Alpha Blondy au «Quotidien» : «Je crois à la paix entre Arabes et Israéliens»





En compagnie de “Ijahman”, de “Macka B”, et d’ “Aswod”, trois dinosaures du Reggae, Saïdou Koné, dit Alpha Blondy a chanté, hier soir, sur la scène de l’amphithéâtre romain de Carthage. Pourquoi est-il venu chanter la paix en Tunisie, alors que son pays est déchiré par la guerre? Quel message veut-il véhiculer? A ces questions et à bien d’autres d’une brûlante actualité, Alpha Blondy répond sans ambages, dans une interview exclusive accordée au “Quotidien”. * Vous êtes venus en Tunisie pour donner un concert de paix, en compagnie d’autres chanteurs du Reggae. Quel message de paix, voulez-vous adresser aux populations africaines? Le message de paix que je veux adresser à l’Afrique, c’est celui de la retenue et de la sagesse; et je les exhorte à s’engager dans la résolution des conflits et les tensions sous toutes leurs formes. L’Afrique, à mon avis, ne doit pas se payer le luxe de faire la guerre. La stabilité politique est la garantie de la stabilité économique. Si les gouvernants africains œuvrent dans le sens de promouvoir une paix et une stabilité intégrale dans notre continent, l’Afrique connaîtra un développement certain à long terme. C’est seulement cette façon de procéder qui permettra au Continent noir de sortir du sous-développement. Donc, la paix est primordiale et reste une condition sine qua non à tout développement. * Depuis belle lurette, vous avez chanté la paix. Malgré ce message, des foyers d’instabilité surgissent ça et là en Afrique. N’avez-vous pas le sentiment que vous êtes incompris? Il y a de cela vingt ans, quand j’ai commencé à chanter la paix, mon message était resté incompris, notamment par les politiciens. On faisait passer mon discours comme des paroles prophétiques et utopiques. Aujourd’hui, je suis surpris d’entendre les hommes politiques de mon pays, la Côte d’Ivoire, reconnaître que j’avais raison. Certains disent même qu’Alpha Blondy nous avait promis la paix. Il y a un adage qui dit que: “Le vrai bonheur ne s’apprécie que lorsqu’on l’a perdu”. Aujourd’hui, les dirigeants comme les populations des pays africains en guerre le savent bien. Les coups d’Etat, les querelles politiciennes, religieuses et les guerres civiles ont mis l’Afrique à la traîne. Ce message, je l’ai toujours adressé aux politiciens ivoiriens et africains qui y sont restés sourds. Mais nous sommes en contact avec le peuple ivoirien qui a compris que la guerre en Côte d’Ivoire n’est pas une guerre entre les populations du Nord et du Sud ou entre Musulmans et Chrétiens, mais entre les politiciens, sans plus. * Lors de votre visite à Al Qods, il y a quelques années, vous avez chanté la paix et la cohabitation entre les trois grandes religions monothéistes, d’une part, et entre Arabes et Juifs, d’autre part. Etes-vous toujours convaincu d’un retour à la paix entre ces différentes composantes religieuses et raciales? Il y a quelques années, quand j’ai visité Al Qods, j’ai fait une lecture positive de cette vile qui représente depuis la nuit des temps les trois grandes religions monothéistes héritées d’Abraham. Je me suis dit que cette ville peut et doit être un symbole de cohabitation entre musulmans, chrétiens et juifs. Je suis convaincu qu’un jour, la cohabitation sera de retour entre non seulement les adeptes de ces grandes religions, mais aussi entre les Palestiniens et les Israéliens. Le problème entre Arabes et Juifs n’est pas éternel. Il y aura un jour une paix totale entre ces deux peuples. En tant que musulman croyant, j’en suis convaincu. J'ai toujours misé sur l’entente spirituelle entre les trois religions qui descendent toutes d’Abraham. Pourquoi avez-vous choisi de participer à des soirées dédiées à la paix, à travers le monde, comme celle d’hier à Carthage, alors que votre pays se trouve dans le plus grand besoin d’une paix, d’une entente politique? J’ai choisi de participer à cette grandiose soirée dénommée: “Sept heures pour la paix” organisée en Tunisie, parce que ce pays, c’est d’abord le commencement de l’Afrique. Il y règne la stabilité politique au service du développement économique. Je vous avoue que j’ai été séduit de voir la Tunisie et le Maroc se développer à pas de géant. Pour ma part, j’encourage tous les modèles de stabilité politique comme celui tunisien qui a donné un modèle de la stabilité économique satisfaisant et un développement en marche. J’ai dit et je continuerai toujours de dire aux gouvernants africains de ne pas avoir honte de copier sur des modèles de développement en marche. Ce n’est pas la guerre qui fera marcher ou mettre l’Afrique sur l’orbite du développement. Le prix d’une Kalachnikov peut nourrir 500 familles, celui d’une mitrailleuse peut faire construire deux dispensaires; ces milliards qu’on dépense dans les guerres peuvent être utilisés pour encourager le développement de l’agriculture, la construction des universités, entre autres. L’ancien président ivoirien Houphouët Boigny disait que la paix n’est pas un vain mot. Aujourd’hui, tous les politiciens africains s’en rendent compte. Au lieu qu’ils œuvrent pour la stabilité économique et politique, ils se lancent dans la guerre. Et ce sont les populations africaines qui en font les frais. * Il y a quelques années, vous vous êtes produits avec Tara, une chanteuse mauritanienne. Comptez-vous entreprendre une expérience du même genre avec des chanteurs tunisiens ou arabes? J’ai rencontré dernièrement le chanteur algérien Rachid Taha lors d’un concert. Il m’a proposé l’idée d’un concert et d’un album en duo. Je suis intéressé par cette proposition. Et quand je trouve une proposition simulaire en Tunisie, je serais intéressé. * On dit souvent que vous êtes l’héritier de Bob Marley que vous avez d’ailleurs connu de son vivant. Que reste-t-il de Bob Marley, aujourd’hui, dans le monde du reggae? Je tiens d’abord à préciser que j’ai été et je suis toujours un disciple de Bob Marley. J’essaie de faire comprendre aux Africains les principes et les valeurs qui ont toujours été le cheval de bataille du roi du reggae. Il faut que l’Afrique soit unie, se batte pour retrouver sa dignité. C’était aussi le combat de Bob Marley. Depuis des années, j’ai œuvré à faire véhiculer ces mêmes valeurs. La maladie la plus dangereuse et même la plus grave que la pandémie du sida et le paludisme, c’est la guerre et les coups d’Etat. Il faut que les dirigeants africains parlent de la démocratie et l’appliquent et non faire des discours utopiques. * A travers votre concert d’hier soir, quel est le message de paix que vous avez voulu véhiculer à travers vos chansons? J’ai proposé tous les grands morceaux qui véhiculent le message de la paix et chantés dans mes albums, à l’instar de “SOS guerre”, “Unité nationale”, “Jérusalem pour la paix” entre autres. Ce n’est pas pour provoquer mais pour réveiller la paix. Car Dieu est un Dieu de la paix. Je chante la paix partout dans le monde. * Quel message voulez-vous adresser à la jeunesse africaine? Je leur demande de s’instruire, de se battre contre l’ignorance et de promouvoir les valeurs démocratiques. Ils seront les dirigeants de demain et les responsables de la bonne marche démocratique et économique du continent africain. Entretien conduit par Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com