M’hamed R’saïssi : Naïvement mon enfance





Une quarantaine de toiles au Musée de Sidi Bou Saïd qui, encombrées du mysticisme, sortent du noir du fin fond des nuits des contes et prennent des couleurs… Comme la plupart des peintres, en tout cas ceux de chez nous, M’hamed R’saïssi aime peindre les scènes pittoresques, souvent puisées dans les souvenirs d’enfance. Et plus souvent encore rendues avec des couleurs vives et chatoyantes, celles de la vie dans son foisonnement quotidien. La quarantaine de toiles qu’il a exposées, du 16 au 31 août, au Musée de Sidi Bou Saïd ne déroge pas à cette règle. Chaque toile évoque un pan de la mémoire populaire: hammam, circoncision, tijania, stambali, koutab, marché aux poissons, café chantant, hajjem, Sidi Halfaoui,… Le peintre essaie de rendre vie à ses souvenirs. Aussi s’attarde-t-il sur chaque détail. Son souci de réalisme n’a d’égal que son manque de maîtrise des perspectives et des proportions. Sa verve coloriste compense les faiblesses techniques en suggérant des atmosphères doucement surannées. A l’instar de ses aînés Ali Guermassi, Baghdadi Chniter ou Meherzia Ghaddhab, qui ont fait les beaux jours de la peinture naïve dans notre pays dans les années 1970-1980, M’hamed R’saïssi demeure un conteur. Chez lui, les formes et les couleurs prennent la place du verbe et du mot. Et comme tout conteur, il cherche à séduire, à accrocher l’attention de son public, à donner à ses histoires une dimension quasi mythique. D’où cet aspect redondant, ce souci du détail, cette volonté d’être complet, de tout dire, au risque d’être fastidieux. Et c’est peut-être cela qui fait le succès de la peinture naïve: on n’a pas besoin de codes pour la déchiffrer. On n’a pas besoin non plus de culture artistique ni de bagage esthétique pour l’apprécier. On l’aime ou on ne l’aime pas, et c’est tout. Car tout est à la surface de la toile, dit et redit, fixé comme une vérité immédiate et définitive. Z.A. _______________________ Profil d’artiste M’hamed R’saïssi est né dans la Médina de Tunis en 1948. D’un père décorateur de meubles depuis 1940 au Palais arabe de la rue de Rome (aujourd’hui fermé). Son oncle n’est autre que Béchir R’saïssi, le premier à apporter l’enregistrement et les disques au pays. Son bureau de la Kasbah était la Mecque des artistes dont Habiba M’sika et autres noms ayant marqué notre patrimoine musical. Après des études primaires à Sidi Ali Azouz et secondaires au lycée de l’Ariana, couronnées d’un bac lettres, M’hamed R’saïssi entame une carrière dans les banques. Toute en routine, et qu’il ne tardera pas à laisser tomber. Comment est-il venu à la peinture? Réponse: “Encore dans mes années primaires, j’avais pour camarade de classe Ali Znaïdi (aujourd’hui peintre et professeur universitaire); on reproduisait ensemble des aquarelles, des dessins de cigales, grenouilles, corbeaux, renards, lapins et autres figures significatives sur nos cahiers de récitation”. En effet, c’est sa première passion qui prime et le banquier devient peintre. En 1976, il expose ses premiers travaux à la Galerie Yahia au Salon tunisien. Plus tard, il ouvre, au 20 rue El Kahena à Salammbô, son atelier où il donne des cours aux amoureux de la toile et des couleurs. Au Musée de Sidi Bou Saïd, c’est devenu une tradition. Il expose toujours à la même période, début ou fin août, et il en est content. Car, depuis 20 ans, il squatte le lieu tous les étés au bonheur de ces émigrés qui rentrent au pays pour se ressourcer. “Cette période a été choisie par le Comité culturel de Sidi Bou Saïd. Et ça tombe bien. Car j’ai pu avoir des clients. Ils viennent pour moi. Ils sont de la classe moyenne. Je leur fais souvent un prix et je suis ainsi heureux de les voir ravis de posséder une de mes toiles. Ca vaut la peine de continuer à exposer ici, au Musée dont la location a triplé. Il y a quatre ans, on ne payait pour les 2 semaines que 400 dinars. Aujourd’hui, cette même période est à mille deux cents dinars”, nous dit l’artiste. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com