Après les législatives : L’Allemagne plonge dans l’incertitude





L'Allemagne s'est réveillée hier sans majorité claire et dans l'attente d'une longue bataille en coulisses, les législatives ayant donné à Angela Merkel une victoire a minima que lui conteste le chancelier Gerhard Schr?der. Le Quotidien-Agences D'après les résultats officiels préliminaires, un souffle seulement sépare la CDU-CSU de Merkel (35,2% des voix) du SPD de Schr?der (34,3%). Les libéraux du FDP prennent une troisième place inattendue, avec 9,8% des voix, devant le Parti de gauche à 8,7% et les Verts à 8,1%. Au Bundestag, avec 225 élus, les conservateurs n'auront que trois sièges de plus que les sociaux-démocrates. Le FDP obtient 61 sièges, les Verts 51 et le Parti de gauche 54. Les résultats définitifs ne seront connus qu'après le vote dans la circonscription de Dresde, en Saxe (Est), reporté au 2 octobre en raison du décès d'une candidate d'extrême-droite. * "La guerre des chanceliers» Angela Merkel, qui a reconnu qu'elle ne pourrait pas gouverner avec le seul FDP comme elle le prévoyait, devrait s'atteler la première à la tâche délicate de trouver une majorité au Bundestag. Mais celle qui pourrait devenir la première femme à diriger un gouvernement allemand sort affaiblie du scrutin. Sous sa direction, la CDU et son parti sœur, la CSU, ont fait moins bien qu'aux précédentes législatives, en 2002. Surtout, son ambitieux programme de réformes du marché du travail et de la fiscalité pourrait être sacrifié afin de parvenir à un accord de gouvernement avec son ou ses partenaires de coalition. Schr?der, que les sondages donnaient irrémédiablement distancé, a annoncé pour sa part que le SPD n'entrerait jamais dans une coalition dirigée par Merkel et a confié à ses lieutenants la tâche d'étudier les alliances possibles pour se maintenir à la tête du gouvernement. C'est "la guerre des chanceliers", a résumé hier le quotidien Bild. "Les semaines à venir appartiendront aux Machiavel et aux grands stratèges", prévient le Süddeutsche Zeitung. Ce résultat très serré accrédite la perspective d'une "grande coalition" SPD-CDU. Plusieurs dirigeants chrétiens-démocrates, dont le président de la CSU Edmund Stoiber, ont reconnu que cette hypothèse n'était "pas à exclure". Mais, au sortir d'une campagne électorale particulièrement âpre, l'hostilité entre les deux principales formations politiques du pays, leurs divergences sur la fiscalité, la politique étrangère, la protection sociale et la politique énergétique risquent d'interdire la conclusion d'un accord de ce type avant le 18 octobre, quand débutera officiellement la nouvelle législature. Gerhard Schr?der a insisté sur le retour spectaculaire du SPD, malgré "la manipulation médiatique" qui le plaçait hors course, et a assuré qu'il se sentait en mesure de conserver la tête du gouvernement fédéral. "Pensez-vous vraiment que mon parti acceptera de discuter avec Frau Merkel ?", déclarait-il tard dimanche soir. "J'ai le sentiment de disposer du mandat pour garantir qu'il y aura dans notre pays, au cours des quatre prochaines années, un gouvernement stable sous mon autorité." "La tâche de former le gouvernement revient au parti le plus représenté au Bundestag, je trouverai un moyen de discuter avec les sociaux-démocrates", a rétorqué Angela Merkel. * "Le pire des scénarios» Si la "grande coalition" SPD-CDU, comme en 1966-1969 sous la conduite de Kurt Georg Kiesinger, est impossible, une éventuelle alliance "rouge-jaune-verte" regroupant le SPD, le FDP et les Grünen, déjà expérimentée au niveau régional, pourrait être d'actualité. Le président des libéraux, Guido Westerwelle, a toutefois refusé une telle configuration, qui se heurte à d'importantes divergences en matière économique. "Mais avec le résultat étonnamment bon qu'ils ont obtenu, les libéraux ne peuvent pas dire qu'ils resteront à l'écart de la recherche d'un gouvernement stable", a estimé Sigmar Gabriel, membre de la direction du SPD. Une autre alliance, inédite celle-là, pourrait aussi être négociée entre la CDU, le FDP et les Verts. Ce rapprochement "noir-jaune-vert", les commentateurs l'ont déjà rebaptisé alliance "Jamaïque" en référence aux couleurs du drapeau de l'île des Caraïbes.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com