Ces traditions qui défient le temps : Couscous “Collection”





La “Aoula” est une des traditions tunisiennes qui se sont diluées dans le système fast. Les gens ont tendance à préférer le prêt-à-consommer. Pourtant, l’ambiance de la préparation des graines de couscous est un rituel unique qui reste un “must” chez beaucoup de familles tunisiennes. Tunis-Le Quotidien Les mois de juillet et août sont spéciaux pour beaucoup de familles tunisiennes. C’est à ce moment de l’année que la plupart des émigrés rentrent pour les vacances. Chez eux, ils recherchent le parfum du pays. Ce parfum, ils peuvent le trouver, surtout quand on renoue avec les chères traditions ancestrales. Mais celles-ci ne sont plus aussi considérées qu’auparavant. Les gens ont plutôt tendance à se mettre dans une autre peau. Parmi les traditions qui réunissaient les proches et les voisins il y a notamment “la Aoula”. Il fut un temps où personne n’achetait rien de la rue. On préparait tout à la maison et on rangeait bien la réserve pour toute l’année. Aujourd’hui, la plupart des ménages optent pour le “ready”. C’est une société qui consomme et qui est de plus en plus demandeuse de produits prêts à cuire ou à manger. Mais il est des familles où la “Aoula” reste un “must” chaque été, elles préparent la provision en couscous principalement ainsi que d’autres semoules utiles notamment pour l’hiver. Dans cette maison, il y a déjà une semaine qu’on a fixé la date du jour “J”. Il fallait inviter les tantes, quelques amies de la famille et certains voisins. C’est une habitude à respecter. La mamie, cheftaine du lieu, passe aux commandes. Elle dicte à ses filles qui héritent de ce savoir-faire, tout ce qu’il leur faut. On rassemble les tamis et les grands ustensiles ronds en cuivre. * Rituel Aujourd’hui, tout le monde est là dès 7h00 du matin. On s’installe dans le garage qui donne sur la rue. L’événement doit être remarqué. Tout ce qui se fait est accompagné de youyous. La “Aoula” est une véritable cérémonie qui se déroule dans la joie totale. Les dames plaisantent et racontent des blagues. Autour d’elles, on voit des tasse d’eau et des torchons. Elles ajustent leurs foulards. Ces derniers sont obligatoires pour qu’aucun cheveu ne tombe dans la semoule. Le rituel commence par un tonnerre de youyous. Au nom de Dieu, la préparation démarre. Entre-temps, une des tantes débarrasse la vaisselle du petit-déjeuner. Elle se fait aider par une autre qui insiste pour laver les tasses. Le grand-père qui vient d’être réveillé par le bruit des youyous et les éclats de rires des femmes, jette discrètement un œil sur le spectacle. Il n’a pas le droit d’aller dans le garage car les dames étrangères à la famille sont en jebbas décolletées à cause de la chaleur. D’ailleurs, même ses filles n’osent pas rester à côté de lui dans des tenues légères. Le vieux se cache alors derrière la porte et essaie d’appeler son épouse. Elle lui fait comprendre de loin qu’elle ira le voir tout à l’heure. Il retourne alors à la cuisine. Mais sa vieille ne vient pas. Elle a peur qu’il la retienne et lui envoie sa fille pour lui préparer son petit-déjeuner. A ce moment-là, c’est l’oncle qui arrive. Il est allé de bonne heure au marché pour acheter de la viande d’agneau. Son père demande de voir et il est content. “Il a l’air jeune cet agneau!”, remarque-t-il. Il pousse un petit soupir car il regrette de ne plus être capable de faire les courses pour la maison. Dans ses yeux, on voit que la vieillesse lui fait beaucoup de mal. Il ne supporte pas son âge et vit difficilement ses quatre-vingt-cinq ans. Il boit son café noir de tous les jours et grignote un peu de chocolat que les filles ont ramené de France. Ensuite, il regagne sa chambre. Son compagnon, c’est le poste de radio. Il écoute RFI depuis tant d’années. * Rebelote de leur côté, les dames avancent rapidement. Bientôt, elles donnent une partie de ce couscous à celle qui se charge de préparer le déjeuner. Dans ce rituel, on mange le jour-même de la “Aoula”. On prépare un couscous à l’agneau qu’on décore avec des poivrons frits. A 13h00, on met la “Mida”. On mange par terre dans un même grand récipient en cuivre. On accompagne le couscous avec du “Leben” ou de la boisson gazeuse. Chacun selon ce qu’il préfère. Seul, le grand-papa mange à table. Il n’aime plus à se mettre par terre. Après le couscous, on apporte un bon thé vert à la menthe fraîche ou aux pignons. Et rebelote. Chacune des dames reprend sa place. C’est parti jusqu’au soir. Au fur et à mesure que le couscous est prêt, on le fait cuire à la vapeur de l’autre côté du jardin. Là-bas, on a installé un énorme récipient en cuivre dans lequel on passe le couscous pour cette étape. La cuisson à la vapeur se fait sur du feu de bois. Les gosses se plaignent de la fumée. Mais ils n’ont aucun choix. Une fois ce rituel terminé, il va falloir faire sécher le couscous pendant la période qui suit. On espère qu’il fera beau et que le soleil sera au rendez-vous. On étend tous les jours le couscous sur des draps à même le sol. En fin d’après-midi, on range le tout. Et bis répétita chaque jour. Lorsque le couscous a bien séché, on le range dans des jarres pour le consommer au fur et à mesure des besoins. Cette tradition n’est plus très répandue. Pourtant, elle a son charme. Elle regroupe les gens et permet de consommer maison. Jamais ce qu’on vend ne pourra égaler ce qu’on prépare soi-même. Maryem KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com