Naceur Toumi (Vice-Pdt. C.S.K.) : «Avec le plus petit budget de la L2, nous devons miser sur les jeunes et sur la formation»





Le Club Sportif de Korba remonte lentement mais sûrement la pente. Il veut d’abord planter durablement ses racines en Ligue professionnelle 2 avant de rêver à une aventure parmi l’élite et s’en tient à une attitude plutôt réaliste. “Notre maigre budget de 270 mille dinars ne nous autorise pas à jouer en Ligue 1. Il ne faut pas se montrer trop gourmand, au risque de tout perdre à la fois”, rappelle M. Naceur Toumi, vice-président du club cap-bonais et ancienne gloire korbienne puis étoilée. Il vécut dans les années 80 l’accession en nationale A avant d’émigrer à l’Etoile S.S, où il dût remplacer Hamed Kamoun à la pointe de l’attaque. Depuis bientôt 15 ans, Naceur Toumi consacre beaucoup de temps et d’énergie au club de ses premières amours dont il veut faire une structure modèle en matière de formation des jeunes. • Le C.S Korba est-il irrémédiablement condamné, comme du reste beaucoup de clubs, à végéter dans les divisions inférieures parce que ses moyens financiers ne lui permettent guère de nourrir d’autres ambitions? — Il faut tout d’abord mesurer d’où nous étions partis et en tirer les enseignements. Entre 2000 et 2003, nous avions assuré la permanence du C.S.K en nationale “C”. Nous nous sommes occupés des jeunes qui se trouvent maintenant en équipe première. Nous avons dû jouer à Kélibia pour les besoins des travaux de gazonnement de notre stade. Dieu merci, avec un maigre budget de 270 mille dinars, dont 75 mille servis en primes et salaires, occasionnant un déficit cumulé de 102 mille dinars, (dont 27 au titre du dernier exercice) nous avons réussi à porter le club en L2, à l’y stabiliser et à jouer pour une place d’honneur, sans plus. Car, pour répondre à votre question, on ne peut pas rivaliser avec les clubs de l’élite, tout en dépensant seulement près de 300 mille dinars. Avec les huit contrats “pros” et d’autres pour “semi-pros”, les frais de déplacement et de mise au vert… il y a juste de quoi gérer intelligemment une bonne carrière en Ligue 2 tout en optant pour la meilleure stratégie possible dans ce genre de situations, soit ce qu’on appelle en industrie la sous-traitance. • M. Toumi, en quoi consiste cette stratégie? — Si on a su assurer notre maintien en L2, c’est avant tout grâce à nos jeunes. Nous avons établi un programme de travail pour une formation méthodique des jeunes. Nous allons solliciter le soutien de la Direction technique de la FTF pour y réussir. Nos barèmes de primes ne rapportent pas gros, je vous le concède. mais, dans ce système, chaque jeune peut rêver d’aller exercer dans un grand club. Chacun peut se dire: “Pourquoi pas moi? Pourquoi n’irai-je pas un jour au C.A, au S.T ou à l’E.S.T?”. Eh bien, Jemaïel Khemir a montré la voie en partant au S.T, suivant un ancien Korbien illustre parti lui au Bardo, Naceur Mhalla. Nous comptons également trois éléments qui peuvent appartenir à la sélection olympique. Nous bâtissons pour l’avenir, beaucoup plus par conviction que pour toute autre considération. • Il faut sans doute aimer le club pour consentir tant de sacrifices et penser beaucoup plus à l’avenir qu’au présent? — Oui, ma motivation essentielle reste le travail bien fait. Nous comptons 250 licenciés pratiquant tous le football puisque c’est le seul sport dont nous nous occupons actuellement. Nous devons établir un rapport de rentabilité en comptant sur un budget et des moyens infrastructurels bien déterminés. Tout compte fait, nous n’avons pas à nous plaindre: nous comptons, outre le terrain central gazonné, deux annexes et un terrain en terre battue. Cela permet une exploitation continue de 12 heures par jour. Comparaison faite avec d’autres clubs, on ne doit pas trop se plaindre. Mais cela ne nous empêche pas de chercher à améliorer constamment notre quotidien. Avec le plus petit budget de la Ligue 2, nous cherchons une attitude réaliste: celle des mécanismes mettant en premier lieu la formation des jeunes et l’investissement sur les jeunes. Le C.S Korba a l’obligation de vivre selon ses moyens et d’offrir à ses supporters, qui aiment beaucoup le football, l’image d’un club réaliste et intelligent. • Vos obligations ne devraient pas par conséquent être difficiles à réaliser? — Notre objectif est, en tout cas, beaucoup plus ambitieux que d’assurer un simple maintien. Nous visons un bon classement parmi les 6 premiers et, en parallèle, une restructuration de l’Association en sorte que la présidence ne soit plus perçue comme un rebutant fardeau et qu’elle soit assurée dans une indispensable continuité. A vrai dire, on n’a pas trop à se plaindre des recettes assurées par les autorités et certains gros mécènes. D’ailleurs même avec des recettes aux guichets plutôt symbolique (près de 26 mille dinars), le club arrive à se tirer d’affaire et apprécie à sa juste valeur la ferveur et le soutien moral des fans locaux. Seulement, l’alerte vient en premier lieu de la désaffection des dirigeants et le risque est grand d’en arriver un jour à ne plus trouver un président de club. De plus, il n’y a pas de réelles garanties que tel président va vraiment faire l’affaire. Faire du porte à porte pour dénicher “l’oiseau rare”, voilà où risque de nous mener un bénévolat plutôt anachronique, désuet et inadapté. On a vite accédé au professionnalisme avec des dirigeants bénévoles. • Que comptez-vous faire pour tenter de remédier à ces inepties? Il faut envisager de constituer un comité des sages qui assurerait la continuité nécessaire au sein du C.S.K. Pour motiver les mécènes, il est nécessaire de les impliquer d’une façon ou d’une autre dans la vie de l’association. • Un jour la Ligue1 peut-être pour revivre des émotions que vous aviez connues au début des années 80? Oui, mais pas à n’importe quel prix. Et puis, nous devons surtout faire attention à ne pas brûler les étapes et éviter de revivre le scénario d’il y a plus de deux décennies lorsque l’accession une saison en Nationale A a été, sans transition, suivie d’une vertigineuse dégringolade en 3ème division. Le C.S.K a maintenant la chance de posséder un excellent cru, jeune et discipliné. Notre devoir consiste à lui apporter les conditions d’une lente et tranquille maturation. Propos recueillis par S.R.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com