février 2006, puis à Société d’Encouragement des Métiers d’Art à Paris en septembre 2006. Elle se déplacera par la suite en Espagne, à Venise et aux U.S.A. Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com