Oussama Mellouli : A l’assaut d’une médaille olympique





Il y a trois ans, jour pour jour (août 2002) Oussama Mellouli est parti aux Etats-Unis poursuivre une double carrière d’études et de sport avec des projets et des rêves plein la tête. Durant cette période, tout ou presque dans la vie du jeune Oussama a changé. Parti avec quelque appréhension, une année après les événements du 11 septembre 2001 et les préjugés anti-arabes et musulmans qui s’en sont suivis, Mellouli ne s’en est pas moins armé de courage du haut de ses 18 ans pour braver toutes les difficultés, en lançant un défi à lui-même et aux autres : réussir sa carrière sportive et ses études. Trois ans plus tard, ce qu’a réalisé notre jeune et grand champion, dans un sport aussi difficile que la natation, qui demeure l’apanage de quelques pays qui se comptent sur les doigts d’une seule main, est digne des grands sagas et relève de l’exploit, voire du miracle. Grâce à un comportement exemplaire à l’intérieur et en dehors des bassins, à ses performances intellectuelles et sportives, il s’est forgé une belle réputation, imposant le respect à tous, au point de devenir l’une des références de son établissement l’University Southern California. Le reste fut une suite logique de la détermination, de la volonté de fer et de l’immense talent de cet athlète d’exception, qui est devenu en un laps de temps assez court l’un des meilleurs nageurs de la planète dans pas moins de quatre spécialités. Les qualités de Mellouli sont doublées d’un savoir-vivre, d’une gentillesse et d’une culture qui complètent une performalité appelée à d’autres performances et d’autres exploits. Interview. — Il est loin le temps où vous êtes parti aux Etats-Unis, pouvez-vous nous résumer votre parcours ? — Mon départ aux Etats-Unis était un grand pari que j’ai relevé, le plus grand de ma vie. Je ne parlais pas bien la langue, je ne savais pas à quoi m’attendre, surtout après les événements du 11 septembre 2001, j’avais une certaine peur au fond de moi. Heureusement, mon attitude, mes performances et mon sérieux dans le bassin et en dehors, ont entraîné une bonne réaction des Américains et des encadreurs de mon université. Je suis au fond très content. Grâce à Dieu cette expérience a bien marché et je peux dire qu’elle a réussi jusque-là. C’est un pari qui n’était évident à relever, je l’ai fait et je compte prolonger l’expérience jusqu’aux Jeux Olympiques 2008 et pourquoi pas selon les résultats de ces J.O. garder le même cadre technique et continuer jusqu’aux Olympiades 2012. — Votre saison 2005 s’est révélée exceptionnelle, doit-on s’attendre à une bonne, sinon meilleure en 2006 ? — Après les J.O. 2004, tous les Tunisiens, public, journalistes, responsables sportifs s'attendaient beaucoup plus de moi. Après seulement une semaine de vacances, j’ai repris les entraînements et j’estime que la préparation et le sérieux ont fini par payer. Il est vrai que la saison a été très chargée de grandes échéances, mais je pense que j’ai été toujours présent physiquement et mentalement. Les médailles sont venues couronner tous ces efforts. Ce que j’ai fait cette année, arrive une fois dans la vie et je suis content de l’avoir fait à l’âge de 21 ans. La saison prochaine sera différente de la présente avec un championnat du monde en petit bassin (25 m), les championnats universitaires qui constituent pour moi l’occasion de défendre mon titre du 400 m 4 nages et pourquoi pas décrocher d’autres titres et battre un record universitaire sur le 400 m 4 nages et le 500 yards. Ce sont là mes objectifs majeurs pour 2006. — Justement, quelles sont vos principales échéances en 2006 ? — Les championnats du monde en grand bassin, les championnats universitaires américains au Minnesota et les championnats du monde en petit bassin en Chine en mars, avril. Ensuite, il y aura les championnats de France où je vais essayer de renouer avec mon club CS Vichy 92, où je suis toujours signataire. Ce club m’a énormément encouragé et je suis toujours fidèle. Etant donné que la saison internationale se termine en avril, aussi, vais-je en profiter pour faire quelques compétitions en France et essayer de participer aux championnats panaméricains, afin de côtoyer les Américains, les Australiens et les Japonais. — Vous occupez désormais le top ten dans 4 épreuves : le 200 m 4 nages, 400 m 4 nages, 400 m NL et 800 m NL avec des chronos qui approchent les meilleurs temps mondiaux, connaissant votre énorme potentiel, êtes-vous capable de les améliorer ? — Ce qui est positif, en regardant ces chronos, je ne suis nullement impressionné. Je pense être capable de les améliorer, surtout aux 400 m 4 nages, qui est une spécialité assez complète, où si l’on arrive à progresser sur une nage toute la course peut changer. Dans une compétition, si vous virez à côté des leaders au 200 m, personnellement, je suis capable de la distancer grâce à mon mental de fer et ma rage de vaincre. J’ai démontré à maintes reprises, lorsqu’il y a «une bagarre», c’est Mellouli qui remporte la bataille. C’est ce que je compte faire durant mes entraînements, surtout au 400 m 4 nages où je vais essayer de progresser en bas, car c’est là où les meilleurs mondiaux prennent l’avantage. Au 400, 800, 1500 m NL, je pense avoir réalisé un bon travail de fond sur nage libre. Cela a payé avec une médaille de bronze inattendue au 400 NL et une cinquième place au 800 NL. Je rappelle qu’au 800 m NL, sur la même épreuve, a été établi un record du monde, un record des Etats-Unis, un record d’Europe et un record d’Afrique. Je répète que ces temps ne m’impressionnent pas et je rejette de les améliorer dès la saison prochaine Inchallah. C’est assez facile de comparer les temps, mais il ne faut pas oublier que rien que le fait de se maintenir à ce niveau là refaire ces temps et parvenir à les faire progresser est un exploit en lui-même. A ce titre, beaucoup de nageurs n’arrivent pas à se maintenir à ce niveau-là 2 ou 3 ans ou même moins. Pour ma part, je garde la tête froide et je fais ce qu’il faut faire aux entraînements avec tous le sérieux requis et je pense que la progression sera là. Après tout, Mellouli a toujours progressé lors des grandes échéances et c’est ce que je projette de faire. — Qu’est-ce qui vous donne cette force de foncer pour dépasser vos propres limites? — Je n’ai pas de complexes. Mes adversaires ne sont pas meilleurs que moi. En outre, je les connais bien, ce qui fait qu’ils ne m’intimident pas et que je suis capable de les battre. je sais qu’au fond de moi je suis un champion et je compte le prouver de plus en plus dans les compétitions à venir. — Vous achevez vos études en mai 2007, quels sont vos projets à partir de cette date jusqu’en 2008? — Il y a beaucoup d’options pour la saison 2007-2008. C’est une année préolympique assez importante qui peut s’avérer décisive. Mes options sont ouvertes, car je finis ma carrière universitaire au terme de laquelle je décroche mon diplôme. Je serai, donc, plus tranquille côté natation, puisqu’il n’y aura pas les cours entre les deux. Tout dépendra des chronos que je vais réaliser et des classements mondiaux. Si je progresse en crawl, je vise d’aller nager en Australie avec des crawleurs australiens. De plus, l’option de la France reste toujours ouverte. J’ai de très bonnes relations avec les entraîneurs, les techniciens et les clubs français. Mais je n’y pense pas trop, car je prends chaque chose en son temps. — Vous êtes désormais perçu comme un héros du sept national et sa véritable locomotive. Comment vous appréhendez ce statut? — Le sport est fait de victoires et de défaites et j’espère accumuler le maximum de succès dans ma carrière. Il est vrai que la natation tunisienne a pris des ailes avec mes résultats et j’en suis très fier et très ravi, mais l’important est de s’améliorer et viser plus haut et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour y arriver lors des prochaines échéances. — A la fin de l’année vous serez parmi nous pour être sacré meilleur sportif de l’année pour la 3ème fois consécutive. Vous y pensez? — Sincèrement, je n’y pense pas trop. Mais c’est agréable de le savoir et j’espère que je serai élu meilleur sportif de l’année. Tant que je nagerai et je serai à ce niveau, avec ces performances, ce titre est une récompense des plus motivantes. — Le mot de la fin — Je remercie votre journal pour l’attention portée à ma carrière et à toutes mes activités sportives et autres. Un tel intérêt est de nature à rapprocher l’athlète de son public et cela est excellent pour le moral surtout pour les sportifs tunisiens résidant à l’étranger. Moncef SEDDIK ________________________________ Les Médailles au Mondial 1 or • 400 m 4 nages (Indianapolis le 8 octobre 2004 (25 m) 4 bronze • 400 m 4 nages Barcelone le 27 juillet 2003 (50 m) • 400 m 4 nages Montréal le 31 octobre 2005 (50 m) • 200 m 4 nages Indianapolis le 9 octobre 2004 (25 m) • 400 m NL Montréal le 24 juillet 2005 (50 m) ________________________________ Meilleurs Temps 2005 • 400 m NL (3’46’’08), 3ème mondial, 9ème meilleure performance mondiale de tous les temps et record d’Afrique. • 800 m NL (7’51’’03), 6ème mondial et record d’Afrique. • 200 m 4 nages (2’1’’00), 9ème mondial et record d’Afrique. • 400 m 4 nages (4’13’’47), 4ème mondial et record d’Afrique.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com