Mustapha Okbi : «Le public tunisien n’aime pas l’innovation»





L’Octobre musical de Carthage 2005 sera ouvert le 1er octobre par le spectacle autrichien “Spirit of Europe” qui sera présenté par un orchestre symphonique de 50 musiciens, originaires de toute l’Europe. Jusqu’au 30 octobre, le public verra 21 concerts de 20 pays présentés par des solistes, des orchestres de musique de chambre en duo, trio, quatuor, chant et chœur. Le programme est essentiellement consacré à la musique classique européenne. La Tunisienne Alia Sellami présentera cependant en clôture des airs d’opéra arabe. Le directeur de l’Acropolium de Carthage où se déroulera cette manifestation, Mustapha Okbi nous parle ici de la 11ème édition de son festival automnal, sous le signe de la “Grenade”, “symbole de joie et de générosité dans l’antiquité”. Ecoutons-le: L’Octobre musical coïncide cette année avec le Mois de ramadan, qui coïncide lui-même avec le Festival de la Médina. N’y a-t-il pas risque d’éparpillement du public? — Je ne pense pas. Les deux manifestations vont certes se chevaucher mais pour enrichir l’offre culturelle pendant le mois saint. Par ailleurs, chaque manifestation a son cachet, sa programmation distincte et son public. Le festival de la Médina est plus porté sur la musique orientale alors que nous, nous proposons surtout de la musique occidentale. Nous sommes donc complémentaires et rien n’empêche le public d’être attiré par les deux programmations. Comment élaborez-vous votre programme? — Dans chaque édition, chaque pays est représenté par un seul artiste ou ensemble. Cela est valable pour la Tunisie, pays hôte, qui sera représentée cette année par la chanteuse Alia Sellami. Notre soprano nous interprétera des airs d’opéra de l’Orient notamment des chansons de Laure Daccache, Farid Latrach et Ismahane. S’agissant de la participation étrangère, la plupart des pays qui coopèrent habituellement avec nous seront présents. Le Liban sera représenté pour la première fois cette année par la pianiste Mathilde-Sandra Cholakian. Comment s’opère le choix des invités? — Nos partenaires occidentaux connaissent le cachet du festival et les goûts de son public. Aussi, nous proposent-ils souvent ce qu'il y a de mieux dans leur pays dans le domaine de la musique classique. Par ailleurs, notre directrice artistique, la pianiste d’origine tunisienne, Roberte Mamou, repère des artistes pouvant se produire chez nous. Nous proposons ensemble, elle et moi, un certain nombre de solistes et d’orchestres à la Coopération internationale, notamment les services culturels des ambassades et nous essayons de les faire venir en Tunisie en conjuguant nos efforts. Qui paye quoi? — Ce sont les services culturels des ambassades qui prennent en charge les cachets et les frais du transport des artistes. Nous prenons en charge de notre côté le séjour et l’hébergement en partenariat avec notre partenaire principal l’ONTT. Quel est le profil du public? — L’Acropolium ne peut contenir plus de 600 places. Nous affichons rarement complet. Notre moyenne de fréquentation se situe autour de 300 personnes par soirée. Notre public est donc relativement confidentiel. Il est constitué de mélomanes et d’amateurs de musique classique occidentale qui sont à moitié nationaux et étrangers. Depuis quelques années, nous constatons une grande affluence de jeunes, pour la plupart des étudiants. D’une façon générale, la création musicale tunisienne est rare dans nos festivals. Comment expliquez-vous cette situation? — Nous avons en effet en Tunisie une carence dans le domaine de la création artistique et musicale. Il y a plusieurs raisons à cela. J’en citerai une qui me concerne directement: il y a peu d’espaces adaptés à la présentation de concerts musicaux. Nous en avons à peine deux ou trois au centre-ville de Tunis et autant en banlieue-nord. C’est très peu pour permettre aux orchestres de se produire de manière régulière. Il y a une autre cause qui me semble encore plus importante: le public tunisien n’aime pas l’innovation. Il préfère voir et écouter ce qu’il connaît déjà. Ce qui réduit énormément la marge de liberté d’expression des artistes. Un jour, Sonia M’barek était l’invitée d’une émission qui passait sur nos ondes et je l’ai entendue dire: “Il faut laisser éclore les talents: qu’il n’y ait plus de tabou pour laisser nos artistes s’exprimer et sincèrement, et surtout donner libre cours à leur imaginaire, rêver et nous laisser rêver…”. Honnêtement, je partage avec l’artiste la même idée. Il faut qu’il y ait des arrangements nouveaux et des couleurs nouvelles dans nos créations musicales. Interview conduite par Zohra ABID _________________________________ Les moments forts en 2005 “Les activités les plus caractéristiques de l’Acropolium en 2005 furent l’exposition “Africanité et universalité” commémorant le 1650ème anniversaire de la naissance d'un grand Carthaginois, Saint Augustin, le Festival de Jazz à Carthage d’avril, l’exposition “Rencontre en bleu” de plasticiens tunisiens et allemands, inaugurée fin mars, et la récente participation au Festival international de Carthage notamment avec le poète palestiniens Mahmoud Derouiche. Ces événements culturels témoignent du caractère éclectique de la programmation de l’Acropolium. L’Octobre musical qui a son propre rythme chaque automne est un événement qui bénéficie, depuis sa création en 1995, du soutien du ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, du ministère du Tourisme, de la municipalité de Carthage, de la coopération internationale et de fidèles mécènes”. _________________________________ Qui est Alia Sellami?La Tunisienne qui clôturera l’Octobre musical a aujourd’hui la trentaine triomphante. Elle adore chanter le jazz mais aussi tout genre musical et sous toutes ses coutures. Comment est-elle venue au chant? Réponse de l’artiste: “Encore enfant, j’ai été inscrite à la compagnie de danse “Iqaâ”? Et à travers la danse, j’ai découvert la musique. On m’a alors confiée aux conservatoires. je n’avais que dix ans”. Depuis, la petite fille qui a ouvert les yeux sur les claviers du piano a grandi et, au fil des années, elle s’est passionnée des “mouachahat”. Mais aussi du chant lyrique. A 18 ans, elle décroche son bac scientifique du lycée Carthage Résidence et s’envole à Paris pour des études en biologie. Mais au bout d’une année, elle change d’option et s’oriente à la Sorbonne-Paris 4 pour parfaire sa passion de toujours, la musique. En 1997, un passage obligatoire au Caire qui durera 3 ans. De son séjour au pays des Pharaons, elle a obtenu un premier rôle à l’Opéra du Caire. Actuellement, elle met les dernières petites touches de sa thèse de doctorat dont le thème est sur Ismahane et la musique des années 1930-1940 au Caire. Alia Sellami qui s’est produite à maintes reprises avec le maître du ûd Ali Sriti a donné d’autres concerts, notamment avec Faouzi Chekili. Après “La voix humaine de Poulenec” son premier CD, enregistré en 2000 à Paris, la soprano nous fera découvrir d’autres mélodies d’un nouveau CD enregistré aussi à Paris en novembre dernier. Et toujours avec son propre label: un mélange bien épicé d’Orient et d’Occident. Z.A. _________________________________ Rendez-Vous Samedi 1er octobre: L’ouverture avec “Spirit of Europe” Dimanche 02 octobre: Mathilde-Sandra Cholakian (Liban) Mardi 4 octobre: B d B (Espagne, Institut Cervantès) Mercredi 5 octobre: duo Houben / Vodenitcharov saxophone (Wallonie - Bruxelles) Jeudi 6 octobre: Daniel Wiesner, David Prosek et Thomas Prosek (Tchèquie). Vendredi 7 octobre: Quatuor: “Aronquartett” de Vienne (Autriche) Lundi 10 octobre: Ahmet Kanneci, guitare (Turquie) Mardi 11 octobre: “The Medit Chamber Player” (Malte) Mercredi 12 octobre: Jerrold Rubenstein et Dalila Ouziel (Etats-Unis) Jeudi 13 octobre: Michaela Constantin et Dumitru Sapcu (Roumanie) Vendredi 14 octobre: Gianluca Zampieri et Maurizio Colacicchi (Italie) Samedi 15 octobre: “Minguet Quartett” (Allemagne) Lundi 17 octobre: Chœur (Pays-Bas) Mercredi 19 octobre: “I Muvrini” (Corse, France) Jeudi 20 octobre: “Kyoko Nojima et Saori Frukawa” (Japon) Vendredi 21 octobre: “Quintette instrument à vent” (Suisse) Mardi 25 octobre: “Tremblay Trio” (Canada) Mercredi 26 octobre: “Duo Kemener-Ripoche” (France) Jeudi 27octobre: “Christian Leotta” (Italie) Samedi 29 octobre: “Patrycia Piekutowski et Edward Wolanin (Pologne) Dimanche 30 octobre: Alia Sellami, soprano (Tunisie)


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com