Flux migratoires maghrébins vers l’Europe : Les bons comptes font les bons expatriés…





Lésés par la fuite de leurs compétences formées à grands frais vers d’autres cieux, les pays du Maghreb semblent vouloir laisser tomber l’idée illusoire de stopper et d’organiser le retour définitif des cerveaux expatriés. Plutôt que de dénoncer le «brain drain», ils plaident en faveur de la mobilité coordonnée des compétences à condition que les diasporas maghrébines contribuent efficacement au développement de leurs pays d’origine... Tunis-Le Quotidien La fuite des ressources humaines de plus en plus hautement qualifiées vers la rive nord de la Méditerranée a toujours constitué une préoccupation aussi pesante qu’inextricable pour les pays maghrébins. Après avoir tenté vainement de partir à la chasse de leurs cerveaux expatriés pour les convaincre du retour définitif au bercail, les pays du Maghreb arabe changent de fusil d’épaule. Actuellement, les experts réfléchissent sur une solution «gagnant - gagnant» à même de mettre les diasporas maghrébines à contribution dans l’effort du développement. Une pléiade d’experts en immigration, syndicalistes et patrons maghrébins réunis à Tunis depuis hier dans le cadre du deuxième séminaire sous-régional maghrébin tripartite sur la «migration et le développement» organisé par l’Organisation internationale du travail (OIT) en collaboration avec le ministère des Affaires sociales, de la Solidarité et des Tunisiens à l'étranger, tentent d’explorer cette nouvelle voie. * Mobilité des compétences Trois études nationales réalisées en Tunisie, Algérie et Maroc et une étude régionale sur la migration et le développement ont abouti à des résultats très révélateurs. M. Saïb Musette, coordinateur principal de projet Migrant-Maghreb, a affirmé que les pays du Maghreb n’ont pas ratifié la quasi-totalité des conventions relatives à la libre circulation des travailleurs en soulignant la nécessité impérieuse de trouver une solution «gagnant-gagnant» dans le cadre de la mobilité des compétences qui tend à supplanter «l’exode des compétences» par ces temps de mondialisation. L’approche du projet Migrant-Maghreb consiste à réfléchir sur la manière dont ces élites maghrébines ayant plié bagages pourraient contribuer à la croissance de leurs pays d’origine pas uniquement par le biais de transferts de devises mais aussi en tant qu’investisseurs, pourvoyeurs de fonds et réservoir de compétences. Le temps où le chômeur sans qualification qui immigre à l’étranger pour subvenir aux besoins de sa famille restée au «bled» en lui transférant plus ou moins régulièrement une partie de son salaire est révolue. La migration maghrébine a subi une évolution importante tant dans son rythme et sa structure que dans son statut et ses apports dans les pays d’origine et d’accueil. Elle est devenue, en effet, un enjeu politique de grande importance pour les pouvoirs publics des deux rives de la Méditerranée. * Perspectives prometteuses Les syndicats ont un mot à dire en matière de gestion de flux migratoires maghrébins vers l’Europe. M. Rejeb Maâtoug, secrétaire général adjoint de la Conférence internationale des syndicats arabes (CISA) chargé de l’immigration et des affaires internationales a souligné que les perspectives d’immigration vers l’Europe s’avèrent prometteuses. Des études exhaustives confirment que le vieux continent aura besoin de 47 millions de travailleurs étrangers à l’horizon de 2050. Ceci dit, les opportunités d’immigration des maghrébins vers l’Europe vont se multiplier. Le conférencier précise, toutefois, que cette multiplication requiert la mise en place d’un mécanisme chargé de l’organisation des flux migratoires. M. Abdelmajid Sahnaoui, secrétaire général adjoint de l’Union syndicale des travailleurs du Maghreb arabe (USTMA), a souligné que les campagnes de dénigrement et de discrimination contre les immigrés maghrébins en Europe risquent de s’amplifier puisque la théorie de la «suprématie civilisationnelle» semble se propager dans les milieux politico-médiatiques européens. Walid KHEFIFI ________________________________ Apport considérable de la communauté à l’étranger M. Ali Chaouech, ministre des Affaire sociales, de la Solidarité et des Tunisiens à l’étranger, a braqué pleins feux, au cours de son allocution d’ouverture des travaux du séminaire, sur l’apport de travailleurs tunisiens à l’étranger en matière de transferts de devises et d’investissement. Les transferts de devises sont passés de 403 M.D. en 1987 à 1.813 M.D. en 2004. Les projets créés par la diaspora tunisienne s’élèvent à 8768 projets jusqu’à 2004, soit une moyenne annuelle de 548 projets. Ces projets dont le coût total est de l’ordre de 319 M.D. ont permis de créer 38.265 postes d’emploi. W.K. ________________________________ M. Patrik Taran, spécialiste senior des migrations au sein de l’OIT : «La Tunisie aura bientôt besoin de milliers d’immigrés» ! Les propos de M. Patrik Taran, spécialiste senior des migrations au sein de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) pourraient surprendre les Tunisiens non rompus aux réalités démographiques de leur pays. L’expert affirme, en effet, que «la Tunisie aura besoin bientôt de plusieurs milliers d’immigrés dont notamment ceux hautement qualifiés en raison de la baisse continue du taux de croissance démographique». M. Taran a également précisé que le discours sécuritaire et les restrictions qui en découlent risquent de compromettre les chances de migration des Maghrébins vers l’Europe contrairement à l’élargissement du vieux continent vers l’Est qui n’aura que des répercussions minimes sur les flux migratoires maghrébins. L’expert de l’OIT souligne, d’autre part, qu’un programme de lutte contre la discrimination dont sont victimes notamment les immigrés d’origine arabo-musulmane sera bientôt mis en œuvre en indiquant que seule une politique vigoureuse de création d’emplois dans la rive sud de la Méditerranée atténuera le phénomène de l’immigration clandestine.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com